Milka Ternina (Trnina) 1863-1941

Milka Ternina (née Katarina Milka Trnina était une soprano dramatique croate qui jouit d’une grande réputation dans les maisons d’opéra américaines et européennes.

Elle est née le 19 décembre 1863 à Doljnji Sip, près de Vezišće, un petit village à 50 kilomètres de Zagreb, alors la capitale d’une Croatie qui faisait partie de l’empire austro-hongrois. Après la mort de son père, à l’âge de six ans, la famille de Ternina décida qu’elle recevrait une meilleure éducation et davantage d’opportunités si elle allait vivre avec son oncle et sa tante à Zagreb. Son oncle Janko Jurković, était écrivain et conseiller du gouvernement. Il était au cœur de la vie culturelle de la vieille ville historique de Zagreb.

Après ses études à Zagreb dans la classe de Ida Wimberger et Ivan Zajc, Milka continua sa formation avec Joseph Baptiste Gänsbacher au conservatoire de Vienne où elle remporta la médaille du meilleur étudiant.

Elle fit ses débuts sur scène à Zagreb, le 11 avril 1882, en chantant Amelia dans Un ballo in maschera de Verdi. En 1898, elle se produisit pour la première fois à l’opéra de Londres, interprétant Isolde dans Tristan et Isolde. Elle continuera de chanter au Royal Opera House de Covent Garden, jusqu’en 1906, y réalisant un total de 98 rôles dans divers opéras.

Milka Ternina

Anton Seidl la recommanda pour remplacer Katharina Klafsky, la principale soprano de l’opéra de Brême. Elle fut ensuite engagée par l’Opéra royal de Munich en 1890 ou elle resta jusqu’en 1899. Pendant une dizaine d’années elle s’y distingua comme une remarquable interprète des œuvres de  Wagner. Ce dernier l’invita par la suite à Bayreuth.

Elle a chanté pour le concert du couronnement du tsar Nicolas II en 1896 à Moscou. La tsarine russe lui demanda d’interpréter la mort d’Isolde, l’un des plus beaux airs de l’opéra de Wagner Tristan et Isolde. Fort satisfait et pour lui témoigner sa gratitude, le Tsar la récompensa généreusement en lui offrant une broche chargée de rubis et contenant un gros diamant. Ce bijou est aujourd’hui conservé au Musée des Arts et Métiers de Zagreb. De son côté, la tsarine lui offrit un bracelet de diamants….

Ternina. A gauche dans le rôle de Sieglinde; à droite dans celui de Tosca

Ternina fut invitée au Festival de Bayreuth en 1899 pour le rôle de Kundry dans Parsifal. Selon le dictionnaire d’opéra concis d’Oxford, cela se révélera être sa seule apparition à Bayreuth. Le 27 janvier 1900, elle fit ses débuts au Metropolitan Opera de New York dans le rôle d’Elisabeth de Tannhaüser. Au cours de sa fructueuse association avec le Met, elle chanta Kundry pour la première représentation américaine de Parsifal. Cette oeuvre étant programmée avant l’expiration des droits d’exclusivité de Bayreuth, et donc non autorisée par la famille Wagner, Ternina ne fut plus jamais été invitée à se produire à Bayreuth, malgré sa stature d’artiste internationale. On ne plaisantait pas avec la famille Wagner…

Milka Ternina

Elle fut Tosca dans la première américaine de 1901 de l’opéra de Puccini qu’elle joua 18 fois. L’année précédente, le 12 juillet 1900, elle avait également été la première Floria Tosca de Londres. Puccini qui était dans le public pour la première la rejoignit sur scène pour un rappel de rideau. Il déclara plus tard qu’elle était la meilleure Tosca qu’il ait eu l’occasion d’écouter, décrivant son interprétation comme “idéale”. Elle est ainsi devenue l’interprète la plus renommée mondialement de cette héroïne de Puccini.

