André d’Arkor 1901-1971

Ténor lyrique, André d’Arkor fut l’une des figures musicales les plus influentes de Belgique au XXème siècle, d’abord en tant que chanteur puis en tant qu’administrateur du Théâtre de la Monnaie à Bruxelles.

André d’Arkor naquit à Tilleur, ville située près de Liège, en 1901. Il étudia d’abord le chant au Conservatoire de Liège avec des maîtres tels que Virly, Henri Seguin, Emile Engel, Eugénie Armand-Coppine et François Malherbe.  Il fit ses débuts à l’opéra avec le rôle de Gérald dans Lakmé de Delibes en 1924. Ses débuts en France eurent lieu en 1929 à Lyon, comme Belmonte dans L’enlèvement au sérail de Mozart. En 1930, il rejoignit le Théâtre de la Monnaie à Bruxelles, chantant le rôle-titre dans le Faust de Gounod, puis et Des Grieux devenant le principal ténor lyrique de cette maison, une réalisation remarquable pour un si jeune interprète. Il chanta avec cette compagnie jusqu’en 1947. C’est à la Monnaie qu’il connaîtra ses plus grands succès et où il s’imposa comme un excellent interprète des rôles dramatiques et lyriques. D’Arkor allait devenir l’un des membres les plus importants de ce théâtre jusqu’à la fin de sa carrière.

Au début des années 1930, un certain nombre d’enregistrements d’airs par un ténor pratiquement inconnu ont fait grand bruit. Voici une voix souple au son noble, parfaitement entraînée avec une émission sans effort qui malgré son éclat a conservé sa douceur. Il assumait, non seulement les rôles difficiles de grand opéra, comme Arnold dans Guilleaume Tell ou Raoul dans Les Huguenots qui lui allaient comme un gant mais aussi les brillants rôles de ténor de l’opéra-comique (La Dame Blanche, Le Postillon de Lonjumeau) ainsi que les rôles lyriques de l’opéra français (Les Pêcheurs de Perles, Lakmé, Manon etc. Son répertoire allait de l’opéra à l’opéra comique, en passant par l’opérette. Elégant dans Fernand (Cosí fan tutte), virtuose en Comte Almaviva (Le Barbier de Séville), brillant dans George Brown (La Dame blanche) ou Chapelou (Le Postillon de Longjumeau), rêveur et romantique dans Nadir (Les Pêcheurs de perles) ou Des Grieux (Manon), il se montrait passionné dans le rôle-titre de Werther ou dans Roméo … Il chanta sur toutes les scènes lyriques de Belgique et donna des représentations en Suisse, au Luxembourg et aux Pays-Bas. Il consacra aussi une partie de son activité au concert et au récital. 

Dans les années 1930, au sommet de sa carrière, il effectua des tournées aux États-Unis, en Allemagne, en France et enregistra plusieurs disques pour Columbia, tout en continuant à se produire dans les opéras de Bruxelles, Gand et Liège.

Une relation problématique avec la soprano flamande Clara Clairbert et la survenue de la Seconde Guerre mondiale ont restreint sa carrière de chanteur et, en 1945, il se retira de la scène pour occuper le poste de metteur en scène à l’Opéra Royal de Liège, de 1945 à 1965. Sous sa direction, le théâtre vit défiler des artistes belges, français et internationaux de tout premier plan, donnant ainsi un lustre particulier aux saisons liégeoises. Il se consacra également à l’enseignement. Partenaire privilégié de la troupe de la Monnaie et de ses solistes, il forma, avec le soprano belge Clara Clairbert, le couple lyrique idéal. L’entente entre les deux déboucha sur une longue relation, forte, passionnée mais aussi tourmentée.  Plus tard, il travaillera au Théâtre de la Monnaie en tant que directeur artistique. 

André d’Arkor est décédé à Bruxelles le 19 décembre 1971.


D’Arkor avait une voix de ténor bien boisée et très expressive. Son énonciation était exemplaire et il a excellé dans le répertoire italien comme dans le répertoire français. Son support respiratoire était particulièrement fin, la voix elle-même douce en émission et maîtrisée de manière magistrale sur toute la gamme. Ses aigus étaient brillants tout en conservant une certaine douceur.