Elvira De Hidalgo 1892-1980

Elvira De Hidalgo fut une éminente soprano colorature espagnole qui s’est consacrée, par la suite, à l’enseignement. Son élève la plus célèbre fut Maria Callas.

De son vrai nom Elvira Juana Rodríguez Roglán, Elvira est née le 27 décembre 1891 à Valderrobres dans la province de Teruel en Espagne. Dans son acte de baptême (daté du lendemain), elle apparaît comme Elvira Juana Rodríguez Roglán, fille de Pedro Rodríguez (de Grenade) et Miguela Roglán (de Valderrobres). Le nom artistique sous lequel elle sera connue, Elvira de Hidalgo, est celui de sa grand-mère paternelle. Enfant, elle déménagea à Barcelone, où elle commença ses études de chant avec le maestro Bordalba, pour les terminer à Milan avec le maestro Melchiorre Vidal, professeur qui a formé une pléiade de chanteurs devenus célèbres comme Juliàn Gayarre, Maria Barrientos, Francesco Vignas, Rosina Storchio, Fernando Valero ou Graziella Pareto.

La jeune Elvira De Hidalgo

Sa première apparition sur scène eut lieu en 1908, à l’âge de 16 ans, au Théâtre San Carlo de Naples, dans le rôle de Rosine (le Barbier de Séville de Rossini) qui deviendra par la suite son rôle fétiche. Peu après, elle fut engagée à Paris, encore pour le Barbier avec, comme partenaire le grand Fédor Chaliapine dans le rôle de Don Basilio. Elle se produisit ensuite à Monte-Carlo, Prague et Le Caire. Commença alors une brillante carrière qui l’emmèna dans les principaux théâtres d’Italie, d’Europe et des deux Amériques. Reconnue comme l’une des meilleures soprano d’agilité (colorature) de son temps, elle assuma les premiers rôles de soprano de Linda de Chamonix, Rigoletto (au Met avec Caruso), Sonnambula (avec Alessandro Bonci), I Puritani, Lucia de Lammermoor (avec Gigli) et côtoya bien d’autres artistes illustres de l’époque. Au début des années 1920, elle était déjà une artiste entièrement reconnue et les meilleurs théâtres du monde se disputaient sa présence. Ainsi, au cours de la saison 1922-23, elle se produisit à nouveau en Italie, à New York, à Buenos Aires, au Liceu de Barcelone et, fait notable, dans un Rigoletto avec Miguel Fleta. Après New-York et Chicago (1924-1926), ses apparitions sur scène devinrent moins fréquentes, jusqu’à ce qu’en 1936 elle se retire définitivement pour se consacrer à l’enseignement.

Divers portraits de Elvira de Hidalgo
Elvira de Hidalgo (à gauche) avec Maria Callas en 1957

Elvira De Hidalgo commença à enseigner le chant en 1933 et occupa par la suite un poste au Conservatoire d’Athènes puis en 1949 à Ankara et à Milan à partir de 1959. Sa carrière d’enseignante fut couronnée par la brillante irruption dans le monde de l’opéra, à partir de 1947, du phénomène Maria Callas qu’Elvira de Hidalgo forma à Athènes, et à qui elle enseigna tous les secrets du bel canto. Depuis lors, elle est connue comme le «professeur de la Callas». Le génie de De Hidalgo en tant que professeur est qu’elle n’a jamais imposé son propre style à son élève. Comme avec Tullio Serafin plus tard, elle lui a montré quoi faire et a permis à son élève de trouver sa propre méthode pour y parvenir. En 1957, Callas écrivit au sujet de cette femme qui a tenu un rôle essentiel dans sa formation artistique: «C’est à cette illustre artiste espagnole dont le public et les anciens abonnés de La Scala se rappelleront certainement comme une Rosina inoubliable et exceptionnelle et comme une splendide interprète d’autres rôles importants, c’est à cet illustre artiste, je le répète, avec un cœur fidèle, ému et reconnaissant, que je dois toute ma préparation et ma formation artistique en tant qu’actrice et musicienne. Cette femme élue qui, en plus de me donner son précieux enseignement, m’a aussi donné tout son cœur…» De Hidalgo est devenue pour la Callas une amie et une confidente, au point de maintenir toute sa vie une correspondance dans laquelle elle témoigna tout son amour à son professeur. En 1949, De Hidalgo reçut une lettre de la soprano grecque dans laquelle elle lui apprit son récent mariage avec l’homme d’affaires Giovanni Battista Meneghini. Et en 1968 elle se soulagea dans une lettre car, après neuf ans de relation avec Aristote Onassis, elle venait de découvrir qu’il avait épousé Jacqueline Kennedy: «Il est cruel, il n’est pas sincère, mais les deux vont payer; je pense qu’ils paieront, vous verrez par vous-même. Pire encore, il ne m’a même pas dit un mot de son mariage.»

