Jarmila Novotná 1907-1994

Soprano lyrique tchèque légendaire, Jarmila Novotná, soliste du Metropolitan Opera de New-York de 1940 à 1956 et star d’Hollywood, est une de ces artistes qui ont dédié toute leur vie à l’art. Une belle voix de soprano, légère et étincelante, un talent d’actrice exceptionnel et une présence éblouissante sur scène, tels étaient les principaux attributs qui contribuèrent à la brillante carrière internationale de Jarmila Novotná. 

Jarmila bébé avec son père Josej, sa mère Josefa et sa soeur Pavla en 1908

Jarmila Novotná naquit le 23 septembre 1907 à Prague. Fille d’un père banquier elle étudia le chant à Prague avec Emmy Destinn (Ema Destinová) et Hilbert Vavia. D’abord élève au Théâtre de Vinohrady, elle rejoignit ensuite le Théâtre national. Elle fit ses débuts à 17 ans à l’Opéra d’État de Prague le 28 juin 1925 dans le rôle de Marenka de l’opéra de Bedřich Smetana La Fiancée vendue. Six jours plus tard elle interprèta le rôle de Violetta (La traviata). La même année elle débuta au cinéma dans le film muet Vyznavaci slunce. Bien que le public de Prague ait été captivé par son charme juvénile et sa voix distinctive, elle a pris la décision importante de poursuivre ses études en Italie où elle travailla à Milan avec Antonio Guarnieri. Le voyage ne fut possible que grâce au soutien de Tomáš Garrigue Masaryk, qui fut le premier président de la République tchécoslovaque, de l’indépendance du pays en 1918 jusqu’à à sa démission en 1935 et qui devint un ami proche de Jarmila.

Portraits de Jarmila Novotná

À partir de 1928, elle entama une carrière internationale. En 1928, elle interpréta à Vérone Gilda dans Rigoletto avec Giacomo Lauri-Volpi puis, au Teatro San Carlo à Naples, le rôle d’Adina (L’elixir d’amour de Donizetti) avec Tito Schipa. Elle rejoint en 1929 l’Opéra Kroll à Berlin, où elle interprèta le rôle de Violetta et incarna les héroïnes de Puccini, Manon Lescaut et Madame Butterfly. En janvier 1933, elle créa le rôle principal féminin de la nouvelle opérette Frühlingsstürme de Jaromir Weinberger, en compagnie de Richard Tauber au Theater im Admiralspalast de Berlin. Ce fut la dernière nouvelle opérette produite dans la République de Weimar. Elle était si talentueuse en tant qu’actrice que Max Reinhardt, le metteur en scène allemand, la poussa à consacrer ses talents au théâtre. Elle vécut à Berlin jusqu’en 1933 où elle poursuivit une carrière cinématographique réussie. Elle joua ainsi dans la version filmée de La Fiancée vendue par Max Ophüls en 1932.

Mariage de Jarmila avec George Daubek le 16 juillet 1931

En 1931, elle épousa le chevalier Jiří Daubek. Ce dernier appartenait à une vieille famille chevaleresque tchèque, la famille Daubková ou Doubková, dont les membres vivaient dans le château de Litna dans la région de Beroun. Le représentant actuel est Jiří (George) Daubek, dont la mère était notre soprano Jarmila Novotná, l’épouse de Jiří Daubek. Son grand-père Josef František Daubek était l’un des sept co-fondateurs du Théâtre National de Prague.

Après l’arrivée au pouvoir de Hitler, elle quitta Berlin et s’installa en 1934 à Vienne où elle rencontra le compositeur Franz Lehar. Ce dernier l’engagea pour le rôle principal de sa nouvelle pièce Giuditta. En raison de l’énorme succès remporté, elle fut engagée au Staatsoper de Vienne où elle obtint le titre envié de Kammersängerin. Elle s’est ensuite rendue en Angleterre pour tourner un film intitulé The Last Walzt en 1936.

De haut en bas et de gauche à droite:1-Jarmila Novotná avec Fritz Krenn (à droite) et le chef d’ochestre du Mariage de Figaro de Mozart au Kroll Opera de berlin. 2-Jarmila avec Walter Grossmann (à gauche) et Marcel Wittrich ( à droite) dans Manon Lescaut en 1931. 3- jarmila avec Richard Tauber dans l’opérette de Franz Lehár Giuditta en 1934. 4-Jarmila dans La belle Hélène en 1931. 5-Jarmila dans Die glückliche Hand d’Arnold Schönberg au Kroll Opera de berlin en 1930. 6-Jarmila dans Les contes d’Hoffmann en 1931.

