Giannina Arangi-Lombardi 1891-1951

Giannina Arangi-Lombardi était une mezzo italienne devenue soprano dramatique. Elle fut la première soprano dramatique d’agilité du XXème siècle, avant Maria Callas.

Giannina est née le 20 juin 1891 dans la ville de Marigliano à la périphérie de Naples. Elle avait cependant des penchants musicaux évidents et en 1911, après six ans d’études, Giannina reçut un diplôme de piano et voix du Conservatoire de San Pietro a Majella à Naples où elle avait étudié le chant avec Beniamino Carelli. Diplôme en main, elle a rejoint sa famille, qui avait déménagé à Rome, et reste à la maison, se divertissant principalement au piano. Le 29 juillet 1912, Giannina Lombardi épouse Lorenzo Arangi à la basilique de Santa Maria Maggiore à Rome. Après quoi le couple s’installe à Palerme où Giannina enseign et donné occasionnellement des récitals amateurs au Liceo Cherubini de Palerme… jusqu’à ce que des amis l’encouragent à faire mieux connaître ses talents vocaux.

Giannina Arangi-Lombardi

C’est ainsi qu’elle a fait ses débuts professionnels en tant que mezzo-soprano au Palermos Circolo Geraciación. Elle chante “Stride la vampa” du Trouvère. Elle reçoit une ovation particulièrement chaleureuse du public et décide a immédiatement que la scène lyrique serait sa voie. Après plusieurs mois d’études complémentaires, Giannina fait ses débuts à l’opéra au Teatro Costanzi de Rome le 25 septembre 1920 dans le rôle de Lola (Cavalleria Rusticana) et reçoit un bon accueil des critiques romains. La saison se poursuit avec les rôles d’Afra (La Wally) et de Beppe (L’Amico Fritz). Son engagement à Rome se termine fin novembre et, après son retour chez elle, elle chante le 9 décembre au Teatro Biondo de Palerme le rôle d’Adalgisa dans Norma. Elle y fait sensation et en même temps les gros titres musicaux dans toute la Sicile. Elle fut aussi applaudie dans trois autres emplois: Amneris (Aida), Laura (La Gioconda) et Léonore de Guzman (La Favorita). Dès la saison du Biondo achevée, elle fait ses débuts au Teatro Massimo de Palerme le 1er mars 1921 dans le rôle Samaritana (Francesca da Rimini) suivie de Laura (La Gioconda) et Pantalis (Mefistofele). 

Giannina Arangi-Lombardi dans le rôle de mezzo d’Amneris dans Aida

Ce fut une ascension remarquable pour une nouvelle venue totalement inconnue, et en quatre mois, elle chanta devant le public de Palerme plus de cinquante fois. Giannina a fit ensuite ses débuts dans le théâtre le plus important de Milan, le Dal Verme car La Scala était fermée à cette époque. Elle fut Amneris (Aida) le 1er octobre; elle fit une nouvelle fois les gros titres des journaux de Milan et Giannina fut alors retenue pour sept représentations de Brangaene (Tristan et Isolde).

Giannina a fit ses débuts au Teatro Regio de Parme le 29 décembre dans Laura (la Gioconda) avec Poli Randaccio, Minghini Cattaneo et Ismaele Voltolini et reçut un accueil enthousiaste. En janvier 1922, elle poursuivit sa saison à Parme avec Elena (Mefistofele), Adalgisa (Norma) et Venus (Tannhäuser). En février, elle fit ses débuts à Piacenza dans le rôle de Laura (La Gioconda) et le 8 mai, elle chanta Brangaene à Florence. En juillet, à Bologne, elle chanta Adalgisa et en octobre au Teatro Carcano de Milan, comme beaucoup de mezzos avant elle, elle interpréta le rôle de Santuzza.

