Ninon Vallin 1886-1961

Joséphine-Eugénie Vallin dite Ninon Vallin était une soprano lyrique française.

Elle naquit le 8 septembre 1886 à Montalieu-Vercieu, petit village d’une centaine d’habitants de l’Isère, troisième des quatre enfants de Marie et Félix-Philippe Vallin, ce dernier étant clerc de notaire. Son enfance iséroise fut heureuse, tout juste traversée par une coqueluche qui lui fit dire plus tard «Ce sont ces terribles quintes de toux qui m’ont donné cette voix !». En 1896, elle entra au pensionnat de Saint-Laurent-en-Brionnais. Dans cette institution religieuse elle s’intéressera principalement à la musique, qui y tenait une grande place, et à l’apprentissage de la géographie. Elle chanta pour la première fois en public à l’âge de 10 ans. Mais c’est de retour dans le giron familial (les Vallin vivaient alors dans la Drôme au Grand-Serre) que la voix exceptionnelle de Ninon fut remarquée. Madame Bogenez-Charton, une grande bourgeoise en villégiature, convainquit ses parents de l’inscrire au conservatoire de Lyon. Sa grande-sœur Marie-Blanche l’accompagna dans cette aventure. Ninon commença également à chanter devant du public, à l’église de Nantoin, où elle rendait souvent visite à sa cousine Estelle dont elle était très proche. Les paroissiens étaient saisis par sa voix. Elle prépara donc son entrée au conservatoire de musique de Lyon où elle fut admise en 1903. Un de ses professeurs de chant, Mme Mauvernay, la présenta au chef d’orchestre Georges Martin Witkowski (qui fut aussi maire de Paladru pendant près de 25 ans). 

Après quelques années de travail, Ninon Vallin remporta le premier prix du conservatoire de Lyon, à l’unanimité, en juin 1906. Puis c’est à Bourgoin (aujourd’hui Bourgoin-Jallieu) qu’elle fit sa première expérience de soliste au théâtre de La Glacière. La première soprano de l’Opéra de Lyon tombée malade, Ninon obtint la place dans un opéra-oratorio du comte de Bellescize, intitulé Ruth et Booz  dirigé par Georges M. Witkowski. Elle donna ses premiers concerts dans la région et chanta à Annonay devant Vincent d’Indy. Ce dernier la prit sous sa protection et l’envoya à Paris au début de l’année 1907 où elle suivit des cours de déclamation lyrique. Ses débuts furent difficiles mais Gabriel Pierné l’engagea en 1909 dans l’orchestre des concerts Colonne. Claude Debussy la remarqua et lui fit chanter une de ses compositions, “La Damoiselle élue“, avant de la faire engager comme doublure de Rose Féart qui devait créer “Le Martyre de saint Sébastien“. Le Théâtre du Châtelet avait programmé la création mondiale du Martyre de saint Sébastien, «mystère en cinq actes» de Claude Debussy, pour le 22 mai 1911. Le rôle principal est dansé, d’autres sont parlés, mais il y a également des interventions chantées, réparties entre solistes et chœurs. Ninon Vallin se distingua dans les parties de soprano, au point que Debussy, trois ans plus tard, lui demandera de créer, avec lui au piano, ses Trois Poèmes de Stéphane Mallarmé.

La débutante auditionna à l’Opéra-Comique, où Albert Carré, le directeur, l’engagea aussitôt. Elle y fit ses premiers pas en 1912, dans le rôle de Micaëla dans Carmen, puis aborda, entre autres, Mimi dans La Bohème, Mignon d’Ambroise Thomas, Louise et Manon. En 1914, Pierre-Barthélémy Gheusi succèda à Albert Carré. Il n’aimait pas Ninon Vallin, lui mèna la vie dure, et, deux ans plus tard, en 1912, ce conflit la poussa à partir en Espagne, où elle fut accueillie par le grand compositeur Manuel De Falla. Elle s’imposa à Madrid et à Barcelone, ce qui constitua le début de sa carrière internationale.

