Emma Eames 1865-1952

Emma Eames, de son nom complet Emma Hayden Eames, est née le 13 août 1865 en Chine, à Shanghai, mais a grandi à Portland et à Bath dans l’État américain du Maine. 

Fille d’un avocat international, elle a étudié le chant pendant quatre ans à Boston avec Charles Adams, puis avec Mathilde Marchesi à Paris. Elle fut sélectionnée par Charles Gounod, à la suite du départ d’Adelina Patti, pour chanter Juliette dans Roméo et Juliette avec le ténor Jean de Reszké comme Roméo. Elle connut un tel succès à ses débuts à l’Opéra de Paris en 1889 qu’elle fut appelée à multiplier les représentations. Au cours de ses deux saisons à l’Opéra de Paris, en plus de chanter le répertoire traditionnel, elle créa les rôles principaux dans Ascanio de Saint-Saëns et Zaïre de De la Nux.

Quelques beaux portraits de Emma Eames dans différents costumes de scène

En 1891, après avoir quitté l’Opéra de Paris en raison de jalousies et d’intrigues fomentées par la soprano australienne Nellie Melba qui tenait à y régner en maître, elle conquit le public londonien avec sa Marguerite du Faust de Gounod. Mais son plus grand triomphe fut le rôle d’Aida de Verdi. À Londres, elle a aussi créé des rôles dans des opéras de Mancinelli et De Lara. Pendant cette période, elle a également chanté à Madrid et à Monte-Carlo. C’est également en 1891 qu’elle apparut pour la première fois au Metropolitan Opera de New York dans le rôle de Juliette. Ses débuts réels avec cette compagnie new-yorkaise avaient en fait eu lieu lors d’une tournée à Chicago qui donnait le Lohengrin de Wagner. Bien que son répertoire ait été dominé par des rôles lyriques dans sa première saison, elle a chanté Santuzza de Cavalleria rusticana pour la première représentation de cet opéra au Metropolitan Opera. Elle a peu à peu endossé des rôles de plus en plus dramatiques tout en gardant les rôles lyriques à son actif. Bientôt, elle chanta la Comtesse dans Le nozze di Figaro, Charlotte dans Werther, Desdemone dans Otello, Donna Elvira dans Don Giovanni et Alice Ford dans Falstaff. Parmi ses rôles dramatiques on peut citer notamment dans Wagner: Eva dans Die Meistersinger, Elisabeth dans Tannhäuser et Sieglinde dans Die Walküre. Sa dernière apparition au Metropolitan Opera eut lieu le 15 février 1909, dans Tosca. Elle est restée un membre important de la compagnie New-yorkaise jusqu’à sa démission en 1909 à la suite d’un différend avec la direction. En 1906 elle passa à San Francisco avec une tournée de la troupe des principaux chanteurs du Met, Enrico Caruso, Marcella Sembrich, Giuseppe Campanari et Pol Plançon.  Elle eut la chance de sortir indemne du tremblement de terre qui frappa la ville et de l’incendie qui s’ensuivit. En 1911, elle a chanté Desdemone et Tosca avec l’Opéra de Boston et après cela, elle ne s’est plus produite qu’en concert. Elle fut également populaire à Londres pendant toutes ces années, notamment dans les rôles de Tosca, Donna Anna ou Donna Elvira (Don Giovanni), et Aida.

Emma Eames

Elle prit sa retraite à quarante-six ans, tout en chantant toujours très bien, comme en témoignent les avis des critiques et les enregistrements que nous possédons. En 1911, elle revint d’une brève retraite pour interpréter les rôles de Desdemone et Tosca au Boston Opera. Elle fit ensuite des tournées de concerts périodiques, souvent avec son mari, le baryton américain Emilio Edoardo de Gogorza.

Son autobiographie, Some Memories and Reflections (1927), a été publiée après sa dernière retraite en 1916. À partir de 1936, elle vécut à New York, où elle enseigna le chant. Elle a été mariée deux fois mais n’a pas eu d’enfants. Contrairement à Nellie melba, Emma Eames fut une collègue très charitable et vint notamment au secours de la grande Emma Calvé dont elle avait appris le dénuement sur la fin de sa vie.

Elle est décédée le 13 juin 1952 à New York à l’âge de 86 ans. Elle est enterrée au cimetière de Oak Grove à Bath, Sagadahoc County, Maine, USA.

La tombe de Emma Eames à Bath
dans l’état du Maine (USA)

Soprano lyrique, Eames, comme la plupart des étudiants de la Marchesi, avait une voix très pure avec des tonalités presque instrumentales. Elle a été admirée pour sa beauté, pour son contrôle technique et son expressivité dramatique. C’était une voix naturellement très belle avec un timbre velouté qui lui a permis de chanter des rôles dramatiques plutôt légers. Tous ses enregistrements commerciaux ont été réalisés pour Victor entre 1905 et 1911. Il y a plusieurs cylindres Mapleson qui donnent une indication de l’éclat de sa voix et de sa musicalité malgré la mauvaise qualité du son. Tous ses enregistrements sont intéressants, mais en particulier le «duo de la lettre» des Noces de Figaro avec Marcella Sembrich, qui montre sa capacité à mélanger sa voix avec une autre. Tous les airs des opéras de Gounod sont importants à écouter puisqu’elle les a étudié avec le compositeur en personne. Le duo de Lakmé avec Louise Homer est aussi particulièrement intéressant. Dans une période souvent appelée «l’âge d’or de l’opéra», Eames a été l’une des artistes majeures, que ce soit à l’opéra ou au concert.