Ce fut un succès retentissant et cela souleva des questions sur son véritable placement vocal. En décembre, elle poursuivit son répertoire standard de mezzo en débutant à La Fenice de Venise dans Brangaene. Cependant, les graines du doute avaient été semées et elles porteront très bientôt leurs fruits. Elle était parmi les mezzos les plus admirés d’Italie mais Giannina avait montré que sa voix avait une résonance dans les aigus et une luminosité dans le médium qui ne pouvait être rattachées qu’a une vraie soprano. Des décisions devaient être prises et, sans hésitation, elle accepta une invitation à faire ses débuts à Messine dans le rôle de soprano de La Gioconda, le rôle titre alors que le rôle de Laura était chanté par une toute jeune débutante, Gianna Pederzini. 

La transition a été progressive, et Giannina a d’abord endossé les rôles chantés par les deux types vocaux. Elle a repris un travail vocal avec Adelina Stehle et Tina Poli-Randaccio. En mars, elle a chanté dans La Grazia de Michetti au Costanzi de Rome et en mars elle a chanté Santuzza pour les Romains. Elle fut très bien reçue et intensifia sa détermination à continuer sur la voie de soprano qu’elle avait choisie. En mai, elle donna Cavalleria Rusticana, cette fois à Messine, et après une pause estivale, elle chanta dans La Grazia à Pesaro sous la direction de Vittorio Gui. En septembre, au Teatro Mercadante de Naples, elle était Léonore (La Force du Destin), puis Gioconda et, en octobre, au Massimo de Palerme, elle chantait Amelia (Un Ballo in Maschera) pour la première fois. L’année 1923 se termine à Rome où elle chante La Vestale de Spontini avec Maria Carena et Amadeo Bassi, puis Elena (Mefistofele) avec Maria Zamboni, Francesco Merli et Nazzareno De Angelis. 

Giannina Arangi-Lombardi dans la Gioconda de Ponchielli

En mars 1924, elle fait ses débuts au Caire dans Elizabeth (Tannhäuser) et en avril, au Teatro Carcano de Milan, elle chante Santuzza. Sa première grande prise de risque est venue en juillet, quand, à Riccione, elle a chanté le rôle d’Aida pour la première fois. C’est ainsi que dans Aida, elle avait débuté en chantant Amneris, avant de devenir une des interprètes les plus remarquables et accomplies du rôle-titre. Le public fut stupéfait par sa magnifique démonstration de ton et de phrasé et elle fut présentée dans toute l’Italie comme une soprano de premier rang. Néanmoins, Giannina a continué avec des rôles intermédiaires pendant quelque temps, apparaissant à Bologne en octobre dans La Favorita avec Giacomo Lauri-Volpi et Ezio Pinza. Après quoi, le 26 décembre, elle a fait ses débuts à La Scala dans le rôle d’Elena avec Hina Spani, Aureliano Pertile et De Angelis, pour y recevoir d’énormes ovations. Elle l’a vécu comme son plus grand succès personnel de sa carrière. La direction de La Scala a été tellement impressionnée qu’on lui a offert le rôle d’Aida et le 22 février 1925, elle y a chanté la princesse éthiopienne pour la première fois. Le casting comprenait Giuseppina Zinetti et Aureliano Pertile et le chef était Ettore Panizza. Ce fut un énorme triomphe et les critiques de Milan furent littéralement sans voix.

Giannina Arangi-Lombardi en 1926

Giannina avait maintenant la confiance nécessaire pour abandonner complètement son répertoire de mezzo et, le 29 juillet, elle a fait ses débuts aux Arènes de Vérone dans Gioconda avec Minghini Cattaneo, Vittorio Lois et Benvenuto Franci avec toujours un accueil frénétique du public. À Bergame, on la vit dans La Gioconda et pour la première fois dans le rôle de Léonore du Trouvère de verdi. En décembre, Giannina chante lors de la première italienne d’Ariane à Naxos au Teatro Torino de Turin sous la direction de Vittorio Gui. Ce fut un autre succès personnel et artistique, qui fut suivi d’un concert à Turin présentant d’autres compositeurs contemporains. En 1925, bien que les dates soient incertaines, Arangi a également chanté le rôle de Norma pour la première fois à Reggio Emilia avec Minghini Cattaneo, et Santuzza à Bologne. L’année 1926 commença avec un début au Carlo Felice de Gênes (Aida) et continua avec Gioconda à Brescia et à Côme pour des reprises extraordinaires.

