Tito Schipa 1888-1965

Raffaele Attilio Amedeo Schipa est né à Lecce, dans la région des Pouilles en Italie, quatrième d’une famille modeste (son père Luigi est douanier) dans le quartier populaire ” Le Scalze “, fin décembre 1888. Il est enregistré à la mairie le 2 janvier 1889.
Sa voix extraordinaire est immédiatement remarquée par son instituteur Giovanni Albani, puis par tout Lecce, qui l’a réellement toujours considéré comme “Propheta in Patria”.
L’arrivée en 1902 de l’évêque Gennaro Trama, venant de Naples, vrai découvreur de talent de ces périodes, offre au jeune talent, dont le surnom est maintenant “Tito” (minuscule), la chance d’entrer dans le Séminaire local, où il étudiera le chant, le piano et la composition.
Après une adolescence agitée dans sa ville natale, où il s’avère être un interprète prometteur et un séducteur inlassable, il suit la suggestion de son meilleur professeur, Alceste Gerunda, et émigre à Milan afin de perfectionner sa technique avec Emilio Piccoli et de rechercher l’occasion de débuter sur scène. 

Schipa dans le rôle d’Alfredo dans la Traviata de verdi

Il la trouve à Vercelli ville du Pédimont, dans La Traviata le 4 Février 1909. Son succès n’est pas immédiat. La personnalité une vocale du jeune homme est certainement peu familière pour le public de ces ces années-là. Mais sa progression est régulière et constante. Le 24 mars de la même année, il fait ses débuts à Messine en tant que duc de Rigoletto avec la grande Claudia Muzio dans le rôle de Gilda. Après une longue période de tournées avec la Compagnie d’Opéra de Giuseppe Borboni, qui se terminera à Rome lors de l’Exposition Nationale de 1911, il va connaitre son premier triomphe à Naples en 1914 dans une Tosca légendaire conduite par Leopoldo Mugnone. Son nom de scène “Tito Schipa” reçoit sa consécration.

Ce succès exceptionnel l’amène en Espagne, où il apprend immédiatement un espagnol parfait, montrant de fortes dispositions pour les langues étrangères. En fait il parlera couramment quatre langues, et en chantera onze, y compris l’Australien indigène; plus, comme il avait l’habitude de dire, le dialecte napolitain… Cela l’aide à conquérir le coeur des Espagnols, avec le premier rôle de Manon au Teatro Real à Madrid en 1918, puis partout dans les pays de langue espagnole.

Tito Schipa est remarqué par l’illustre chef d’orchestre Arturo Toscanini, il débute à La Scala de Milan en 1915, dans Le Prince Igor. Il se produit aussi à Barcelone, Madrid, Lisbonne, et crée à l’Opéra de Monte-Carlo le rôle de Ruggiero de La Rondine de Puccini, en 1917. 

Schipa avec Amelita galli-Curci

1919 est l’année de son arrivée aux États-Unis, invitée par le soprano écossais Mary Garden et par l’impresario Cleofonte Campanini, tous deux directeurs du Civic Opera de Chicago.
À New York, Tito épouse sa première femme en 1920, la soubrette française Antoinette Michel d’Ogoy, qu’il avait rencontré à Monte-Carlo lors de la première mondiale de La Rondine de Puccini. Antoinette lui donnera deux filles, Elena et Lianes.
Il débute le 4 décembre 1919 à Chicago dans Rigoletto avec Amelita Galli-Curci; c’est un triomphe !
C’est le début de l’aventure américaine qui durera 25 ans. Il est présenté par la presse comme le successeur de Caruso, mais bientôt, il est apparu que son type de voix n’avait rien à voir avec son glorieux ainé et il va s’imposer comme un ténor “di gracia”, en fait un “Anti-Caruso”.
Il chante 15 ans en tant que premier ténor au théâtre de l’Opéra de Chicago, puis au Métropolitan de New York. Avec la crise monétaire à Chicago provoquée par la dépression, Schipa a signé un contrat avec le Metropolitan Opera de New York. Il y fit ses débuts en novembre 1932 dans L’elixir d’amour et plus tard dans la saison, dans Lucia di Lammermoor, La Traviata, Don Giovanni et Il barbiere di Siviglia. Il a continué à apparaître au Metropolitan Opera jusqu’en 1941. Il devient un des chanteurs les plus célèbres et les plus récompensés. Dans le registre particulier de ténor léger ou du “ténor di grazia”, il est de nos jours considéré l’un des meilleurs interprètes de tous les temps.

Tino Schipa photographié dansant avec sa fille Elena à San Francisco, Californie, Etats-Unis, le 13 novembre 1935.

Grâce à son caractère brillant et infatigable, et à une adaptation rapide à la façon de vivre américaine, il devient une vedette à temps plein dans les chroniques artistiques, sociales et de charme.
Il projette d’écrire un jazz-opéra (15 ans avant Gershwin). Il explore le répertoire espagnol et napolitain populaire avec des résultats inégalés pour ce qui regarde les ténors (il travaille en équipe avec les premiers auteurs en vue, tels que José Padilla ou Richard Barthélemy); il devient une étoile des journaux. Il se compromet avec Al Capone, risquant d’être tué. Il reçoit des honneurs et des récompenses, y compris la Légion d’Honneur française en 1932. il a de nombreuses aventures sentimentales ce qui aura des des conséquences dévastatrices pour son mariage. Et surtout il gagne des quantités incroyables d’argent qu’il gaspille et qu’il perd avec le même entêtement, étant la cible favorite de tous genres de “scandales”.