Ninon Vallin et le ténor Georges Thill

Grâce à sa maîtrise de l’espagnol, elle signa en 1916 un contrat pour une tournée en Amérique du Sud. Cela tombait d’autant mieux que sur le plan personnel, elle venait de se séparer de son mari, le chef d’orchestre Eugenio Pardo, qu’elle avait épousé trois ans plus tôt. Dès sa première apparition, en Marguerite de Faust, elle devint la coqueluche du public et le restera pendant vingt ans. Dans la capitale argentine, son répertoire comprendra aussi bien des rôles français (Manon, Thaïs, Louise, Alceste de Gluck, la Princesse Saamcheddine dans Maroûf, savetier du Caire d’Henri Rabaud… et même Carmen, que la veuve de Bizet lui avait conseillé d’aborder, après l’avoir entendue en Micaëla) qu’italiens (Susanna dans Il segreto di Susanna d’Ermanno Wolf-Ferrari).

Sa tournée sud-américaine durera ainsi 20 ans ! Car du Mexique au sud de l’Argentine on ne jura plus que par elle. Ninon Vallin triompha à Buenos Aires mais aussi dans le reste de l’Amérique latine (Rio de Janeiro, Montevideo…), avec pour partenaires les plus grands chanteurs de son époque: Enrico Caruso, Beniamino Gigli, Giacomo Lauri- Volpi, Ezio Pinza. En Amérique du Nord, elle ne figurait pas sur les affiches du Metropolitan Opera de New-York mais, en 1934, elle interprèta Carmen et Faust à San Francisco, ainsi que Manon à Los Angeles. En Europe, elle fit son entrée à la Scala de Milan en 1917, dans Mignon, puis Maroûf, savetier du Caire.

Ninon Vallin en 1935

En 1920, Ninon Vallin débuta enfin à l’Opéra de Paris, en Thaïs, puis s’y produisit dans les deux Marguerites: celle du Faust de Gounod et celle de La Damnation de Faust de Berlioz, dont elle fêta la 100ème représentation in loco, en 1924. Quand son calendrier lui en laissait le temps, elle revenait à l’Opéra-Comique, y incarnant notamment Carmen, Charlotte dans Werther, Salud dans La vida breve de Manuel de Falla et, en 1934, le rôle-titre dans la première française de Maria Egiziaca d’Ottorino Respighi, à la demande du compositeur. Elle se produisit également dans les grands théâtres de région, à l’Opéra de Monte-Carlo, au Théâtre Antique d’Orange…Sa popularité ayant gagné tout l’Hexagone elle faisait des salles combles à Paris comme en province et grava des enregistrements vendus à plus d’un million d’exemplaires. Elle obtint une pluie de récompenses. Après la guerre, elle chantera sur toutes les grandes scènes en Europe. Manuel de Falla lui confia les créations de La vida breve et El Amor Brujo. La tournée de 1921 en URSS, passant par Moscou, Kiev et Pétrograd (actuelle Saint-Pétersbourg), fut un nouveau triomphe.  La scène, néanmoins, ne saura l’occuper à temps plein tant elle était attachée à ces tournées de récitals qui, chaque saison, la conduisaient aux quatre coins du monde: Pérou, Mexique, États-Unis, Canada, Espagne, Maroc, Égypte, Turquie, Pologne… Elle les aimait tellement qu’en 1946, l’année de ses soixante ans, elle décida de faire ses adieux au théâtre, en Comtesse Almaviva dans Le nozze di Figaro, à l’Opéra-Comique. Ne se consacrant plus qu’au concert, elle effectua deux tournées en Australie et en Nouvelle-Zélande, en 1947 et en 1949. En 1950, elle fit un tour d’Europe et, en 1957, chanta encore à Londres. Elle retourna fréquemment en Amérique du Sud jusqu’en 1955 avant d’arrêter sa carrière de chanteuse en 1957. Dans l’intervalle, en 1951, elle accepta de diriger la toute nouvelle classe d’opéra au Conservatoire de Montevideo, où elle reviendra tous les ans jusqu’en 1955.

