Mario Del Monaco 1915-1982

Mario Del Monaco est considéré comme le plus grand ténor dramatique du XXème siècle.

Il a vu le jour à Florence, le 27 juillet 1915, dans une famille bourgeoise et cultivée. Son père, d’origine napolitaine, travaillait dans les services administratifs de l’État et pratiqua pendant quelques temps l’activité de critique musical à New-York. Sa mère, d’origine sicilienne, possédait une belle voix de soprano. Pour l’anecdote, sa mère, Flora Giachetti, qu’il a lui-même défini comme “ma première muse”, possédait une très belle voix et était la cousine d’Ada Giachetti, la compagne du grand Caruso, ce qui crée un lien de parenté entre les deux ténors. Mario était l’aîné d’une famille de trois enfants. Après avoir passé quelque temps en Libye, où son père, avait été détaché, la famille s’installa à Pesaro (la ville natale de Rossini).

Arturo Melocchi (1879-1960) était un baryton italien qui fut le professeur de Mario Del Monaco. Il fut l’auteur d’une méthode de chant qui influença aussi la voix et le développement technique de Franco Corelli.
Rina Filippini,

À l’âge de treize ans, Mario commença à jouer du violon, mais sa véritable passion était le chant et il entreprit de suivre l’enseignement du Maestro Raffaelli, qui prit rapidement la mesure de son potentiel vocal unique. Il fut choisi pour chanter Narcisse de Jules Massenet lors de l’inauguration du théâtre Gigli de Mondolfo. Il prit ensuite des cours avec Arturo Melocchi et sortit diplômé du Conservatoire Rossini. Il remporta alors en 1936, , sur concour, un prix offert par l’Opéra de Rome visant à la découverte de nouveaux talents. Lors de l’audition, il rencontra la soprano Rina Filippini, avec laquelle il se fiança peu de temps après.

Mario Del Monaco en 1935

Après s’être éloigné de Melocchi, il fut choisi par le maestro Tullio Serafin, pour devenir pensionnaire du Conservatoire de l’Opéra de Rome et suivre les cours de Marcantoni. Le résultat, hélas, désespéra l’étudiant qui vit sa voix perdre en médium et en puissance, rançon du travail vers un registre aigu. Il fut empêtré dans une grave crise vocale: en effet les enseignants, abusés par sa mince silhouette, dirigèrent Mario vers un répertoire lyrique léger, réduisant sa voix au point de la détruire. On voulait lui faire chanter Mozart et Rossini, mais il ambitionnait les rôles héroïques, dramatiques, comme on les rencontre chez Verdi, Léoncavallo ou Wagner. Mal conseillé par ses professeurs, il éprouva des difficultés à définir son registre exact : ténor dramatique ou lyrique ? Son programme pour le concours organisé par l’Opéra de Rome, en 1936, témoignait d’ailleurs de ses hésitations, puisque y figuraient à la fois des airs de Tosca et  Andrea Chénier à côté de L’elisir d’amore. Rina lui arrangea alors un retour chez Melocchi qui offrit au jeune homme une seconde chance et rétablit sa voix en six mois.

En 1939, il fit ses débuts dans Cavalleria rusticana de Mascagni à Pesaro. L’année suivante, il auditionna à Milan, au Théâtre Puccini, et le directeur, après avoir entendu l’Addio fiorito asil de Madame Butterfly de Puccini s’écria: «Si je ne t’engage pas, je suis un imbécile et cela, je ne le serai jamais!» Ainsi, il obtint son premier contrat pour quatre représentations de Butterfly. Suivit une série de représentations de Traviata et de Manon Lescaut à Pise sous la direction d’Antonino Votto.

