Albert Lance 1925-2013

Ténor lyrique français d’origine australienne dont la carrière s’est étendue des années 1950 aux années 1970, principalement à l’Opéra de Paris, Albert lance est considéré comme le plus grand ténor australien de tous les temps. Il incarna une tradition, parfois décriée aujourd’hui du chant français, volontiers déclamatoire et stylistiquement datée. Mais sa voix chaude à la projection puissante, sa diction claire, ses aigus virils lui assurèrent les rôles majeurs de l’opéra français et italien (chantés en français).

Né le 12 juillet 1925 à Adelaïde (Australie) , Albert Lance, de son vrai nom Albert-Lancelot Ingram, ne se départira pas d’un léger accent, à peine perceptible, qui ajoutait, dit-on, à son charme.

Lance Ingram, qui est devenu l’un des plus grands ténors d’opéra au monde dans les années 1950 sous le nom d’Albert Lance, a eu une éducation imprégnée de luthéranisme prussien germanophone dans la ville de Cambrai, dans les appartements de la rivière Murray en Australie-Méridionale.

Le nom «Cambrai» a été imposé sur ce qui était auparavant Villa du Rhin, près de ce qui avait été nommé Rhin par Johannes Menge mais, à partir de 1918, a été rebaptisé Marne. Cambrai et Marne, une partie des changements massifs de noms de lieux allemands décrétés par le gouvernement australien du Sud pendant la Première Guerre mondiale, ont souligné l’une des pires défaites de l’Allemagne dans la guerre. Cambrai était une ville à majorité allemande avec des descendants des premiers colons de Lobethal, Hahndorf, Blumberg, Barossa Valley, Palmer et Milendella. Albert vit le jour à l’hôpital McBride Salvation Army à Adélaïde et, parce que son père Renmark a rapidement quitté sa mère anglaise, il fut placé sous la garde d’une nourrice, la veuve Maria Latz, qui avait soigné plus de 20 autres pupilles d’État pour enfants. Elevé au sein d’une communauté allemande dans le bush australien, il commença à chanter comme sopraniste à l’église. Une autre influence dans la maison était le père prussien de Maria Latz, arrivé à Port Adelaide avec sa famille à bord du Heloise en 1847. Il ne parlait encore que l’allemand prussien dans les années 1920. À 14 ans il retrouva son père qui l’emmna à Adélaïde. À 16 ans il eut une méningite (qui lui fit perdre un œil) et lui permis de retrouver sa mère. Il navigua alors entre divers emplois sans plus d’ambition que de retourner à Cambrai en tant que producteur de poulet. C’est sa mère qui remarqua sa voix et l’envoya à l’Adelaide College of Music. Puis il rencontra Gertrude Johnson, fondatrice du National Theatre de Melbourne, qui lui fit prendre des cours de chant en vue de lui confier en 1950, le rôle de Mario Cavaradossi dans Tosca (en anglais). Toujours avec l’Opéra de Melbourne, il chanta ensuite Rodolfo dans La Bohème et Pinkerton dans Madame Butterfly (tous les deux en anglais), puis en 1953 le rôle-titre des Contes d’Hoffmann. Acclamé, il eut le privilège de se produire dans Les Contes d’Hoffmann  devant la reine Elizabeth II fraîchement couronnée, lors de sa première visite en Australie en 1954.

Après avoir retravaillé quelque temps à l’usine, il auditionna auprès de Dominique Modesti, professeur de chant français qui lui fit quitter l’Australie pour s’installer à Paris où il perfectionna son art notamment avec la collaboration de Simone Féjard (chef de chant et répétitrice à l’Opéra et l’Opéra-Comique, cette grande dame de l’art lyrique est morte centenaire en mai 2012, et Roberto Alagna, qui avait beaucoup collaboré avec elle, avait salué avec émotion cette “bonne fée” de sa carrière). 

Il fut engagé en 1955 à l’Opéra-Comique où il reprit son rôle de Cavaradossi dans Tosca. Puis entra dans la troupe de l’Opéra de Paris, prenant alors le pseudonyme d’Albert Lance (dérivé de son nom véritable). Il y fit ses débuts en 1956 dans le rôle de Faust et parmi ses titres de gloire citons Un Bal Masqué avec Régine Crespin en 1958, le mythique gala de la Légion d’honneur en décembre de la même année avec Maria Callas, Don José de la non moins mythique création de Carmen avec Jane Rhodes, Robert Massard, Andréa Guiot et la direction de Roberto Benzi dans la mise en scène de Raymond Rouleau l’année suivante, s’imposant comme l’un des tout meilleurs ténors de l’époque. Un statut de “Ténor national de France” qui lui vaudra pendant deux décades, en plus de chanter avec les plus grandes divas d’alors (Maria Callas, Dame Joan Sutherland), de collectionner les rôles emblématiques sur les scènes parisiennes, mais aussi dans toute la France et dans le monde. Il avait d’ailleurs fait ses débuts aux Etats-Unis en 1961, à San Francisco. En 1967, la revue Life l’intronisait parmi les huit plus grands ténors mondiaux, voire le plus grand alors en vie.

Attaché à la troupe de l’Opéra de Paris, il chanta peu à l’étranger (il sera notamment réclamé en vain par la Scala, mais eut néanmoins l’occasion de participer à des productions à Londres, Vienne, Moscou, Kiev, Riga, Philadelphie, San Francisco, Los Angeles, Buenos Aires et Rio de Janeiro.

Il obtint la nationalité française en 1967, remise par le général de Gaulle. En 1973, à l’arrivée de Rolf Liebermann, la troupe de l’Opéra de Paris fut dissoute. Albert Lance rejoignit alors la troupe de l’Opéra du Rhin à Strasbourg, jusqu’à sa retraite en 1977. Il se consacra ensuite exclusivement à l’enseignement, au conservatoire de Nice, pendant dix-neuf ans, puis au conservatoire d’Antibes pendant onze ans, en compagnie de son épouse Iris Parel, ancienne mezzo-soprano. Il créa alors, à Colomars, village de l’arrière pays niçois où il résidait, l’«Albert Lance Lyric Company», une association organisant des spectacles lyriques, qu’il dirigea avec Iris Parel jusqu’à la fin de sa vie. Il est décédé à l’âge de 86 ans le 15 mai 2013 des suites de problèmes cardiaques à son domicile de Colomars, dans les Alpes-Maritimes.

En 2010, peu avant sa mort, Dame Joan Sutherland, elle aussi d’origine australienne, avait exprimé ses regrets de n’avoir pu chanter plus souvent avec Albert Lance, et, surtout, que ses compatriotes australiens n’aient pas profité plus de lui à son zénith. En 2011, l’Opéra de Paris avait annoncé vouloir organiser un jubilé pour le ténor, une première pour un Australien, mais la santé de l’intéressé ne lui a pas permis de recevoir sa distinction. 

Ténor plus lyrique qu’héroïque, doté d’une voix simple et franche comme l’or, il a multiplié les superbes Werther, Don José et autres Faust. Avec sa voix chaude à la projection puissante, aux aigus faciles, jamais forcés, avec sa diction claire, il fut l’un des plus beaux représentants de la tradition du chant français, à l’instar d’un Alain Vanzo.