Le 20 mars, elle a fit ses débuts au Massimo Bellini de Catane dans Aida pour neuf représentations; un autre triomphe total. Giannina fut engagée par le Teatro Colón pour sa saison d’hiver et le 22 mai, elle fit ses débuts dans Asteria (Nerone de Boito) avec Luisa Bertana, Pertile, Franci et Pinza. Claudia Muzio avait chanté dans la première représentation. Le 4 juin, Arangi chanta La Gioconda et le 11, elle a chanté Santuzza avec Lauri-Volpi. Son dernier rôle à Buenos Aires fut Leonora du Trouvère, après quoi elle se rendit à Rio de Janeiro pour des performances supplémentaires de Nerone et Cavalleria Rusticana. Elle fut très bien reçue par la presse et le public et il est donc d’autant plus surprenant qu’elle ne soit jamais revenue en Amérique du Sud. Le 4 novembre, elle chantait Leonora à Bologne avec un casting comprenant Minghini Cattaneo, Pertile et Armando Borgioli et elle termina l’année à La Scala avec Santuzza, en partenariat avec Merli et Franci. La Scala l’a présentée dans neuf représentations d’Aida en janvier 1927. Le casting de la première comprenait Ebe Stignani, Merli, Franci et Antonio Righetti, après quoi elle chanta dans La Gioconda avec Stignani, Luisa Bertana, Merli, Franci et Tancredi Pasero. Elle était maintenant la soprano dramatique régnante à la Scala et le restera jusqu’à ce que Toscanini en parte, en 1929. 

Giannina a fait ses débuts au Sao Carlo de Lisbonne en avril dans le rôle d’Aida, et elle y a poursuivi sa saison avec le Trouvère et La Gioconda. C’est lors de la troisième représentation de l’œuvre de Ponchielli que la chanteuse engagée pour le rôle de La Cieca s’est retrouvée indisposée. Il n’y avait aucun remplaçant sur la liste, et Giannina, osant faire la suggestion, a exécuté les sections solo du rôle tandis que la malheureuse contralto mimait le chant “en playback”. Cela nous rappelle un exploit identique réalisé des années plus tôt par le grand Enrico caruso. À la fin de “a te questa rosario”, il y a eu une ovation de plusieurs minutes et la presse le lendemain à titré “un triomphe insurpassable”. Elle fut décrite par un journaliste comme un “tour de force jamais vu au Sao Carlo”.

En mai, Giannina chante le Trouvère à Florence avec Minghini Cattaneo, Merli et Gaetano Viviani. Aux Arènes de Vérone elle a chanté dix fois Aida avec Minghini Cattaneo, Antonio Cortis et Viviani, après quoi elle a chanté Gioconda à Fermo et Norma à Trévise. En décembre, elle est revenue à La Scala pour Santuzza et le 26, elle a chanté Gioconda au Carlo Felice de Gênes. Giannina fut engagée pendant une longue saison en Australie en 1928, et en prélude elle signe un contrat pour apparaître au Caire et à Alexandrie avant de partir pour les Antipodes. Le 12 janvier, Arangi chante Gioconda au Teatro Reale du Caire avec Maria Capuana, Angelo Minghetti et Carlo Morelli. La semaine suivante, elle a chanté Tosca avec Minghetti et Morelli et en février, elle a chanté Santuzza avec Minghetti. À la mi-saison, elle fut rappelée à La Scala pour des performances du Trouvère avec Minghini Cattaneo, Merli et Carlo Galeffi.

Giannina Arangi-Lombardi et Francesco Merli dans Turandot à Sydney en 1928

Sa saison à Alexandrie ne s’est jamais matérialisée puisqu’il était temps de partir pour l’Australie. Dans la troupe prévue se trouvaient Toti Dal Monte, Hina Spani, Xenia Belmas, Zinetti, Merli, Minghetti, Enzo de Muro Lomanto, Apollo Granforte et Luigi Rossi Morelli. Le voyage a duré cinq semaines pendant lesquelles ils ont répété Turandot dont ce serait la première australienne. Le 12 mai 1928, un public de célébrités a pu assister à Aida avec Arangi Lombardi, Zinetti, Merli et l’australien John Brownlee. Brownlee était revenu d’Europe spécialement pour chanter avec Nelly Melba pour la Williamson Company après une absence de cinq ans. Il s’agissait de la tournée d’adieu de la grande Nelly Melba. Le 9 juin, Turandot était donné avec Arangi, Merli, Luisa Bonetti et Corrado Zambelli. La production, les costumes et les interprètes reçurent tous les éloges les plus somptueux et les trois représentations prévues se sont transformées en sept, puis redonnées à Sydney.

