Lucia Valentini-Terrani 1946-1998

Trop tôt disparue , Lucia Valentini-Terrani a été l’un des plus grands mezzo-soprano de l’époque moderne, particulièrement associée au répertoire rossinien.

Lucia Valentini et son mari Alfredo Bolognesi

Lucia Valentini est née le 29 août 1946 à Padoue. Elle étudie d’abord au Conservatoire de musique de Padoue, puis à l’Accademia Benedetto Marcello de Venise, avec Adriano Lincetto et Iris Adami Corradetti. On remarquera que cette dernière a aussi eu comme élève Katia Ricciarelli, Mara Zampieri, et Wladimiro Ganzarolli. Dotée d’une voix capable d’une grande agilité, Lucia est provisoirement considérée comme colorature. En 1972, elle triomphe au Concours International des voix Rossiniennes, organisé par la RAI radio-télévision italienne, assurant alors sa qualité de mezzo. L’année suivante elle épouse l’acteur italien Alfredo Bolognesi, dont le nom d’artiste était Alberto Terrani, et ajoute ce nom de scène au sien. Elle fait ses débuts sur scène au Teatro Grande de Brescia, dans le rôle d’Angelina (Cenerentola de Rossini), enthousiasmant le public et la critique; un rôle auquel elle restera étroitement associée tout au long de sa carrière, notamment au Lyric Opera de Chicago, au Teatro Colón de Buenos Aires, au Staatsoper de Vienne, à Covent Garden, au Bolchoï de Moscou, au Fujiwara Opera de Tokyo, au Kennedy Center de Washington ainsi qu ‘en 1983 au Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence.

Lucia Valentini-Terrani

Le 19 avril 1973, sous son nouveau nom de scène de Valentini Terrani, elle a l’occasion de débuter au Teatro alla Scala en remplacement de Teresa Berganza dans “La Cenerentola”, avec Luigi Alva et Renato Capecchi, sous la direction de Claudio Abbado. Cette date marquera le début d’une carrière internationale des plus brillantes et d’une longue collaboration avec le maestro Abbado.

Son répertoire s’étoffe des grands rôles de mezzo rossiniens comme Pippo, dans “La gazza ladra” (La Pie voleuse). En 1974, elle fait fait ses débuts au Metropolitan Opera de New York avec Isabella, de L “Italienne à Alger”. En 1981 elle interprète, au Teatro Regio de Turin, son premier rôle héroïque travesti, Arsace de Semiramide, dans une mise en scène de Pier Luigi Pizzi avec Katia Ricciarelli et, en 1982, fait ses débuts au Festival Rossini de Pesaro avec Tancrède, de nouveau aux côtés de Katia Ricciarelli. Et c’est avec la même Ricciarelli, qu’en 1983, Lucia se représente à Pesaro pour travailler Malcolm, de “La donna del lago”. 

Au Festival Rossini de Pesaro de 1984, sous la baguette de Claudio Abbado et dans une mise en scène de Luca Ronconi, elle participe, dans le rôle de La Marquise Melibea, à la re-création mondiale du “Voyage à Reims” qui n’avait plus été joué depuis l’époque de Rossini. Cette renaissance a été possible grâce au travail des musicologues Janet Johnson et Philip Gosset. Autour d’elle, la distribution comprenait Ruggero Raimondi, Francisco Araiza, Cecilia Gasdia, Samuel Ramey, Lella Cuberli et Katia Ricciarelli entre autres. Cet opéra, composé pour les fêtes du sacre de Charles X à Reims est en effet rarement joué en raison des performances vocales exigées par la partition et du nombre de grandes voix nécessaires. La production fera le tour du monde; d’abord dans les pays de l’est puis au Japon et sera l’objet d’un enregistrement devenu culte.

En 1985, elle fait encore partie d’une autre re-création mondiale de l’opéra “Maometto II” de Rossini où elle interprète Calbo, sous la direction de Claudio Scimone.

Lucia Valentini-Terrani

Même si sa vie ne peut être séparée de Rossini, Lucia Valentini-Terrani a, très tôt, fréquenté d’autres compositeurs. Dès 1973, à La Fenice de Venise, elle interprète Adelma dans le Turandot de Ferruccio Busoni. L’année suivante, elle obtient au New York City Opera le rôle de Bradamante, dans Alcina de Haendel. En 1975, elle chante, encore sous la direction d’Abbado, l’Alexandre Nevsky que Prokofiev composa d’abord pour le film éponyme d’Eisenstein, puis ré-écrivit sous la forme d’une cantate pour mezzo-soprano, chœurs et orchestre. En 1978, elle incarne Marina de Boris Godunov avec Nicolaï Ghiuselev, et le reprend deux ans plus tard avec Ruggero Raimondi. De nouveau en 1981, elle interprète Jocaste dans “Œdipus Rex” de Stravinsky, aux côtés de l’acteur allemand Maximilian Schell dans le rôle du récitant.

