Charles Dalmorès 1871-1939

Charles Dalmorès était un ténor français de type lyrico-dramatique. Il a connu une carrière internationale, chantant avec succès auprès du public et de la critique des deux côtés de l’Atlantique au cours des deux premières décennies du XXème siècle.

Henri Alphonse Brin plus connu sous le pseudonyme de Charles Dalmorès naquit le 1er janvier 1871 à Nancy. Son père, Claude Joseph Brin (Nancy, 21 octobre 1836 –?) était lithographe et sa mère, Elisabeth ORY (Nancy, 03 juillet 1842 –?) était repasseuse. Ils s’étaient mariés à Nancy le 28 mai 1870. Charles avait deux frères, Pierre Victor Bin ( 1875-1948) qui obtint le premier prix de basson au Conservatoire de Paris en 1898, et Henry Alphonse Brin (1877-?) qui fut premier accessit de contrebasse au Conservatoire de Paris en 1898. Après avoir été lauréat au Conservatoire de sa ville natale, Charles vint à Paris, où il entra au Conservatoire national en 1880. Il y obtint le premier prix de cor en 1891. A sa sortie, à 19 ans, il fut engagé aux Concerts Lamoureux et aux Concerts Colonne. En 1894, il professait le cor au Conservatoire de Lyon. Là, M. Dauphin, la basse bien connue, l’ayant entendu chanter par hasard, s’étonna de l’ampleur de sa voix et s’offrit à lui donner des leçons de chant. Après quelques conseils de ce maître, le jeune artiste se rendit à Paris pour y étudier avec le ténor Vergnet le répertoire du grand opéra.

En 1899, Charles Dalmorès débuta à Rouen, au Théâtre des Arts, où il se fit remarquer dans Sigurdle Prophèteles Huguenots et surtout dans la création française de Siegfried. Puis il fut engagé à Bruxelles, au Théâtre de la Monnaie, le 09 février 1901, il obtint dans sa création de Louise, un succès qui se confirma aux reprises, en 1901, de Tristan et Isolde, de la Walkyrie, de Lohengrin ; il se classa enfin au rang des plus réputés interprètes de Wagner, en créant le Crépuscule des dieux en 1902. A la demande du compositeur d’Harcourt, il chanta, devant la comtesse de Flandre, le rôle du Tasse, et reçut des félicitations très chaleureuses. Le 7 mars 1902, obligé de remplacer au pied levé le ténor Imbart de la Tour dans la Prise de Troie, il chanta et joua le rôle d’Enée de façon impeccable. Peu après il triomphait dans l’interprétation magistrale de l’Alceste, de Gluck, au Conservatoire de Bruxelles, où il sut donner une puissante sensation d’art dans l’interprétation d’un rôle assez ingrat. Il fut engagé par le célèbre pianiste Alfred Cortot pour chanter à Paris, dans la saison d’été 1902, au cours de représentations wagnériennes, la redoutable partition du Götterdämmerung. Ses débuts, aux Festivals lyriques, firent sensation. Le 30 novembre 1903, il créa le Roi Arthus (Lancelot) d’Ernest Chausson à la Monnaie de Bruxelles.Il passa six saisons au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles et chanta avec succès au Royal Opera House de Covent Garden à Londres, en 1904–1905 et 1909–1915. Il chantait en français, en italien et en allemand.

Aux États-Unis, il débuta le 7 décembre 1906 dans le Faust de Charles Gounod à la Manhattan Opera Company de New-York. Il resta quatre ans parmi cette Comapgnie et se spécialisa dans les rôles français. Pour le public américain, il créa le rôle de Julien dans Louise de Gustave Charpentier et celui de Jean Gaussin dans Sapho de Jules Massenet. Il tint aussi le rôle de Pelléas dans Pelléas et Mélisande de Claude Debussy. Il apparut également dans de nombreuses productions de la Philadelphia Opera Company entre 1908 et 1916. En 1910, Dalmorès fut engagé par la Chicago Grand Opera Company avec laquelle il se produisit jusqu’en 1914. La compagnie était très active à Philadelphie ainsi qu’à Chicago. Avec cette compagnie il tint, entre autres, le rôle de Vinicius dans la première aux États-Unis de Quo Vadis de Jean Nouguès. En 1917, il rejoint la Chicago Opera Association où il chanta pour la première fois les rôles titres de Parsifal et Tristan und Isolde de Wagner. Il tourna aussi en Allemagne et en Autriche avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, interprétant Wagner dans la langue originale à Berlin et dans diverses villes. En 1908-1909, il se produisit à l’Opéra d’État de Vienne et assuma le rôle de Lohengrin, dans l’opéra éponyme de Wagner au Festival de Bayreuth en 1908.

Dalmorès est rentré en France en 1918 mais est ensuite retourné vivre aux États-Unis. Il a enseigné le chant et est mort à Hollywood, en Californie, à l’âge de 68 ans. 

Grand pour un ténor, il a été salué par la critique contemporaine non seulement pour sa voix forte, régulière et bien modulée, mais aussi pour sa présence et son jeu impressionnants sur scène. Sa voix jeune et franche s’adaptait au lyrisme des hymnes et des invocations martiales aussi bien qu’aux effusions, aux plaintes ou aux caresses amoureuses. Il sut en tirer, selon les besoins de la partition, les fortes sonorités et les demi-teintes  mais il se garda d’abuser des notes éclatantes. Il ajoutait à ces qualités l’articulation impeccable des paroles et une préoccupation constante de l’effet plastique, des attitudes, des gestes tendant à rendre plus communicative l’émotion.Heureusement, il a enregistré un certain nombre de disques pour la Victor Talking Machine Company qui ont été réédités sur CD. Produits entre 1907 et 1912, ces enregistrements confirment l’excellence de sa musicalité et la puissance imposante de son chant déclamatoire, même si le haut de sa gamme peut sonner un peu resserré sur ces disques centenaires. L’un de ses disques les plus célèbres est une interprétation en 1907 de l’air de Manrico Ah! si, ben mio, de Il Trovatore de Verdi, dans lequel il affiche une ligne legato admirablement douce et un trille splendide.