Lorsque Toti Dal Monte et Enzo de Muro Lomanto se sont mariés à la cathédrale Sainte-Marie de Sydney, Giannina, qui était l’un des témoins officiels, a chanté “Ave Maria” de Schubert avec “un sentiment profond et un ton exquis”. À la fin de la cérémonie, sa “voix magnifique a entonné l’Ave Maria de Mercadante alors que la congrégation quittait le sanctuaire”.

Arangi, Merli, Zinetti et Granforte ont participé à une reprise du Trouvère à Adélaïde. Puis Giannina est retournée en Italie. Hina Spani l’a remplacée pour Turandot à Perth, tandis qu’Aida et le Trouvère ont été retirés du répertoire. On ne sait pas qui a chanté Santuzza. La saison a été un formidable succès.

A son retour en Italie elle enregistra le premier de ses quatre opéras complets. Ce fut Aida, dans une distribution qui comprenait Capuana, Aroldo Lindi, Armando Borgioli et Pasero. Il devait devenir un best-seller en Italie. Le soir de Noël, elle chantait la Gioconda à Parme avec Minghini Cattaneo, Luigi Marini et Borgioli. Le 25 janvier 1929, Giannina chantait dans le Trouvère au Teatro Petruzzelli de Bari avec Vera de Kristoff et en février, elle a chanté Norma au Petruzzelli, toujours avec de Kristoff. À La Scala, elle reprend Santuzza et Aida avant d’entreprendre un voyage à Vienne et à Berlin avec Toscanini et la troupe La Scala.
Cela devait être les dernières apparitions de Toscanini avec cette compagnie, avant d’émigrer aux États-Unis, où il résiderait pour le reste de sa vie. Arangi est distribuée dans le Trouvère et Aida dans ces deux villes, et à la fin du voyage, elle prit un long repos bien mérité. À l’automne, elle chante le Trouvère à Novarra et Aida à Vicence avant de retourner à La Scala. Mais Giannina a considéré que sans Toscanini, il n’y avait aucune raison de rester dans un théâtre qui avait déjà montré de l’hostilité à la mémoire du Maestro. Elle y chanta la Gran Vestale à Giulia et Donna Anna de Bianca Scacciati dans un casting qui comprenait Gina Cigna, Mafalda Favero, Tito Schipa et Mariano Stabile, puis a laissé les portes de ce théâtre se fermer derrière elle, pour ne jamais revenir. 

Giannina Arangi-Lombardi

Le 18 janvier 1930, elle revient à Gênes pour Aida et deux semaines plus tard, elle fait ses débuts au Teatro San Carlo de Naples dans le même rôle avec Stignani, Merli et Enrico Molinari. Ce fut un énorme succès qui fut suivi d’un Trouvère avec le même casting. Au Reale de Rome, elle a chanté dans Un Ballo in Maschera, Guglielmo Tell avec Lauri-Volpi et Franci et dans le Trouvère avec Elvira Casazza, Lauri-Volpi et Franci. À Florence, on la voit dans La Gioconda et au Campo Brumara de Bergame, elle a chanté dans Norma. Giannina a fit ses débuts au Staadtheater de Zurich dans le Requiem de Manzoni, en partenariat avec Mingini-Cattaneo, Roberto D’Alessio et Antonio Righetti, après quoi elle est revint en Italie pour Tosca, le Trouvère et Aida. Au cours de l’automne, elle a également enregistré Cavalleria Rusticana avec Antonio Melandri. Le public de Rome était ravi qu’elle ait rompu ses liens avec Milan et, à l’hiver 1931, elle fut applaudie au Reale dans la Damnation de Faust, Un Bal masqué, Paolo e Francesca de Marinuzzi, Aida et dans une renaissance des Noces de Figaro avec Adelaide Saraceni, Pederzini, Stabile et Giulio Cirino. A Gênes, elle redonne le Bal masqué avec Pertile et à Rome elle chante en récital à l’Accademia di Santa Cecelia avant de retourner au Reale pour Le Maschere de Mascagni. En juillet, elle entreprend une tournée de deux mois en Italie avec le rôle d’Aida. Le 31 octobre, elle chante en concert au Teatro del Popolo de Milan avec Pertile, et après une Aida à Vercelli, elle interprète André Chenier pour la seule fois de sa carrière, avec Franco Battaglia et Granforte, à Casalmaggiore. Elle clôture son année au Brescia Teatro Grande avec Aida