L’Italie entra alors dans la Seconde Guerre mondiale et il fut obligé de s’engager. À l’instar de Carlo Bergonzi ou Giuseppe Di Stefano, les talents de Del Monaco firent forte impression sur ses officiers et il bénéficia de permissions reconduites pour peu qu’il les employa à devenir « Il Grande Tenore del suo tempo ». Sa voix parvient aux oreilles du commandant d’Autocentro, le colonel Gino Ninchi, passionné d’opéra et frère de deux grands acteurs de théâtre, Annibale et Carlo Ninchi. Le colonel s’intéressa au jeune chanteur, le mettant en mesure de poursuivre ses études et surtout en s’efforçant de l’empêcher de suivre son bataillon en Russie. Del Monaco a raconté ainsi l’épisode: «Un mauvais jour, l’ordre est venu de partir pour la Russie. C’était fini. Adieu carrière, adieu rêve de gloire. Je me suis tourné vers le colonel Ninchi, qui a immédiatement dit “Vous ne partirez pas. Vous devez rester ici. Vous serez plus utile à votre patrie avec votre voix qu’avec un fusil!”. Je ne sais pas ce qu’il a inventé, à qui il a écrit. Le fait est qu’après quelques jours un télégramme est arrivé disant que le caporal Del Monaco Mario devait rester en Italie. Si j’étais parti, je ne serais pas revenu, comme la plupart de mes compagnons.»  De 1938 à 1943, effectua son service comme chauffeur à Milan d’abord, puis à Trévise. Ainsi malgré les difficultés de la guerre, Mario se constitua un solide répertoire de ténor lyrique en chantant dans différents opéras d’Italie. Il interpréta le Duc de Mantoue (Rigoletto), Rodolfo (La Bohème),ou encore Mario Cavaradossi (Tosca).

Le 21 juin 1941 le jeune Mario épousa Rina, qui restera son inséparable compagne et conseillère avisée pour toute la vie.  De leur union naquirent deux fils : Giancarlo et Claudio.

La paix revenue, son ascension commença irrésistiblement. Après des débuts internationaux à Genève puis Londres en 1946, la consécration finale arriva le soir du 6 mars 1949 à La Scala, avec Andrea Chénier, monté pour commémorer la mort d’Umberto Giordano, aux côtés de Renata Tebaldi et Paolo Silveri, sous la direction de Victor De Sabata. En raison de l’énorme demande de billets, le spectacle fut également diffusé par des haut-parleurs sur la place devant le théâtre. Del Monaco avait étudié l’opéra avec le compositeur lui-même, qui avait noté des changements et des conseils sur sa partition, et jusqu’à sa mort, il a gardé la photo dédicacée de Giordano sur son piano, avec la dédicace “À mon cher Chénier”. C’est toutefois avec Elisabetta Barbato qu’il enregistrera cet opéra pour la firme La Voix de son Maître

Mario Del Monaco en Don José (Carmen)

En 1946, en Radames (Aida), il connut un formidable triomphe lors de la réouverture des Arènes de Vérone. En février 1947, il fut un flamboyant Don José dans le Carmen de Bizet, à Naples, sous la direction de Vincenzo Bellezza, puis en avril, au Théâtre Royal de Rome aux côtés de Denise Scharley (Carmen), puis enchaîna avec Manon Lescaut, Fedora et encore Carmen mais cette fois à l’Opéra de Paris. Cette même année il se lança dans une longue série de tournées en Amérique du Sud. Ce fut une période pendant laquelle il étoffa son répertoire de ténor lirico spinto en abordant des rôles comme Manrico (Il Trovatore), Dick Johnson (La fanciulla del West), Faust (Mefistofele),  ou encore Canio (Pagiacci) qui deviendra un de ses rôles préférésÀ son retour, il tourna un premier film policier L’homme aux gants gris. Par la suite, il prêtera son concours à de nombreuses productions consacrées aux biographies de compositeurs italiens (Verdi, Mascagni) ainsi qu’au fameux film consacré aux débuts de Caruso. Il fut aussi le partenaire de Gina Lollobrigida dans La Belle des Belles.

L’année 1950 va constituer un véritable tournant dans sa carrière. Il fit ses débuts aux Etats-Unis, au San Francisco Opera. Rudolf Bing, alors directeur du Metropolitan Opera, qui entendit Del Monaco chanter Radames à l’Opéra de San Francisco, demanda au ténor de s’arrêter à New-York pour un passage au Met dans Manon Lescaut sur le chemin du retour en Europe. Il eut un tel succès qu’il s’ensuivit une longue collaboration avec le Met où il reviendra 102 fois entre 1950 et 1959 pour y endosser 16 rôles différents! De plus, Il participera plus 38 fois aux tournées du Met.