Soucieuse de l’existence de sa mère, elle acheta pour elle, à distance, une belle résidence à Millery (Rhône), nommée la Sauvagère, où chaque été de 1951 à 1957 elle donnera des concerts sur une scène champêtre installée dans le parc de la propriété.

Ninon Vallin

Vedette d’une industrie discographique en expansion, Ninon Vallin fut aussi la dédicataire de mélodies de Claude Debussy et de Reynaldo Hahn, deux compositeurs qui l’admiraient énormément, le premier s’avouant amoureux de «cette voix pailletée d’argent» et le second s’exclamant : «Quand elle chante, c’est un bouquet de musique que l’on respire.» Columbia l’engagea pour de nombreux enregistrements jusqu’à ce qu’une dispute avec Georges Thill lui fasse rompre son contrat.  Le 30 juillet 1938 pour l’inauguration du théâtre antique de Vienne elle interprète La Damnation de Faust de Berlioz en présence du Président de la République Albert Lebrun.

La propriété de La Sauvagère à Millery, près de Lyon

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Ninon Vallin vécut dans sa propriété de La Sauvagère à Millery, près de Lyon, où elle avait fait aménager un théâtre de verdure.  En 1945, elle reprit sa carrière à Paris puis à l’étranger. En concert, elle privilégiait des compositeurs comme Fauré, Chausson, Debussy, Marguerite Canal et Reynaldo Hahn. Elle s’intéressait également à la musique espagnole et sud-américaine et multiplia les tournées de récital sur toutes les grandes scènes d’Europe et d’Amérique. 

Après des récitals à La Sauvagère, à Cannes et à Deauville, elle se retira définitivement de la scène en 1957, à 71 ans. Une légende colle à la fin de la vie de Ninon Vallin, qui voudrait qu’elle aurait été ruinée. Mais ce cliché ne reflète en rien la réalité. Si elle se replia dans un appartement de Sainte-Foy-Les-Lyon, ce fut par choix. Elle enseignera le chant au Conservatoire de Lyon jusqu’à son décès en 1961.

Elle termina sa vie dans une clinique lyonnaise en 1961, âgée de 75 ans, un 22 novembre, jour de la Sainte Cécile, patronne des musiciens. Elle est enterrée à Millery. 

Cette musicienne cultivée et d’une grande sensibilité, considérée comme l’une des grandes cantatrices françaises du XXème siècle, a interprété au cours de plus de quarante ans de carrière près d’une cinquantaine de rôles, aussi bien de soprano lyrique, léger ou dramatique que de mezzo-soprano, et a eu entre autres pour partenaires des célébrités comme Enrico Caruso, Georges Thill, Beniamino Gigli, Tito Schipa.  Ninon Vallin a formé au chant Anne Germain.

Ninon Vallin

La voix était celle d’un soprano lyrique, à l’aigu facile – d’où son succès dans des héroïnes telles que Manon, Thaïs ou Marguerite de Faust – mais avec une telle extension dans le grave qu’elle pouvait s’aventurer sans problème dans cer- tains emplois de mezzo, comme Mignon, Carmen ou Charlotte. Le timbre avait du charme et, surtout, l’artiste fai- sait preuve d’une netteté et d’une précision absolues dans la diction, au risque de paraître maniérée à un auditeur d’au- jourd’hui. Ces qualités de « diseuse » contribuèrent beau- coup à faire d’elle une ambassadrice du chant français reconnue comme telle dans le monde entier, au même titre que sa musicalité infaillible et son goût parfait.

Ninon Vallin a laissé telle- ment de témoignages discographiques, et sur une période tellement longue (1913-1956), qu’il est possible de se faire une idée précise de sa voix et de sa manière de chanter. Parmi les plus souvent réédités, sous de multiples étiquettes : l’inté- grale de Werther, gravée en 1931 sous la baguette d’Élie Cohen, avec Georges Thill pour partenaire ; les extraits de LouiseToscaManon et Carmen Les Berceaux de Fauré avec Marguerite Long au piano ; les mélodies que Reynaldo Hahn, Joaquin Nin et Federico Mompou lui ont dédiées et dans lesquelles ils l’accompagnent eux-mêmes…