En 1931, Giannina enregistre trois autres intégrales d’opéras complétant son quatuor d’enregistrements d’opéra complets: Gioconda, Mephistophele et Cavalliera Rusticana. Le 4 février 1932, elle chante Tosca au San Carlo et plus tard dans le mois, elle a fait ses débuts à Nice en tant que Gioconda suivie de Un Ballo à Maschera. Le 22, elle a chanté dans un concert pour le Turin Radio Network et parmi ses sélections il y avait “O grandi occhi” de Fedora. Elle est retournée au San Carlo en mars pour Aida et Gloria de Cilea et en juillet elle a chanté dans Un Ballo in Maschera à Vérone avec Margherita Carosio, Pertile et Franci. À la fin de l’été, elle tourne à nouveau avec Carro di Tespi dans plusieurs villes italiennes comme dans le rôle de Santuzza, et comme l’année précédente, a conclut la saison à Rome. Le 1er octobre, elle ainterpréte La Baronessa di Carini de Mulè pour la radio de Rome et, plus tard dans le mois, elle chante Gioconda à Ferrare et à Pérouse. Le 26 décembre, elle a ouvert la saison au Teatro Regio de Turin dans Un Ballo in Maschera avec Pertile et Galeffi.

1933 commence avec Gioconda à Palerme, après quoi Giannina chante Selika (L’Afticaine) et Elizabeth (Tannhäuser) au Carlo Felice. En mars, elle a chanté La Baronessa di Carini au San Carlo. Après des performances supplémentaires de Gioconda à Naples, elle prépare Lucrezia Borgia à Florence. Lucrezia Borgia et la Vestale devaient être les deux grandes nouveautés du Maggio Musicale de Florence et les deux furent des succès retentissants, le premier avec Gigli, Pederzini et Pasero et le second avec Rosa Ponselle pour sa seule prestation en Italie. Lucrezia Borgia a ensuite été présentée au Reale de Rome. Le reste de l’année a été occupé par Gioconda à Rome, Dafni pour Rome Radio, des concerts à Milan et Paris, et une grande tournée à Berlin pour Il Trovatore et Aida. Les deux opéras mettaient en vedette Stignani, Battaglia et Giacomo Rimini.


À Rome, Giannina a chanté la Comtesse (Les noces de Figaro) en janvier 1934 et à Plaisance, elle a chanté Aida suivie d’un Trouvère à Gênes. En avril elle était à Palerme pour Un Ballo in Maschera et un concert avec Pertile. Au Teatro Augusteo de Rome, elle est apparue dans Resurezzione di Cristo avec Fanny Anitua. Rome, Venise et Lecce purent la voir dans Aida et en juillet, elle est présente au lieu de naissance de Ponchielli, Crémone, pour une renaissance annoncée de son Figliuol Prodigo avec Elena Nicolai, Francesco Merli, Mario Basiola et Tancredi Pasero. Ce fut une première qui fit la une des journaux musicaux dans toute l’Italie. La saison de d’été comprenait Norma à Rome, Aquila et Civitavecchia avec Minghini Cattaneo, Renato Zanelli et Pinza, suivie d’un Guglielmo Tell de Rossini à Pesaro, Ancône, Macerata, Fabriano, Ascoli Piceno et Jesi. L’engagement de Pesaro comprenait un concert avec Mercedes Capsir et Francesco Merli. En octobre, elle a chanté dans des concerts à Turin et Paderno Cremonese.