Milka ternina

À cette époque, les principaux chanteurs d’opéra voyageaient avec un ensemble de costumes. Les costumes de Ternina faisaient partie intégrante de son approche de chaque rôle et elle s’intéressait vivement à leur conception et à leur création. En 1900, elle demanda à l’artiste et créateur de costumes britannique Percy Anderson de concevoir des costumes pour une série de rôles. Son souci du détail et l’harmonie des couleurs ont contribué à l’effet dramatique qu’elle exprimait sur scène. Ternina a conservé 32 des croquis en aquarelles d’Anderson. Fabriqués à Londres, les costumes ont été restaurés avec amour par le Zagreb City Museum, qui a trouvé des étiquettes indiquant que Miss Fisher, Theatrical Costumire, 22 Bedford Street, Covent Garden a fait le costume de Tosca Act II et Mr Nettleship, 58 Wigmore Street à Londres a fait le costume pour Elizabeth de Tannhauser. Les deux magnifiques costumes Tosca sont de style Empire français, reflétant la période dans laquelle l’opéra se déroule. Les costumes des opéras de Wagner, Tristan et Isolde et Tannhaüser sont dans le style médiéval préféré par de nombreux créateurs d’opéras de Wagner. Le costume de Tannhaüser a été vu pour la dernière fois au Royal Opera House le 28 août 1906, lorsque Ternina chanta Elizabeth, son rôle préféré, dans ce qui serait sa dernière performance à Londres. Ces costumes peuvent être vus dans le Carriage Entranceway et dans le Floral Hall. Les vitrines murales qui mènent au hall d’entrée principal, de même que le couloir du vestiaire, sont consacrés aux apparitions de Ternina au Royal Opera House et, outre une sélection de costumes, sont aussi exposés des photographies, des programmes, des objets commémoratifs… On y voit également certaines des couronnes de laurier d’argent qui lui furent offertes durant sa brillante carrière !

Costume de scène. Musée de Zagreb

Après sa retraite, quatre des costumes de Ternina ont été exposés au Musée de la ville de Zagreb et ces costumes ainsi que d’autres souvenirs ont été donnés par Ternina à ce Musée à perpétuité. Pour Ternina, ses costumes étaient “de merveilleux souvenirs de travail artistique et de gloire” et elle a stipulé “qu’ils ne devaient pas quitter Zagreb”. 

En 1906, alors à l’apogée de ses moyens, elle fut obligée de quitter la scène en raison d’une paralysie faciale dont elle conserva des séquelles. Pendant un an, elle enseigna le chant à l’Institut d’art musical de New York, après quoi elle se retira de la scène musicale internationale et retourna à Zagreb pour se consacrer à l’enseignement. Son élève la plus connue à Zagreb fut la célèbre soprano et star du Metropolitan Opera, Zinka Milanov.

Monument souvenir de Vezisce

Ternina est décédée à Zagreb en 1941, à l’âge de 77 ans. Elle n’a fait aucun enregistrement commercial de sa voix mais des fragments de son chant peuvent être entendus sur Mapleson Cylinders, enregistrés en direct au Met au début du XXème siècle. Ceux-ci sont disponibles sur une réédition de CD par Symposium Records.

Milka Ternina était amie avec le célèbre scientifique Nikola Tesla, qui aimait la musique et avait sa propre loge permanente à l’Opéra. Ternina faisait partie du cercle des personnes qui fréquentaient le laboratoire de Tesla sur la 5ème Avenue à Manhattan et qui suivaient ses expériences. Elle y rencontra notamment Mark Twain, le célèbre Kneissl Quartet et le chef bostonien du Symphony Orchestra, Wilhelm Gericke

Il est possible que Carl Russ-Suchard, admirateur de Wagner et fondateur des chocolats du même nom, ait créé la marque “Milka” en hommage aux interprétations des opéras de Wagner de Milka Ternina. Moins poétique est l’hypothèse que le mot « Milka » soit simplement l’association des mots allemands Milch und Kakao (« lait et cacao »).

Plus certainement on baptisa aussi de son nom en 1898 une chute d’eau entre les lacs de Milan et Gavan du parc national de Plitvice, car elle avait offert l’un de ses cachets de concert et le montant de son spectacle d’adieu pour financer, en 1897, les premiers aménagements du parc.

Timbre croate à l’effigie de Milka Ternina

De nombreuses rues de villes croates portent son nom. Un timbre à son effigie a été édité par l’état croate. Un prix annuel de musique qui récompense les réalisations artistiques exceptionnelles et la création musicale porte son nom. Le prix est décerné depuis 1958 par la Société des Artistes musiciens croates.

Ternina a vécu pour son art, déclarant à la fin de sa vie que “la vie artistique est difficile et douloureuse, mais malgré cela, si je pouvais revivre et choisir, je ne choisirais aucune autre vocation.” Elle a été célébrée comme l’une des plus grandes chanteuses de son temps, avec une voix belle, puissante et une technique de chanteuse parfaite, une apparence scénique gracieuse, un visage noble et, souvent souligné, un jeu magique unique. Elle a été considérée comme la meilleure Isolde de son époque et la meilleure Leonore de Fidelio depuis Tietjens. Son répertoire comptait 85 rôles.

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