Débuts américains de Jarmila dans le rôle de Cio-Cio-San (Madame Butterfly) à San Francisco avec Herta Glatz (dans le rôle de Suzuki) en 1939

Après qu’Arturo Toscanini l’ait entendue se produire à Salzbourg et à Vienne, il lui proposa de venir au Metropolitan Opera de New-York en 1928, mais elle refusa parce qu’elle ne voulait pas être séparée de son fiancé, le baron George Daubek, qu’elle allait épouser en 1931. Elle était à New-York, cependant, lorsque les troupes d’Hitler sont entrées en Tchécoslovaquie en 1938. De retour dans son pays occupé, elle parvint à amener son mari et ses enfants à Vienne. Alors qu’en 1939 elle chantait Madame Butterfly à San Francisco elle fut à nouveau invitée par Arturo Toscanini pour incarner le rôle de Violetta dans Traviata et accepta cette fois. Cela marqua le début de la dernière phase, brillante, de sa carrière. Elle signa un contrat avec le Metropolitan Opera en 1940 et connut alors de grands succès aux États-Unis. Son rôle de Violetta lui donna la réputation d’être l’une des meilleures chanteuses de l’époque. Elle apparaitra dans douze rôles différents sur la scène du Met: Cherubin, notamment sous la direction de Fritz Busch, Mimi, Donna Elvira, Donna Anna ou Pamina. Sur ses 208 apparitions au Met, 103 étaient dans les rôles travestis comme le prince Orlofsky, Cherubin ou Octavian. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Novotna a enregistré Songs of Lidice à la mémoire des victimes du régime nazi dans son pays natal. Elle était accompagnée au piano par Jan Masaryk, le fils de Charlotte Garrigue Masaryk et Thomas Masaryk, l’ancien président de la Tchécoslovaquie. 

Jarmila Novotná dans le rôle d’Octavian (Le chevalier à la rose)

Dans l’espoir de résider à nouveau en Europe après la Seconde Guerre mondiale, Novotná et son mari, le baron Daubek, ont trouvé leur propriété en Tchécoslovaquie confisquée par les communistes lors du« Coup de Prague» en 1948. Après avoir de nouveau vécu en Amérique, le couple s’est finalement retiré à Vienne.

En 1948, elle fut acclamée pour son rôle principal incarnant une survivante d’Auschwitz à la recherche de son jeune fils, dans The Search, partageant la vedette avec l’acteur Montgomery Clift pour lequel elle eut une amitié durable. Elle joua dans The Great Caruso (1951) avec Mario Lanza et dans The Great Waltz en 1955.  Elle était également considérée comme une star pionnière dans l’art de mélanger les genres, se produisant à Broadway et a travaillant à la radio et à la télévision avec Bing Crosby, Abbott et Costello.

Jarmila Novotná publia ses mémoire intitulées Ma vie en chanson (My life in song). Elle y explique comment, après ses débuts en 1925 au Théâtre National de Prague, sa renommée a rapidement évolué vers une formidable carrière musicale à une époque de bouleversements politiques sans précédent. Novotná fournit des témoignages sur les prises de contrôle nazies de l’Allemagne et de l’Autriche, sur l’occupation soviétique de la Tchécoslovaquie et sur les conséquences de la révolution de velours en 1989, ainsi que sur ses nombreux voyages aux États-Unis pendant et après la Seconde Guerre mondiale. Dans ce livre richement illustré de photos de sa collection personnelle, Novotná partage des histoires divertissantes sur son séjour à Hollywood, où elle connut «un flux sans fin de fêtes» comme celles données par Louis B. Mayer, co-fondateur de la Metro Goldwin mayer, aux côtés de stars comme Jimmy Stewart et Elizabeth Taylor. Novotná brosse également des profils révélateurs de nombreuses figures artistiques notables de l’époque, dont le réalisateur Max Reinhardt, le compositeur Cole Porter et le chef d’orchestre Arturo Toscanini, tout comme des personnages politiques tels que Dwight Eisenhower et Tomáš Garrigue Masaryk, le premier président de la Tchécoslovaquie. Cet autoportrait fascinant offre une fenêtre sur l’histoire et les reflets d’une figure captivante et extrêmement talentueuse qui a laissé une empreinte indélébile sur les arts de la scène.

Jarmila Novotná à son domicile
Jarmila Novotná avec son chien
dans les environs de Prague,
vers 1950.

Elle fit ses adieux à la scène le 15 janvier 1956, dans l’opérette La Chauve-Souris de Johann Strauss fils. Elle se consacra alors à sa famille, en continuant à jouer épisodiquement. En 1972, elle obtient l’autorisation du pouvoir communiste de rentrer en Tchécoslovaquie où elle demeurera jusqu’à la mort de son mari. Elle rentra alors aux États-Unis, où vivaient ses deux enfants. Elle mourut, à New-York, le 9 février 1994, à l’âge de 86 ans.

Elle est enterrée à Liten, domaine de la famille de son mari. Un musée y perpétue son souvenir.

L’astronome tchèque Luboš Kohoutek a donné son nom à un astéroïde le 14 janvier 1972. La banque nationale tchèque a par ailleurs gravé une pièce commémorative en argent de 200 couronnes pour le centenaire de sa naissance en 2007.