Giannina Arangi-Lombardi dans le rôle de Dona Anna à Salzbourg

Mais à partir de 1934, Giannina commença à recevoir des critiques concernant en particulier concernant son registre supérieur, qui montrait des signes de tension. Les grands succès étaient derrière elle. En 1935, Arangi ouvrait la saison à Catane avec une Beatrice di Tenda de Bellini en commémoration du centenaire de la mort du compositeur, et plus tard en hiver, elle interpréta Amélia du Bal masqué à Brescia ainsi que Gioconda au Teatro Verdi de Trieste et à Plaisance. Le 24 avril, elle chante dans Mose à Florence avec Sara Scuderi, Stignani et Pasero, après quoi elle se rend à Oslo pour Aida et à Hambourg pour un concert. Après quoi elle se rend au Festival de Salzbourg pour Don Giovanni avec Bruno Walter. Sa Donna Anna était généralement considérée comme peu satisfaisante et elle n’a pas réussi à finir le festival. Après Aida à Messine, elle est attendue au Liceu de Barcelone, où elle a fait ses débuts dans La Forza del Destino avec Battaglia et Granforte. Encore une fois, la voix a été décrite comme imposante mais sans l’éclat qui avait été si admiré dans tant d’autres théâtres. Giannina quitte Barcelone sans avoir fait les Aida prévues. En décembre, elle chante dans Un Ballo in Maschera à Modène et dans Gioconda à Naples.

Les critiques s’amplifiaient. Elle n’était vraiment pas une soprano, disaient-ils; elle aurait dû rester dans le répertoire mezzo. En janvier 1936, elle chante dans la deuxième distribution d’Aida à Trieste et dans Nozze di Figaro à Gênes. Février l’accueille à Parme et à Gênes pour Aida et en mars elle retourne au Carlo Felice pour Un Ballo in Maschera. À Pise, elle fit Gioconda et pour Rome Radio, elle chanta dans Mose avec Lina Pagliughi, Tafuro, Tagliabue et Pasero. À Pavie, elle donne Aida et dans la tournée Carro di Tespi, elle chante La Gioconda à Spezia et Milan. En août, elle est à Noto, en Sicile pour un Un Ballo in Maschera et un concert, et sur la Piazza Beglioioso de Milan en septembre. L’automne a été occupé avec Gioconda à Adria et Alessandria ainsi que le Requiem de Manzoni et un programme de récital à Turin.

Au cours de l’hiver 1937, elle revient à Trieste et à Naples pour un Un Ballo in Maschera qui est et est accueilli avec tiédeur par la presse et le public. Giannina discute alors de ses ressources vocales en déclin avec son mari et ses amis, et après de nombreuses hésitations, elle décide de quitter la scène plutôt que de frôler le ridicule. Elle étonna toute l’Italie en apparaissant au Massimo de Palerme le 31 mars dans le rôle diaboliquement difficile d’Elena (I Vespri Siciliani). Ce ne fut pas un échec et elle se délecta de l’énorme ovation de la part du public pour les quatre représentations. Mais sa carrière d’opéras devait prendre fin.

En septembre, elle chante dans la Petite Messe Solenelle de Rossini à Milan, et en janvier 1939, Giannina quitte sa retraite pour chanter l’œuvre de Rossini pour la station de radio de Turin. Son Mari Lorenzo est décédé en 1939 et Giannina a déménagé avec sa fille, Vittoria, à Milan, où elle s’est employée avec beaucoup de succès comme professeure de chant au Conservatoire Giuseppe Verdi de Milan de 1938 à 1947. En 1947, le gouvernement turc qui recherchait un directeur de son Conservatoire de musique à Ankara, lui offrit un contrat extrêmement lucratif, qui lui donnait un revenu supérieur à celui qu’elle avait reçu pendant qu’elle chantait; et puisque sa fille, Vittoria, était maintenant mariée, Giannina décida d’accepter le défi, en remplacement d’Apollo Granforte, qui avait été engagé à Prague. Elle eut parmi ses élèves la grande Leyla Gencer.