Del Monaco dans Otello

Pendant tout ce temps, il commençait déjà à penser au rôle d’Otello. Ce fut une préparation longue et minutieuse, comme Del Monaco l’a toujours fait pour chacun de ses rôles, menée à travers des lectures et en écoutant tous les disques de ténors qui avaient enregistré le rôle. Et ce fut un travail parsemé de doutes, jusqu’à la veille de la première. Del Monaco lui-même raconte dans son autobiographie que la veille du spectacle, il avait décidé d’abandonner et avait envoyé sa femme Rina en parler avec le chef d’orchestre, le maestro Antonino Votto, qui lui répondit: «Dites-lui d’aller se coucher et de bien se reposer. Je dirigerai l’Otello, il le chantera et ce sera un grand triomphe!». Et il en fut ainsi. C’est au Théâtre Colòn de Buenos Aires, le 21 juillet 1950, qu’il chanta pour la première fois, à 35 ans seulement, un rôle qu’il va définitivement marquer de son empreinte. C’est ce soir là qu’est née l’une des plus grandes interprétations que l’opéra ait jamais vu, un personnage destiné à devenir une comparaison obligatoire pour tous ceux qui, après lui, s’aventureront dans ce rôle.

Mario Del Monaco devant son portrait d’Otello
Del Monaco et Tito Gobbi dans Otello

Del Monaco va ensuite interpréter le personnage de Verdi à travers le monde entier. C’est dans ce rôle qu’il fera ses débuts à Paris, en février 1954, puis au Staatsoper de Vienne en 1957 sous la baguette d’Herbert von Karajan avec Léonie Rysanek et Anselmo Colzani. Un seul chanteur pouvait à cette époque rivaliser avec Del Monaco, le chilien Ramon Vinay (1912-1996). Del Monaco possédait toutes les qualités vocales requises pour Otello, un rôle de ténor dramatique d’une grande complexité qu’il interprétera 427 fois! Sa voix était riche, sombre, avec ce qu’il fallait de puissance et d’héroïsme. D’une parfaite égalité sur toute l’étendue du registre, le timbre possédait un éclat qui fascinait le public. On ne peut rester insensible à l’intensité et à la vitalité d’une telle voix même si l’on a souvent reproché à Del Monaco de manquer de subtilité musicale dans ses interprétations.

Renata tebaldi et Mario Del Monaco

Sa riche carrière internationale, n’a pas empêché Mario Del Monaco de rester fidèle à l’Italie, et singulièrement à la Scala dont il a marqué l’histoire lors de représentations devenues légendaires. On peut encore citer  Francesca da Rimini de Riccardo Zandonnai en rappelant que Del Monaco était le dernier ténor à avoir travaillé dans sa jeunesse avec des compositeurs comme Giordano ou Zandonai. Cela ne l’empêcha pas de chanter encore un Otello à Covent Garden en 1962 (avec Georg Solti) y faisant une très forte impression ainsi que des apparitions plus inhabituelles comme un Siegmund (Die Walküre) à Stuttgart, des performances multilingues comme un extraordinaire Don José au Bolchoï de Moscou en 1960 avec Irina Arkhipova (l’un chantant en italien, l’autre en russe…) et dont l’intensité dramatique reste inégalée. Par chance nous disposons d’un témoignage vidéo de cet évènement. Il reçut à cette occasion la grande médaille de l’ordre académique de Lénine.

Mario Del Monaco et Irina Arkhipova dans la mythique scène finale de Carmen, au Bolchoï de Moscou

En 1952, il signa avec la firme Decca un contrat qui le liait pour 20 ans. La saison 1953-1954, il interpréta La Wally d’Alfredo Catalani avec à ses côtés Renata Tebaldi et Gian-Giacamo Guelfi; il chanta Otello à Milan avec Leonard Warren et Tebaldi, puis à Paris sous la direction d’André Cluytens encadré par Géori Boué et René Bianco. Il parraina le 29 octobre 1954, une autre grande soprano, Maria Callas, pour sa représentation à New-York de Norma, ce qui lui fit dire: Ainsi, j’ai tenu sur les fonts baptismaux du Met aussi bien Callas que Tebaldi. La ville de Paris lui offrit la grande médaille d’argent pour son interprétation de Samson de Camille Saint-Saëns, aux côtés de Denise Scharley (Dalila), au Palais Garnier en mai 1960. 