En 1980, elle aborde le rôle de Dorabella, de “Così fan tutte” au Fujiwara Opera de Tokyo. En avril 1982, à Los Angeles, elle devient Mrs Quickly du “Falstaff” de Verdi avec Renato Bruson et sous la baguette de Carlo Maria Giulini. En 1988, elle sera Didon du “Didon et Enée” de Purcell à Venise, et Orphée de l’ “Orfeo et Euridice” de Gluck au San Carlo de Naples.

Lucia Valentini-Terrani
Alfredo Kraus et Lucia Valentini-Terrani
dans Werther

Lucia Valentini-Terrani aborde aussi l’opéra français et, surtout, l’œuvre de Massenet. En 1978, à Florence, elle incarne pour la première fois Charlotte dans Werther, aux côtés d’Alfredo Kraus, sous la baguette de Georges Prêtre et dans une mise en scène de Pier Luigi Samaritani. C’est cette même production qui marquera ses débuts au Palais Garnier en avril 1984. Pour Jacques Longchampt du journal “Le Monde”: «Lucia Valentini-Terrani confère à Charlotte toute sa grandeur, surtout quand elle peut donner gratuitement cours à la mélancolie et à cette passion longtemps refoulée par le devoir; l’ampleur, la chaleur, la souplesse de ce timbre de mezzo, que le vibrato tourmente sans la brouiller, la richesse d’un lyrisme qui bouillonne au fond de l’être». Du même compositeur, elle sera Dulcinée, la compagne des rêves de Don Quichotte, qu’elle chantera avec Nicolaï Ghiaurov à Chicago en 1981, puis en 1983, avec Ruggero Raimondi en Avignon. Lucia Valentini-Terrani tiendra également le rôle-titre de Mignon, d’Ambroise Thomas à Florence et deviendra la Carmen de Bizet à Turin en 1988. Pour Deutsche Gramophon elle sera Eboli dans la version en français de Don Carlos de Verdi, enregistrement où l ‘on peut entender le duo très rare avec Élisabeth “J’ai tout compris” (précédant “Don fatal”), air très rarement enregistré.

Lucia Valentini-Terrani

Elle chante en 1995, à l’Opéra de Marseille dans L’italienne à Alger, une production de La Scala avec Ruggero Raimondi, Rockwell Blake, Inva Mula, Renato Capecchi et Florence Katz, dirigée par Giuliano Carella. Sa dernière apparition sur scène date de 1996, où elle interprète le rôle-titre de La Grande-duchesse de Gérolstein d’Offenbach au Festival della Valle d’Itria à Martina Franca. Cette même année, en pleine gloire, on lui découvre une leucémie pour laquelle elle s’est rendue au célèbre centre de recherche sur le cancer Fred Hutchinson à Seattle. C’est dans ce même établissement que son collègue et ami José Carreras avait été soigné avec succès pour la même maladie. Malheureusement, elle n’a pas eu autant de chance que lui. La maladie s’est avérée résistante à la chimiothérapie et Lucia Valentini-Terrani décède des complications d’une greffe de moelle osseuse à l’âge de 51 ans. Pendant la durée du traitement, son époux, Alberto Terrani, n’ayant pas les moyens de se payer une chambre d’hôtel, avait alors dû dormir dans sa voiture. Pour éviter ce genre de situation, la chanteuse avait souhaité, avant de mourir, qu’un hôtel portant son nom soit ouvert dans sa ville natale de Padoue, pour héberger à un tarif préférentiel les patients suivant une thérapie à l’hôpital local ou les membres de leur famille. Ouverte depuis peu, la Casa Valentini accueille également les touristes. La ville de Padoue a aussi donné le nom de l’artiste à une petite place proche du Teatro Verdi.

Casa Valentini-Terrani, chambre d’hôtes à Padoue

Lucia Valentini-Terrani

Valentini-Terrani avait un timbre chaud, sombre et velouté associé à d’excellentes qualité techniques. Elle faisait preuve d’une virtuosité et d’une agilité dans la maîtrise des coloratures qu’elles soient liées ou staccato, digne de la plus belle tradition du bel canto du XIXème siècle. Représentante éminente du répertoire Rossinien, dont elle connaissait tous les secrets et avec lequel elle obtint un grand succès partout dans le monde, elle a eu la sagesse de ne pas s’aventurer dans des rôles trop lourds qui auraient pu détruire sa voix, comme cela est arrivé à beaucoup d’autres par le passé. Elle ne fut pas Amneris, Ulrica ou Azucena; seulement carmen à quelques reprises; mais fut une splendide Cendrillon, une Carlotta persuasive, une Isabella ponctuelle, une Rosina pétillante, une Arsace retentissante. Grâce à elle, des œuvres telles que Tancredi, La femme du lac, le voyage à Reims, Maometto II ont pu trouver une interprète idéale.

Tous ceux qui l’ont connue, même en dehors des scènes, ont fait l’éloge de ses grands dons humains, de sa convivialité, de sa joie de vivre, et de sa générosité.

Opéras chantés par Lucia Valentini-Terrani
Chronologie de ses enregistrements





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