Giannina est restée à Ankara jusqu’en 1951, date à laquelle, pour des raisons de santé, elle est retournée en Italie. Après qu’on lui ait diagnostiqué un anévrisme, Giannina Arangi Lombardi est décédée le 9 juillet 1951 avec sa fille à ses côtés. Elle est enterrée au Cemitero di Carata Brianza de Milan.

Giannina Arangi-Lombardi a appliqué une technique de bel canto à une grande et belle voix, de façon rare à son époque, où le vérisme dominait. Un excellent registre élevé nécessite un registre intermédiaire bien formé. Arangi-Lombardi illustre cette règle de base! La couleur sombre de sa voix rappelle Rosa Ponselle et Anita Cerquetti. Giannina Arangi-Lombardi est une chanteuse sous-estimée de nos jours. À une époque où les chanteurs «véristes» étaient très appréciés, elle se concentrait plutôt sur un art vocal exquis, un phrasé musical et un riche ombrage tonal.

Elle a laissé quelques enregistrements, notamment une des premières intégrales d’Aida (enregistrée en 1928 pour la Columbia à la Scala de Milan, sous la direction de Lorenzo Molajoli) et la première de La Gioconda (enregistrement de 1931, également à la Scala, sous la direction de Molajoli, avec Ebe Stignani). Ce qui frappe dans son incarnation d’Aida, «c’est la précision quasi instrumentale de l’expression, le contrôle de la moindre nuance, la fusion absolue du texte et de la phrase musicale qui se passe de la moindre intention démonstrative.» Au sujet des rôles qu’elle aura le plus marqués, comme Aida, la Léonore du Trouvère, la Gioconda, le critique musical André Tubeuf évoque «une pureté classique de ligne, un phrasé de musicienne, une émotion que leur déniaient les véristes de l’époque. […] En couleur, en liberté de l’aigu, en fini classique de l’exécution, sûrement le plus grand soprano italien de l’entre-deux-guerres. La seule, sûrement, à avoir maintenue une tradition qui se mourait.»

Chronologie des représentations:

