Sigrid Onegin 1889-1943

Sigrid Onegin fut une célèbre contralto franco-allemande.

De son vrai nom Elisabeth Elfriede Émilie Hoffmann, elle naquit à Stockholm d’un père allemand et d’une mère française. Bien qu’elle soit née en Suède, cette imposante contralto était donc d’origine à la fois française et allemande et a été élevée en Allemagne où elle commença ses études vocales. Après le divorce de ses parents, elle s’installa avec sa mère à Wiesbaden. Elle soutint sa mère et ses deux jeunes frères et paya les frais de ses premières leçons de chant en travaillant comme secrétaire, aide ménagère et interprète. Elle rencontra Ella Overbeck, pianiste accompagnatrice de Clara Butt et d’élèves de Manuel Garcia junior, lors d’une audition au conservatoire Spangenberg de Wiesbaden. Ella Overbeck va s’occuper de sa formation vocale et l’accompagna également au piano.

Ses débuts à l’opéra eurentlieu à Stuttgart, invitée par Max von Schillings, en octobre 1912, où elle chanta Carmen. Elle rejoint l’Opéra de Stuttgart en 1912.  Elle étudia avec Cavaliere di Ranieri à Francfort, avec Weiss à Munich et à Milan, et suivit également des cours avec des chanteurs célèbres de la génération précédente, comme la formidable Lilli Lehmann et Margarethe Siems.

Sigrid Onegin fit sa première apparition publique, sous son nom de jeune fille, Lilly Hoffmann, à Wiesbaden, en septembre 1911, dans un récital, accompagnée d’un pianiste russe se faisant appeler Eugene Onégin. Il s’agissait du baron Yevgeny Borisovitch Lvov Onégin (un pianiste et compositeur qui avait pris le nom du célèbre personnage de Pouchkine). Elle l’épousa en mai 1913, d’où le nom de scène qu’elle garda par la suite malgré la mort prématurée de son mari.

Portraits de Sigrid Onegin

Le 25 janvier 1913, en avance sur son époque, Lilly Hoffmann “épousa” Agnès Elisabeth Overbeck, en prenant le pseudonyme de Baron Eugen Borisowitsch Lwoff-Onégin, à Londres. Elle chanta brièvement sous le nom de Lilly Hoffmann-Onégin avant de garder celui de Sigrid Onégin, nom sous lequel elle est devenue célèbre. De 1912 jusqu’à la mort d’Agnès, en novembre 1919, elles vécurent ensemble à Stuttgart. Lilly cacha son “mari russe” aux autorités jusqu’à ce qu’Agnès soit dénoncée et arrêtée en 1916, car à l’époque ces choses là n’étaient pas du tout tolérées par la société. Grâce à ses relations, Lilly réussit à la faire libérer. Après la mort d’Agnès, elle rejoignit l’Opéra de Munich en 1919. Puis elle épousa, en 1920, son deuxième mari le médecin allemand Fritz Penzoldt qu’elle avait rencontré à Munich. De 1920 à 1931, elle futmembre de la troupe du Städtische Oper de Berlin où elle chanta dans une reprise de Carmen avec Lotte Schöne et Ludwig Hoffmann en 1930, et le rôle titre dans Samson et Dalila en 1931.

Sigrid Onegin en famille

En 1922, elle se rendit aux États-Unis où elle fit ses débuts à Carnegie Hall lors d’un concert de l’Orchestre de Philadelphie dirigé par Leopold Stokowski. Ce n’est qu’en novembre 1922 qu’elle fit son entrée au Metropolitan Opera dans le rôle d’Amneris (Aida). Ses partenaires étaient Elisabeth Rethberg qui débutait aussi et Giovanni Martinelli. Elle y chanta également Brangäne et Fricka. En tant que récitaliste, elle se produisit en Amérique jusqu’en 1938.  Ses débuts à Covent Garden eurent lieu en mai 1927 dans le rôle de Fricka (Die Walküre). De 1931 à 1935, elle travailla également avec le Stadttheater de Zurich. Elle se produitsi à l’Opéra de Paris, au Staatsoper de Vienne, à Covent Garden, chantant Amneris ainsi que divers rôles Wagnériens. Une fois, à Mannheim, où au cours d’une représentation de Carmen, le ténor joua son rôle avec tant de fougue qu’au quatrième acte, il la précipita par terre et, à demi étranglée, Sigrid perdit connaissance et dut être transportée dans une clinique! 

Elle fut très recherchée en qualité de concertiste. Elle chant à la salle Pleyel, en 1927, 1928 et 1929, dans les concerts de la Société philharmonique de Paris. Elle fut engagée en Hollande pour la saison 1931-1932. Elle chanta Orfeo (Orphée et Eurydice de Gluck) en 1931 et 1932 au festival de Salzbourg mais refusa son concours à celui de 1933 pour des raisons politiques et participa au festival de Bayreuth en 1933 et 1934 dans les rôles de Fricka, Waltraute et Erda.  Pour le critique Paul Landormy «Sigrid Onegin possède toutes les qualités requises pour réaliser un magnifique Orphée; voix splendide particulièrement étendue, avec un aigu facile et éclatant, et un grave étoffé sans être jamais forcé, une diction excellente, un jeu simple, de belles attitudes, une grande variété dans le chant… magnifique réalisation du personnage d’Orphée… »

Elle a fit ses dernières apparitions aux États-Unis dans des récitals en 1938.

Elle est morte à Magliaso, en Suisse le 16 juin 1943 et est enterrée au Waldfriedhof de Stuttgart en Allemagne.

On a dit qu’Onegin possèdait la plus belle voix de contralto jamais entendue depuis Ernestine Schumann-Heink, qui fut une star de l’âge d’or de l’opéra (la période entre les années 1880 et la Première Guerre mondiale). Le chant de Onégin fut célèbre pour la richesse de son ton, sa souplesse, sa taille et sa technique de colorature. Elle possède aussi une très large gamme vocale. Selon Stephan Hörner, Onegin avait l’une des voix d’alto les plus expressives et sophistiquées du XXème siècle.  Elle a, au cours de ses débuts, réalisé un nombre impressionnant d’enregistrements de 78 tours qui ont été réédités sur CD.

Elle a également bénéficié des conseils de la grande Lilli Lehmann, dont le souci de garder la voix bien placée et souple a aidé le contralto à pouvoir affronter les compositeurs belcantistes. Elle a également étudié brièvement avec Margarete Siems, connue pour ses performances dans les premières d’opéras de Richard Strauss. Bien qu’elle ait fait ses débuts dans l’opéra dès 1912 lorsqu’elle chanta Carmen à Stuttgart, elle est devenue plus connue comme concertiste. Ce n’est qu’après un engagement avec le Hofoper de Munich de 1919 à 1922 que sa renommée en qualité d’artiste dramatique a égalé celle de concertiste.

Après sa performance d’Amneris dans un Aida où le même soir Elisabeth Rethberg faisait ses débuts au Met, le 22 novembre 1922, le New-York Times la décrivit comme “une femme d’une grâce majestueuse, d’un geste large, d’un calme maussade … avec la lueur du feu capricieux.” W.J. Henderson lui trouvait “une voix vraiment noble” et loua son “intensité tragique” et son “grand style”. Pour Pitts Sanborn «La voix illimitée de Mme Onégin atteint la prodigieuse particularité de sembler être à la fois un contralto et un soprano, et sa flexibilité étonnante (qui depuis Melba et Tetrazzini a montré un tel trille?) place la musique la plus fleurie facilement dans son champ d’application».

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