De Hidalgo était une femme très recherchée par les hommes les plus riches de la planète. Elle eut comme soupirants l’Aga Khan III et un Romanov, cousin du tsar de Russie. Ce dernier lui a fait présent d’un médaillon. En 1915, elle finit par épouser un marquis italien. Pendant le très court temps qu’à duré ce mariage, elle a quitté la scène et, une fois veuve, a repris sa carrière musicale. Elle se maria une deuxième fois, en 1928, avec Armand Bette, secrétaire du Premier ministre français Georges Clemenceau, mais cette fois sans quitter les théâtres.

de Hidalgo. Portraits
Elvira De Hidalgo

Sa voix était celle d’un soprano d’agilité dont l’école espagnole fut fertile avec des artistes comme Barrientos, Galvany, Pacini, Huguet, Pareto et plus tard Mercedes Capsir. Elle possédait un registre grave fort étendu bien utile pour les rôles de Rosine et les Zarzuelas. Par rapport à ses rivales elle était un peu moins virtuose que certaines mais était meilleure actrice et dotée d’une plus forte personnalité. Elvira de Hidalgo a enregistré pour Columbia des arias de Il Barbiere, La Sonnambula, et I Puritani immortalisées sur le disque en 1907 et 1908. En 1909-1910, elle enregistra pour Fonotopia des extraits de Il Barbiere, Don pasquale, La Sonnambula, Roméo et Juliette, Dinorah, L’elisir d’amore, Don Giovanni et Mireille. Elle est revenue aux studios Columbia en 1925 pour enregistrer la scène de la folie de Dinorah.

Elvira de Hidalgo est décédée à Milan le 21 janvier 1980 à l’âge de 88 ans, trois ans après le décès de Maria Callas. Elle est enterrée au cimetière Maggiore. Cela, jusqu’à ce qu’une chercheuse et professeur à l’université, Margarita Celma, native comme Hidalgo de Valderrobres, réalise que la concession du cimetière prenait fin en 2020. Afin d’éviter que ses cendres ne soient dispersées dans une fosse commune, cette chercheuse et professeur à l’université a alerté la municipalité de Valderrobres, les institutions aragonaises ainsi que plusieurs associations culturelles. Débutèrent alors de complexes démarches administratives rendues plus compliquées encore par un lointain neveu milanais. Heureusement, l’intervention de cousines barcelonaises, Elvira et Raquel Sala, âgées respectivement de 92 et 95 ans, dénoua la situation. L’exhumation put avoir lieu le 26 février dernier 2018. Le retour des cendres d’Elvira de Hidalgo dans le cimetière de Valderrobres s’est fait le 29 juillet, à 14h. Une plaque commémorative a été apposée sur sa maison de naissance et une salle portant son nom sera inaugurée. Il est également prévu l’ouverture d’un petit musée avec plusieurs de ses costumes et effets personnels ainsi que la projection du film Maria by Callas