Tito Schipa

Pendant la seconde guerre mondiale, il vit une longue et intense histoire d’amour avec l’actrice italienne Caterina Boratto. Cela l’amène de nouveau en Italie, et malheureusement pour lui, il s’engage dans le régime fasciste, dont le responsable Achille Starace est un vieil ami et compatriote. La conséquence est qu’après la guerre, l’Amérique le rejette rudement et la Scala de Milan fait de même. Il faudra quelques années pour qu’il puisse être prêt à recommencer une nouvelle carrière et faire face aux demandes délirantes de la planète entière.
En 1944, il rencontre la starlette italienne Teresa Borgna (Diana Prandi) et l’épouse en 1947, après la mort d’Antoinette. Tito Schippa Junior naîtra de ce cette union.

Il fait ses débuts à l’Opéra-Comique à Paris en 1946, et chante aussi à Marseille, Nice et Bordeaux. Il quitte la scène en 1955, mais continue de se produire en concert jusqu’en 1963. 
En 1956, il est invité à diriger une école de chant à Budapest. C’est son premier engagement dans un pays communiste, derrière le rideau de fer. Cela l’amène qui l’amène à présider le jury du premier festival de la jeunesse de Moscou en 1957. Sa nouvelle sympathie pour le public russe fait de lui un suspect pour les services secrets italiens. Il est sous écoute téléphonique et son projet d’une école de chant en Italie commanditée par le gouvernement est finalement boycotté. Cette fois, il est accusé d’être communiste, après avoir été accusé de facisme. il va alors être victime de problèmes financiers sérieux et sera impliqué dans des opérations d’espionnage par certains de ses directeurs.
Forcé de retourner aux États-Unis, il y trouve de façon inattendue un accueil chaleureux. L’école de chant qu’il projetait est créée à New York où il aura notamment pour élève Cesare Valetti. En 1957, il a donné ses dernières apparitions lors d’une tournée de récitals à Moscou, Leningrad et Riga.

Il meurt de complications du diabète le 16 décembre 1965 à 77 ans, après une carrière de 56 ans. Il publia son autobiographie «Si confessa», en 1961. Sa ville natale l’honore en diffusant, chaque dimanche à midi, sur la place Sant’Oronzo, un des grands airs qu’il a chantés.

Schipa ne disposait pas de moyens vocaux exceptionnels. Mais l’élégance de son style, son sens mélancolique de la couleur, la suprême perfection de son phrasé faisaient largement oublier le manque de vaillance de sa voix. Même si sa voix avait des couleurs amiables et douces, et n’avait pas la puissance dramatique des Caruso, Gigli ou Martinelli, Schipa arrivait, par sa technique à projeter le son sans effort apparent, et était entendu des derniers balcons des grandes scènes d’opéra (comme le Teatro Colon, notamment). Sa voix était reconnaissable parmi toutes, ce qui est le signe des grandes voix, était légère et lyrique avec une douceur infinie. Et selon Luciano Pavarotti, “Il avait quelque chose de plus important, vingt fois plus important que les notes élevées: une grande ligne de chant.” Tito Schipa était l’élégance du chant, l’élégance de l’homme, l’élégance de l’élocution, la subtilité vocale faite homme, l’intelligence qui apportait la gravité dans ces grandes mélodies d’Italie et d’Espagne aussi. Schipa était aussi un maître de la mélodie, de la chanson napolitaine et même de la berceuse, ce qui convenait et à sa voix et à sa diction parfaite. Son texte s’entendait et se comprenait, ce qui compensait le manque relatif de puissance.

A propos de son type de voix, on transmet l’anecdote selon laquelle Caruso était allé l’entendre pour la première fois, lorsque Schipa a commencé à se produire en Amérique. Discrètement installé en fond de salle, Caruso écoute ce jeune puis s’en va sans attendre la fin de la représentation. Sa femme lui demande : « Tu n’as pas aimé ? » Il répond : « Si, si c’est très beau, mais ce n’est pas ce type de voix qui va me menacer » (c’est à dire dans son répertoire et son style). 

Tito Schipa

Dans a spécialisation dans un répertoire strictement limité (qui a été le secret de son longévité vocale incroyable), Tito Schipa a atteint le niveau supérieur de son art dans les principaux rôles de Le Barbier de Séville, de Rossini, l’Elixir d’Amour, de Donizzetti, Mignon, d’Ambroise Thomas, Faust, Werther, de Massenet, (une ses grandes signatures), puis Rigoletto, La Bohème, Tosca, Don Pasquale, La Somnambule, Lucia Di Lammermoor, Cavalleria Rusticana, de Mascagni, L’Arlésiana, etc.  Dans ces opéras il reste, actuellement, inégalé et probablement inégalable. Il fut un Werther exceptionnel chantant ce rôle avec un abandon élégiaque et un échantillon de nuances vocales remarquables, même si dans la seconde partie de sacarrière, il avait pris l’habitude de baisser d’un demi-ton l’air célèbre et assez difficile Pourquoi me réveiller qui fut son cheval de bataille.

L’artiste sut sauver sa voix et durer pratiquement 50 à 55 ans dans la carrière depuis son début à Vercelli en 1910 dans le rôle d’Alfredo Germont, de la Traviata, jusqu’à sa mort en 1965.