Giovanni Martinelli 1885-1969

Giovanni Martinelli, était un ténor lyrique et dramatique italien qui fit l’essentiel de sa carrière aux Etats-Unis et au Metropolitan Opera de New-York où il fut considéré comme le successeur de Caruso.

Giovanni Martinelli est né à Montagnana, une petite ville de la province de Padoue le 22 octobre 1885. Il y a un mystère dans celle ville car, fait extraordinaire, 18 jours plus tard naissait dans la même ville de Montagnana un autre futur grand ténor, Aureliano Pertile. Ils se partagèrent le monde pendant de nombreuses années, sachant que Pertile fit l’essentiel de sa carrière à la Scala de Milan, alors que Martinelli fera la sienne au Metropolitan Opera de New-York. Chacun chez soi et tout alla bien; ils ne furent pas ennemis.

Giovanni était l’ainé de quatorze enfants. Son père était un ébéniste qualifié. Très jeune, il commença à travailler dans la boutique de son père et trouva également le temps de chanter à l’église avec une “voix blanche” très mélodieuse. Ainsi commença sa passion pour la musique. Il joua de la clarinette dans la fanfare de la ville puis dans celle de l’armée pendant son service militaire. C’est au cours de son service qu’un colonel découvrit ses remarquables talents de chanteur et, à sa sortie de l’armée, l’accompagna à Milan et parvint à lui obtenir une bourse dans une agence de théâtre réputée qui était toujours à la recherche de nouveaux talents. Le jeune ténor étudia alors dur sous le maître Giuseppe Mandolini qui a su définir et guider dignement cette voix qui montrait des compétences extraordinaires. Les débuts du ténor prometteur eut lieu le 2 décembre 1910, dans le Stabat Mater de Rossini où il interpréta le fameux Cujus Animam Gementem. Le résultat satisfaisant lui a ouvert la voie à de véritables débuts le 29 décembre 1910 au théâtre Dal Verme de Milan dans l’opéra Ernani de Giuseppe Verdi. Ont alors suivis Ruy Blas à Milan, Un Bal masqué à Rome et Aida à Turin.

Giovanni Martinelli

Mais sa renommée démarre véritablement en 1911 lorsque Arturo Toscanini et Giacomo Puccini, lors d’une audition à la Casa Ricordi, le choisissent pour interpréter Dick Johnson dans La Fanciulla del West, à l’occasion de la première en Europe du nouvel opéra de Puccini, au théâtre Costanzi de Rome sous la direction du maestro Toscanini. Il chante ensuite à Brescia, à Gênes, à Turin (dans Aida de Verdi), et à Naples (au Teatro San Carlo, dans La fanciulla del West). En 1912, il fait ses débuts au Royal Opera House de Londres (dans Manon Lescaut, Tosca, Aida et I Gioelli della Madonna.) Ensuite, il est à Gênes, Milan Londres et à Monte Carlo Opera pour La fanciulla del West. Cette même année, il chante à Paris dans Panurge de Jules Massenet. A Monte Carlo il jouera encore Aida et Yato de Marguerite Labori.

A partir de 1913 il va lier l’essentiel de sa carrière avec les Etats-Unis et le Metropolitan Opera de New-York où il fait ses débuts dans le rôle de Mario cavaradossi (Tosca), le 18 novembre 1913, en compagnie de Olive Fremstad et Antonio Scotti sous la direction de Georgio Polacco. Ce sera le début d’une très longue collaboration avec le Metropolitan Opera de New York, riche de 926 prestations, dans 36 rôles, jusqu’en 1946, où il a pu renouveler son contrat pour plus de trente années consécutives (un record jamais égalé). Martinelli s’installe ensuite aux États-Unis et, en dehors du Met, se produit parfois dans d’autres villes des États-Unis, mais aussi à Buenos Aires. Depuis lors, il ne fera que de courtes et rares apparitions en Europe, comme un mémorable Otello de Verdi à Paris, et un Turandot de Puccini à Covent Garden en 1937.  Il est l’ami et l’admirateur du grand Caruso qui, lors de ses premières représentations de Canio dans I Pagliacci de Martinelli, lui fera cadeau de son costume en signe de respect et d’amitié. Le public du Met l’a considéré sans difficulté comme le successeur de Caruso. La liste des opéras qu’il a joué à New-York serait fastidieuse mais il a put y côtoyer des partenaires célèbres comme Géraldine Farrar, Emmy Destinn, Maria Barrientos, Giuseppe de Luca, Rosa Ponselle, Claudia Muzio, Maria Jeritza, Kirsten Flagstad, Margarete Matzenauer, Ezio Pinza, Gina Cigna, Elisabeth Rethberg, etc.

Giovanni Martinelli en famille

Il se retira de la scène en 1950, et n’apparaîtra plus que dans des galas, et pour une dernière représentation en 1967 où il chantera le rôle de l’empereur Altoum dans Turandot à Seattle, à l’âge de 82 ans (comme le fera Di Stefano quelques années plus tard).

Il est décédé à New York le 2 février 1969 à l’âge de 84ans.

Un cliché d’exception: Martinelli, chantant à un âge déjà avancé, en compagnie de Maria Jeritza et accompagné au piano par le maestro Arturo Toscanini en personne.

La voix de Giovanni Martinelli, était celle d’un ténor dont on se souvient surtout comme un grand interprète du répertoire lyrique et spinto-dramatique. Il avait une technique impeccable et une extension vocale, qui dans le registre aigu atteignait facilement le si bémol voire le contre ut. Cela lui a permis de chanter pendant 50 ans les opéras les plus divers du grand répertoire et international passant d’opéras comme Guglielmo Tell de Rossini et Les Huguenots de Meyerbeer à Tristan (avec Flagstad), Otello et aussi Lucia di Lammermoor où, dans le rôle d’Edgardo, il a obtenu un succès inoubliable à la fois au Metropolitan Opera de New York, sa maison, et au Teatro Colon de Buenos Aires. Sa voix, d’une grande beauté et d’une grande résistance, avait le son aigu et séduisant typique des voix “théâtrales”, auxquelles les microphones ou enregistrements de cette époque ne rendent pas justice. 

Giovanni Martinelli

Sa voix peu commune, bientôt reconnue dans le monde entier, fait de lui l’interprète le plus demandé dans les principaux théâtres, en particulier dans les plus grands opéras du répertoire italien, français et allemand au cours d’une carrière, qui a duré plus de cinquante ans. Il a gagné le titre de successeur d’Enrico Caruso au Metropolitan Opera de New York, le théâtre où la majeure partie de sa carrière a été menée. L’admiration pour la voix et la technique d’Enrico Caruso, dont il était un très bon ami, a en partie influencé son style, le poussant à grossir son médium au détriment de ses sons naturellement clairs et élancés, sans que cela nuise à sa carrière. Il conservera la puissance de ses aigus jusqu’à un âge avancé. Il laisse le souvenir d’un artiste aristocratique, maître d’une technique rare, doté d’une voix plus percutante que large et au style d’une grande noblesse.