Del Monaco, passionné de voitures
Del Monaco hospitalisé

Mario Del Monaco qui était un passionné d’automobile, possédait une Rolls-Royce et collectionnait des modèles comme Ferrari, Maserati, Alfa-Roméo, Aston martin. Son dernier coup de foudre était une puissante Abarth au volant de laquelle il fut victime d’un un grave accident de voiture le 13 décembre 1963. Le capot, mal fermé, qui s’ouvrait dans le mauvais, sens se rabattit brusquement aveuglant le conducteur qui heurta de front un véhicule venant en sens inverse. De l’abarth, totalement broyée, on retira un Del Monaco défiguré par les éclats de verre avec de multiples fractures. Il devra quitter la scène pendant sept mois. Cet accident n’est pas sans rappeler celui de Georges Thill, trente ans plus tôt, au volant d’une Hispano Suiza. Des années 1960 à sa retraite de la scène en 1973, Del Monaco a de plus en plus confiné ses apparitions en Italie, bien qu’il ait continué d’enregistrer pour Decca. Son Loris dans la Fedora de Giordano (avec Magda Olivero comme héroïne) a été enregistré lorsque le chanteur était au milieu de la cinquantaine, date à laquelle sa voix avait perdu le peu de souplesse qu’elle avait auparavant.

Mario Del Monaco et ses deux fils Giancarlo et Claudio
Mario Del Monaco et son épouse Rina

En 1972, il interpréta son dernier rôle au San Carlo de Naples, dans Stiffelio, de Verdi. C’est le 1er mai 1975, au Staatsoper de Vienne, que le ténor fit ses adieux à la scène, dans I Pagliacci. Il était à la veille de ses 60 ans. Il se retira dans sa villa Luisa à Lancenigo dans les environs de Venise. Il dira: «J’aurais aimé chanter sur scène jusqu’au dernier jour de ma vie, mais ma santé ne me l’a pas permis!» Certains purent encore l’entendre dans l’après-midi du 6 juillet 1982, alors que l’équipe de football italienne qui se dirigeait vers le titre mondial venait de battre par 3-2 le très fort Brésil de Zico, Cerezo et Falcao. Après le match, Del Monaco prit le volant de sa Rolls Royce et gagna la Piazza dei Signori, à Trévise, où la foule s’était rassemblée pour célébrer la victoire. Il arrêta sa voiture et se leva, le torse sorti du toit ouvrant, entonnant l’hymne de Mameli (l’hymne italien) à pleine gorge. Ce fut la dernière fois où sa voix résonna en public.

Mario Del Monaco souffrait d’une néphrite chronique, qui nécessitait une dialyse constante et qui le conduisit finalement à une mort prématurée. Il s’éteignit le 16 octobre 1982 à Mestre (Venise) à la suite d’un infarctus du myocarde. Au moment de sa mort, dans le hall de la Villa Luisa à Lancenigo, sur le pupitre du piano se trouvait la partition d’Otello. Les funérailles, dans la petite église de Lancenigo, eurent lieu devant des personnalités de l’opéra, telles que Tebaldi, Simionato, Cerquetti, Olivero, Franco Corelli et bien d’autres. Sur son souhait exprès, personne n’a chanté pendant le service et le rite fut accompagné de sa gravure de l’aria “Pietà Signore”, le même qui avait été chanté lors des funérailles de Caruso. Il est enterré, selon son voeu, dans son costume d’Otello dans le cimetière central de Pesaro. Le tombeau a été créé par le sculpteur Giò Pomodoro.

