Magda Olivero 1910-2014

Magda Olivero, plus qu’une des plus grandes sopranos du XXème siècle est surtout devenue une légende de l’opéra en raison de la beauté de sa voix, et surtout d’une qualité technique exceptionnelle qui lui a permis une longévité vocale hors du commun.

Maria Maddalena Olivero dite Magda Olivero naquit le 25 mars 1910 à Saluzzo dans le Piémont italien. Fille d’un magistrat, elle commença l’apprentissage du chant avec peu de résultats au début. Sa première audition a-t-elle dit, fut un désastre: «Ils m’ont dit qu’étant jeune et jolie, je devais abandonner ma carrière et penser au mariage. Heureusement, le Maestro Gerussi m’a écoutée et, sentant mon potentiel, a cru en moi et m’a forcée à étudier.» Elle étudia alors le piano, l’harmonie, le contrepoint et le chant. Elle eut pour professeur le compositeur Giorgio Federico Ghedini et Luigi Gerussi qui lui enseigna le chant et va rétablir sa technique vocale.

Elle interpréta son premier rôle le 2 décembre 1932 pour une retransmission radiophonique de Imisteri dolorosi de Nino Cattozzo. En 1933 elle interpréta le rôle de Lauretta (Gianni Schicchi). La même année, la Scala de Milan, séduite par sa voix agile et ses aigus stratosphériques, lui proposa son premier Verdi avec Gilda (Rigoletto). Sa carrière était lancée: suivront Nanetta (Falstaff), et trois grands Puccini: La bohème (Mimi), Madame Butterfly (rôle-titre), Turandot (Liù), rôle qu’elle interprèta au disque en 1938 dans le premier enregistrement mondial de l’opéra. En 1937, elle aborda l’Opéra de Rome dans le rôle d’Elsa (Lohengrin), puis ajouta à son répertoire ceux de Violetta et Manon, tout en créant des œuvres contemporaines de compositeurs tels que Franco Alfano et Felice Lattuada.

Magda Olivero interprète l’opéra de Francis Poulenc “La voix humaine” à l’Opéra de San Francisco en 1979.

En 1940, elle chanta Adriana Lecouvreur de Francesco Cilea, qui devint son rôle-fétiche et où elle s’y révèla insurpassable, au point que la rumeur veut que Callas se serait gardée de l’interpréter de crainte de ne pouvoir soutenir la comparaison. Mais, Deux ans plus tard, son mariage avec l’industriel Aldo Busch (disparu en 1983) l’incita à quitter la scène en pleine gloire. Magda Olivero se contenta alors de donner quelques concerts pour des organismes de bienfaisance durant la seconde guerre mondiale.

C’est seulement dix ans plus tard, en 1951, qu’elle reprit le chemin de la scène: incitée par de nombreux admirateurs et surtout par le compositeur Francesco Cilea, quasi mourant, qui demanda à l’entendre chanter une dernière fois son Adriana Lecouvreur sans savoir qu’il mourrait deux mois avant la première du 21 janvier, à Brescia.

Magda Olivero à différents âges de sa longue vie

Commence alors pour Magda Olivero une seconde carrière, encore plus brillante que la première, résolument tournée vers le vérisme avec les grands rôles: Margherita (Mefistofele), Santuzza (Cavalleria rusticana), Nedda (Pagliacci), Tosca, Giorgetta (Il Tabarro) et Suor AngelicaFedora et Francesca da Rimini. Elle se produisit partout en Europe mais ne fera ses débuts en Amérique qu’en 1967 à Dallas dans le rôle fétiche de Maria Callas, Médée, de Cherubini. Il faudra attendre 1975 pour que le Metropolitan Opera de New-York lui fasse un triomphe dans Tosca, à 65 ans, l’âge où d’autres ont déjà pris leur retraite.

