Rosina Storchio 1872-1945

Rosina Storchio fut une importante soprano lyrique italienne qui chanta dans plusieurs premières mondiales pour des opéras de Puccini, Leoncavallo, Mascagni et Giordano.

Née à Venise le 19 mai 1872 (ou 1976 selon les sources?), Rosina Storchio a étudié au Conservatoire de Milan avec Alberto Giovannini et Giuseppe Fatuo, puis avec des professeurs privés car elle a été expulsée du conservatoire. Elle fit ses débuts en 1892 au Théâtre Dal Verme de Milan dans Carmen, dans le rôle de Micaëla, tandis que ses débuts à la Scala eurent lieu trois ans plus tard dans Werther, dans le rôle de Sophie. Milan devint son port d’attache à partir de ce moment-là, mais elle s’est également produite à cette époque à Rome et Venise.

Rosina Storchio

En 1897, elle fut Mimì dans la première vénitienne de La bohème au Teatro de La Fenice et Cristina dans la première de Il voto d’Umberto Giordano avec Enrico Caruso au Teatro Lirico de Milan. En 1900, elle fut la protagoniste de la première mondiale de Zazà de Leoncavallo au Teatro Lirico de Milan dirigé par Arturo Toscanini avec Edoardo Garbin et en 1901 toujours Zazà dirigé par Rodolfo Ferrari au Teatro Regio de Turin, puis elle incarna ensuite Manon au Teatro Comunale de Bologne. En 1902 à La Scala, dirigée par Toscanini, elle chanta Gretel dans Hänsel et Gretel et Euryanthe pour la première italienne de cet opéra.

En 1903, C’est Luigi Illica, l’un des librettistes les plus importants de la nouvelle école, qui suggéra à Giordano de mettre en musique La Donna, l’amante, l’eroina, comme s’intitulait alors l’ouvrage Siberia. Le contrat fut signé avec l’éditeur milanais Sonzogno en mars 1900 et la composition s’acheva dans la seconde moitié de l’année 1903. La création eut lieu le 19 décembre, le Teatro alla Scala s’étant assuré la collaboration du trio de prestige de l’époque : Rosina Storchio, le ténor Giovanni Zenatello et le baryton Giuseppe De Luca. D’abord réservé, l’accueil du public devint de plus en plus chaleureux au cours des représentations suivantes. Gabriel Fauré dira: «Je ne crois pas exagérer en disant que le deuxième acte de Siberia prendra certainement place parmi les pages les plus singulières et les plus captivantes que la musique dramatique moderne puisse offrir.»

Le 17 février 1904, ce fut la première de Madame Butterfly de Puccini. Rosina Storchio était Cio-Cio-San et participa ainsi avec ses partenaires Zenatello et De Luca à l’échec retentissant de la première mondiale de cet opéra dirigé par Campanini. Le retentissement fut tel que Puccini retravailla l’œuvre en profondeur, produisant une deuxième version qui, elle, eut un grand succès, le 28 mai de la même année à Brescia avec, à nouveau, Rosina Storchio dans le rôle de Cio-Cio-San. Trois autres moutures de cet opéra suivront encore sous la plume du compositeur exigeant qu’était Puccini.

Rosina Storchio dans différents rôles

En 1907 au Grand Théâtre de Monte Carlo, elle était Norina dans Don Pasquale avec Titta Ruffo, Margherita dans Mefistofele avec Chaliapine, et Rosina du Barbier de Séville avec Fernando De Lucia, Tita Ruffo, Antonio Pini-Corsi et Chaliapine. En 1908, elle était Violetta Valéry dans Traviata à Venise. En 1911, au Teatro Costanzi de Rome dirigé par Luigi Mancinelli, elle chanta Norina avec Alessandro Bonci, De Luca et Giuseppe Kaschmann et aussi Amina dans La Sonnambula avec Giuseppe Anselmi. Sa présence à La Scala est cependant reconfirmée d’année en année jusqu’en 1918, avec des œuvres comme Linda di Chamonix, la première de Lodoletta en 1917 au Teatro Costanzi et surtout Traviata, qui reste son interprétation la plus célèbre. Elle a fit également des tournées en Amérique du Sud et en Espagne, et endossa, un peu imprudemment, des rôles plus lourds à Paris et à Moscou, tels que Tosca dans l’opéra de Puccini du même nom.
Son partenaire habituel était le ténor de Giuseppe Anselmi (1876-1929) avec qui elle a laissé des interprétations mémorables comme dans Manon Lescaut, La Sonnambula ou Don Pasquale.

Elle eut une relation avec le chef d’orchestre Arturo Toscanini, dont elle eut en 1903 un fils, Giovanni, qui est né avec des lésions cérébrales, et mourut à l’âge de seize ans.

Réputée dans tout son pays pour son jeu de scène dynamique et sa présence éclatante sur scène, elle possédait une petite voix plutôt menue mais très pénétrante et animée par un esprit artistique exceptionnel. Elle savait donner la juste valeur expressive à chaque phrase, à chaque note, à chaque geste même apparemment insignifiant et ainsi créer des personnages d’une grande épaisseur dramatique. Sa voix s’est détériorée prématurément en raison d’une utilisation dans des rôles trop lourds et de quelques insuffisances techniques. En 1921, date à laquelle sa voix était en net déclin, elle a chanté à Chicago et à New York. Sa dernière représentation publique fut Cio-Cio San dans Madama Butterfly de Puccini à Barcelone en 1923. Elle avait 51 ans.

Elle s’est retiré à Milan où elle enseigna le chant. La soprano Gina Cigna comptera au nombre de ses élèves. Pour fuir une vie privée décevante elle rejoignit les franciscains après avoir fait don de ses biens au Cottolengo de Milan.

Rosina Storchio est décédée à Milan vers la fin de la Seconde guerre mondiale le 24 juillet 1945. Elle a laissé un petit héritage d’enregistrements de gramophone de 78 tours réalisés au début du XXème siècle. Ces enregistrements (réédités depuis sur CD) comprennent des extraits d’opéras véristes, le répertoire auquel elle était le plus étroitement associée bien qu’elle se produisit aussi dans quelques opéras français.

Elle repose dans le cimetière monumental de Milan. Le 21 avril 2002, un musée de l’opéra lui a été dédié à Dello dans la province de Brescia, qui en février 2016 a été transféré à Gazoldo degli Ippoliti, une municipalité de la province de Mantoue.