Maria callas et Del Monaco dans la Norma

Mario Del Monaco est apparu sous les projecteurs du théâtre lyrique à une période au cours de laquelle les carrières des plus grandes célébrités de la génération précédente telles que Beniamino Gigli, Tito Schipa et Giacomo Lauri-Volpi approchaient de la fin. Mais davantage qu’une célébrité, Mario Del Monaco a été un mythe; En Italie, mais aussi en Amérique du Sud et aux États-Unis, bref partout où l’on attendait prioritairement d’un chanteur d’opéra de la bravoure, de l’éclat et du panache. Des qualités auxquelles le ténor ajoutait un physique avantageux, doublé d’un jeu ne se limitant pas à quelques gesticulations convenues. Cette présence magnétique est restée dans la mémoire de tous ceux qui ont eu la chance de le voir, à la scène ou en récital: «Toute une génération (…) se reconnaît dans l’émission carnassière, véhémente, passionnée et virile de Del Monaco, symbole d’une après-guerre qui libéra les esprits, stimula les énergies, incita à vivre intensément et à rattraper le temps perdu», écrit ainsi André Segond, son ardent biographe (Mario Del Monaco ou un ténor de légende, Éditions Jacques-Marie Laffont et Associés, à Lyon, 1981). Il est certain que les enregistrements en studio qu’il a pu faire ne permettent pas d’imaginer ce qu’il était sur une scène et il faut privilégier l’écoute des ses enregistrements «live» quelle qu’en soit la qualité technique. C’était un personnage hors-norme, un grand seigneur de la scène capable d’électriser les salles, un inlassable héros d’opéra. Rise Stevens, la mezzo-soprano américaine, qui a chanté avec lui au Met se souvient de l’intensité de ses incarnations: «Une fois dans le dernier acte de Carmen il m’a jeté si fort qu’il m’a foulé le poignet et l’a presque cassé. Mais je l’aimais beaucoup».

Sa voix de ténor atteignait tout juste le contre ut mais le médium était large, le timbre était de bronze et surtout la puissance était exceptionnelle. La méthode non orthodoxe de production vocale privilégiée par Del Monaco lui a permis une force écrasante dans les registres médian et supérieur-moyen, mais a rendu les mezza voce et autres pianissimi assez limités. Les mi-voix de Del Monaco (il fut injustement accusé de ne pas en avoir) furent effectivement pour lui l’objet d’une conquête mais il les obtint et elles étaient magnifiques. Il suffit d’écouter seulement pour ne citer que quelques exemples “L’anima ho stanca“, d’Adriana Lecouvreur, “Donna non vidi mai” de Manon Lescaut de Puccini, “O tu che in seno agli angeli” de la Forza del destino de Verdi, le duo du premier acte de Tosca de Puccini et “E lucevan le stelle” du dernier acte, pour se rendre compte de ses capacités à savoir réduire l’énorme colonne sonore de sa voix, jusqu’à obtenir des sons bien filés ou des mi-voix stupéfiantes. Evidemment, les mi-voix de Del Monaco doivent être rapportées à sa pleine voix, à fort calibre, non comparables aux mi-voix des ténors légers dits “di grazia”.   N’oublions pas qu’il était ténor de type “eroico-drammatico”. Ces caractéristiques ont partagé les critiques entre inconditionnels du personnage et adeptes d’un chant plus subtil lui reprochant un excès de vérisme. En fait le public, juge suprême de chaque artiste, était en délire à chaque représentation, y compris pendant la représentation. Après les spectacles, il était souvent porté en triomphe.

Del Monaco fut non seulement une voix d’exception mais surtout un des derniers caractères capables d’imposer leur volonté aux directeurs de salle, aux metteurs en scène… et parfois aux compositeurs. Bref, un des derniers “divos”. 

Il laisse une importante discographie car il était lié à Decca par un contrat d’exclusivité. A partir de 1952, l’année où ils réalisent ensemble un enregistrement d’Aida, Mario Del Monaco et Renata Tebaldi deviennent un «couple discographique». Decca les réunit pour de nombreux enregistrements jusqu’en 1968 où leur complicité prendra fin avec La Wally. Face à ce couple Decca, le concurrent EMI mit à la même époque en avant un autre couple légendaire Callas et Di Stefano.

Deux monstres sacrés ensemble, les ténors Di Stefano et Del Monaco

Son fils Giancarlo Del Monaco mena une brillante carrière de metteur en scène. En 1975, il créa, avec son père Mario, le Festival de Montepulciano, et, à 32 ans seulement, fut nommé directeur général du Staatstheater de Kassel puis du Festival de Macerata (1986-1988), de l’Opéra de Bonn (1992-1997), de l’Opéra de Nice (1997-2001). De 2009 à 2011, il fut également directeur artistique du Festival de l’Opéra de Ténérife. Giancarlo Del Monaco eut quatre filles : Stella, Fedora, Alessandra et Laura.