Magda Olivero à 103 ans

Elle fut entourée dans les dernières années de sa vie par le ténor et admirateur Matteo Zosito (soutenu par ses chers amis Vincenzo Puma et son épouse Katia) qui l’ont aidée, lui ont tenu compagnie. avec un soin amoureux et filial. Ce fils que la nature lui a refusé, elle l’a trouvé dans ce garçon doux et sensible, modeste et fidèle, avec un échange d’amour mutuel. C’est lui qui l’a accompagnée lors de ses dernières vacances à Arenzano, au cours du dernier été dans un institut religieux qu’elle a choisi sur la Riviera ligure. Le 20 août 2014, un accident vasculaire cérébral la frappa du côté droit du crâne. Consciente et présente jusqu’au bout, bien que s’exprimant par des gestes et un regard reconnaissant, elle est décédée sereinement et sans souffrance, main dans la main de Matteo, à l’Institut Auxiliaire de Milan vers 15 heures le lundi 8 septembre 2014, à l’âge de 104 ans.

La carrière de Olivero demeure un cas particulier pour sa longévité. On peut voir sur la chaine You Tube une vidéo où, âgée de 99 ans elle peut encore chanter le vissi d’arte de la Tosca de Puccini… Cette longévité vocale nous interpelle. Elle sut en effet préserver durant 50 ans toute l’intégrité de sa voix grâce à une émission vocale exceptionnelle et au choix rigoureux d’un répertoire fondé principalement sur le répertoire puccinien et la Jeune école italienne, avec quelques Verdi et quelques rôles français, notamment Manon, Marguerite (Faust) et la protagoniste de La voix humaine. Sa longévité lui permit de chanter d’abord aux côtés de Tito Schipa ou de Beniamino Gigli, puis plusieurs dizaines d’années plus tard auprès de Plácido Domingo et Luciano Pavarotti, et de parrainer les débuts de jeunes chanteurs nés après la Seconde Guerre mondiale.

Magda Olivero dans
Adriana Lecouvreur de Cilea

Le “secret”, comme elle l’a expliqué dans ses nombreuses et fréquentes masterclasses, réside entièrement dans la respiration, dans l’administration et la mesure de la respiration et dans le soutien diaphragmatique. Le souffle était en effet, pour cette artiste littéralement unique, la pierre philosophale d’où rayonnaient toutes les composantes de son génie d’interprète. «Un soffio è la mia voce» : la métaphore a valeur de credo emblématique pour notre immortelle Adriana Lecouvreur. Elle renvoie à un précepte fondamental de l’art vocal, inculqué à sa jeune élève par Luigi Gerussi, lui-même instruit au contact de Cotogni, père de l’école romaine de chant: seule une respiration diaphragmatique absolue autorise le soutien nécessaire à la conduite de la phrase, à sa dynamique, à ses colorations.

La jeune fille de 22 ans, dont la voix naturelle avait été jusqu’alors livrée aux turpitudes de professeurs erratiques, se plia sept années durant à la férule de son nouveau maestro et conquit ce fameux soutien. Tout un demi-siècle, elle le préserva, à la manière du luthier ajustant au demi-millimètre près l’âme de ses violons, ce discret point de soutien de la table d’harmonie, seul capable de résister à la pression exercée par les cordes. Le souffle miraculeux de la grande Magda est donc l’expression de son âme. L’image qu’elle se plaisait à répéter, de la balle de ping-pong portée par un jet d’eau, demeure la plus évocatrice de ce souffle libre, sans attache, malléable à l’infini.

Alors que les dérives d’un certain chant vériste détournaient nombre d’artistes des tables de la loi belcantistes, la jeune Magda s’inspirait, en amont de ces bijoux sonores gravés en 1958, de la pureté des soprani leggeri et de leur culte de l’agilité, pour les mettre au service d’une plénitude lyrique du son et du mot, rompant ainsi avec leurs mignardises. En cela elle a été un lien important entre l’âge des compositeurs du vérisme et le théâtre d’opéra moderne.

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