1920 Roma  Teatro Costanzi Wally (Afra)
1920 Roma Teatro Costanzi Cavalleria Rusticana (Santuzza)
1920 Palermo  Teatro Biondo Norma (Adalgisa)
1921 Palermo  Teatro Biondo Favorita (Leonora)
1921 Palermo  Teatro Biondo Gioconda  (Laura)
1921 Palermo  Teatro Massimo Gioconda  (Laura)
1921 Carpi  Teatro Comunale Gioconda  (Laura)
1921 Finale Emilia  Teatro Sociale Gioconda  (Laura)
1921 Parma  Teatro Regio Gioconda  (Laura)
1922 Firenze  Politeama Fiorentino Tristano e Isotta (Brangania)
1922 Bologna Politeama Regina Margherita Norma (Adalgisa)
1922 Piacenza  Teatro Municipale Gioconda  (Laura)
1922 Milano  Teatro Carcano Cavalleria Rusticana (Santuzza)
1922 Roma  Teatro Costanzi Cavalleria Rusticana (Santuzza)
1922 Parma Teatro Regio Tannhauser (Venere)
1922 Venezia  Teatro La Fenice Tristano e Isotta (Brangania)
1923 Messina Teatro Mastroieni Cavalleria Rusticana (Santuzza)
1923 Messina  Teatro Mastroieni Gioconda (Gioconda)
1923 Palermo  Teatro Massimo Ballo in Maschera (Amelia)
1923 Napoli  Teatro Mercadante Gioconda (Gioconda)
1924 Il Cairo  Teatro Kedivhiale Tannhauser (Venere)
1924 Castiglione delle Stiviere Teatro Sociale Gioconda (Gioconda)
1924 Bologna  Teatro Comunale Favorita (Leonora)
1924 Roma  Teatro Costanzi Mefistofele (Margherita)
1924 Milano  Teatro alla Scala Mefistofele (Margherita)
1925 Verona Arena Gioconda (Gioconda)
1925 Bergamo  Teatro Donizetti Gioconda (Gioconda)
1925 Bergamo  Teatro Donizetti Favorita (Leonora)
1925 Como Teatro Sociale Gioconda (Gioconda)
1925 Reggio Emilia  Politeama Ariosto Norma (Norma)
1926 Buenos Ayres  Teatro Colon Boheme (Mimi)
1926 Buenos Ayres  Teatro Colon Cavalleria Rusticana (Santuzza)
1926 Buenos Ayres  Teatro Colon Gioconda (Gioconda)
1926 Buenos Ayres  Teatro Colon Trovatore (Leonora)
1926 Milano  Teatro alla Scala Cavalleria Rusticana (Santuzza)
1926 Milano  Teatro alla Scala Boheme (Mimi)
1926 Lisbona  Teatro San Carlos Gioconda (Gioconda)
1926 Lisbona  Teatro San Carlos Trovatore (Leonora)
1926 Brescia  Teatro Grande Gioconda (Gioconda)
1926 Bologna  Teatro Comunale  Trovatore (Leonora)
1927 Milano Teatro alla Scala Cavalleria Rusticana (Santuzza)
1927 Milano  Teatro alla Scala Gioconda (Gioconda)
1927 Milano Teatro alla Scala Boheme (Mimi)
1927 Fermo  Piazza Vittorio Emanuele Gioconda (Gioconda)
1927 Genova  Teatro Carlo Felice Gioconda (Gioconda)
1927 Treviso  Teatro Sociale Norma (Norma)
1927 Firenze  Politeama Fiorentino Trovatore (Leonora)
1928 Sidney  Her Majesty’s Boheme (Mimi)
1928 Sidney  Her Majesty’s Cavalleria Rusticana (Santuzza)
1928 Sidney  Her Majesty’s Trovatore (Leonora)
1928 Il Cairo  Teatro Kedivhiale Gioconda (Gioconda)
1928 Parma  Teatro Regio Gioconda (Gioconda)
1928 Milano  Teatro La Scala Trovatore (Leonora)
1929 Milano Teatro alla Scala Boheme (Mimi)
1929 Milano  Teatro alla Scala Cavalleria Rusticana (Santuzza)
1929 Bari  Teatro Petruzzelli Norma (Norma)
1929 Bari Teatro Petruzzelli Trovatore (Leonora)
1929 Berlino  Staatsoper Trovatore (Leonora)
1930 Roma  Teatro dell’Opera Ballo in Maschera (Amelia)
1930 Roma  Teatro dell’Opera Trovatore (Leonora)
1930 Firenze  Teatro Comunale Gioconda (Gioconda)
1930 Bergamo Campo Sportivo Norma (Norma)
1930 Napoli  Teatro San Carlo Trovatore (Leonora)
1930 Cento  Teatro Comunale Trovatore (Leonora)
1931Genova  Teatro Carlo Felice Ballo in Maschera (Amelia)
1931 Casalmaggiore Teatro Sociale Andrea Chenier (Maddalena)
1932 Verona  Arena Ballo in Maschera (Amelia)
1932 Torino Teatro Regio Ballo in Maschera (Amelia)
1932 Ferrara  Teatro Comunale Gioconda (Gioconda)
1933 Genova  Teatro Carlo Felice Tannhauser (Venere)
1933 Palermo Teatro Massimo Gioconda (Gioconda)
1933 Roma Teatro dell’Opera Gioconda (Gioconda)
1933 Napoli  Teatro San Carlo Gioconda (Gioconda)
1934 Palermo  Teatro Massimo Ballo in Maschera (Amelia)
1934 Genova  Teatro Carlo Felice Trovatore (Leonora)
1935 Piacenza  Teatro Municipale Gioconda (Gioconda)
1935 Brescia  Teatro Grande  Ballo in Maschera (Amelia)
1935 Modena Teatro Comunale  Ballo in Maschera (Amelia)
1935 Venezia  Teatro La Fenice Gioconda (Gioconda)
1936 Pisa  Teatro Verdi Gioconda (Gioconda)
1936 Napoli  Teatro San Carlo Gioconda (Gioconda)
1937 Napoli Teatro San Carlo Ballo in Maschera (Amelia)
1938 Noto  Teatro del Littoriale  Ballo in Maschera (Amelia)