Johanna Gadski 1872-1932

Johanna Gadski fut une brillante soprano dramatique allemande particulièrement appréciée dans Wagner, Verdi et Mozart mais dont la carrière fut abrégée par la première guerre mondiale.

Johanna Emilia Agnes Gadski naquit à Anklam, en Prusse, le 15 juin 1872, ville hanséatique actuellement en Allemagne dans le land de Mecklembourg-Poméranie occidentale située à l’embouchure du fleuve la Peene dans le Peenestrom, un détroit de la mer Baltique qui sépare l’île d’Usedom du continent. Elle reçut une éducation musicale à Stettin, principalement auprès de Mme Schroeder-Chaloupha. A l’âge de 10 ans elle chanta avec succès en concert à Stettin. 

A 17 ans elle fit ses débuts à l’opéra à Berlin en 1889 dans le rôle-titre d’Ondine, le second opéra composé par Tchaïkovsky suivi du Freischütz de Weber. Elle chanta ensuite dans les opéras de Brême et Mayence, en particulier dans le répertoire wagnérien et au Festival de Bayreuth en 1899 et celui de Munich en 1905-1906. Elle se produisit à Covent garden en 1899.

Johanna Gadski dans certains rôles wagnériens. De gauche à droite et de haut en bas: Brünhilde, Isolde, Elsa, Senta, Brünhilde, Isolde.
Johanna Gadski de gauche à droite et de haut en bas: Valentine (Les Huguenots), Elsa (Lohengrin), Aida, la Comtesse (les noces de Figaro)

En 1894, le Dr Walter Damrosch monta une compagnie d’opéra à New-York, la Damrosch Opera Company, et engagea Johanna Gadski pour plusieurs rôles principaux. Elle y rejoint ainsi les rangs d’illustres wagnériens comme Emil Fischer, Rosa Sucher, Marie Brema, Katherine Klafsky et Max Alvary. En 1896, elle créa le rôle de Hester Prynne dans la première de l’opéra de Walter Damrosch The Scarlet Letter à Boston. Elle chanta à Londres au Royal Opera House en 1899, 1900, 1901 et 1906. Elle participa aux festivals américains de Worcester qui se sont déroulés dans l’État américain du Massachusetts à la fin des années 1890.

Gadski et sa fille Charlotte Busch en 1909

Gadski était aussi une récitaliste extrêmement populaire et en 1899 et 1900, elle entreprit une longue tournée de concerts aux États-Unis. En 1898, elle entama une collaboration avec le Metropolitan Opera de New-York qui se poursuivra jusqu’en 1917 au moment où les activités de son mari, le capitaine Hans Tauscher, qui était l’agent américain de grands fabricants d’armes allemands, l’obligèrent à démissionner. Elle avait épousé Hans Tauscher le 20 novembre 1892 à Berlin. Ils eurent une fille, Charlotte Tauscher Busch née à Berlin le 31 août 1893 qui épousa Ernest Busch, un petit-neveu d’Adolphus Busch célèbre brasseur allemand. Hans Tauscher fut accusé de complot en vue de saboter le canal Welland au Canada, tout comme Franz von Papen (alors attaché militaire et futur chancelier allemand). Hans fut mis en examen mais acquitté par un jury fédéral. Après l’entrée des États-Unis dans la Première Guerre mondiale en 1917, le Metropolitan Opera a suspendu les représentations d’œuvres du répertoire allemand. Gadski a eu le choix de démissionner ou d’être renvoyée du Met en raison de ses liens allemands. La légende raconte qu’elle a été expulsée des États-Unis en tant qu’étrangère ennemie, mais il semble qu’en fait elle a passé la durée de la guerre à vivre tranquillement à New-York et au lac Spofford dans le New Hampshire, et qu’elle n’est retournée en Allemagne qu’en 1922. Gadski n’a repris sa carrière professionnelle de concert aux États-Unis qu’en 1921 en raison du sentiment anti-allemand de l’immédiate après-guerre.

Johanna Gadski
Johanna Gadski

La guerre l’ayant forcée à rester inactive pendant toute sa durée, elle n’a plus chanté à New-York avant de donner un récital au Carnegie Hall le 30 octobre 1921. Elle a continué ses tournées de concerts d’un océan à l’autre ainsi qu’aux États-Unis et dans certaines parties du Canada tout au long des années 1920. Elle n’a chanté de nouveau dans l’opéra qu’en 1929, lorsqu’un riche ami de New-York a finança la «German Grand Opera Company», avec Gadski comme attraction vedette, chantant Brünnhilde dans le cycle du Ring et occasionnellement Isolde et Senta. La compagnie comprenait de nombreux autres chanteurs importants, tels que Karl Jörn, Johannes Sembach, Margarete Bäumer, Carl Braun et Ottilie Metzger, pour n’en nommer que quelques-uns. Elle suscita un grand succès à New York et dans les villes, grandes et petites, des États-Unis, pendant trois saisons consécutives. À cette date tardive, cependant, sa voix était érodée par l’âge et une utilisation intensive au cours de ses premières années. 

Gadski était de passage en Allemagne lorsqu’elle fut tuée dans un accident de voiture à Berlin le 22 février 1932. Lors de ses funérailles, c’est le chef d’orchestre et compositeur Max von Schillings qui prononça son éloge funèbre.

Johanna Gadski
Johanna Gadski écoutant un enregistrement

Johanna Gadski avait une voix sûre, puissante et sonnante, une excellente musicalité et une très bonne technique. Ces qualités lui ont permis de profiter d’une carrière de haut vol à New-York et à Londres, en jouant de lourds rôles dramatiques dans les répertoires allemand et italien. Lorsqu’elle a rejoint le Metropolitan Opera de New-York en 1900, elle est devenue l’une des principales sopranos wagnériennes de la compagnie, même si elle a également interprété Mozart et Mahler. Également récitaliste, Gadski a été l’une des rares à inclure des morceaux de compositeurs américains à son programme. De nombreux enregistrements montrent qu’elle avait une grande voix avec un ton pur. Pour une soprano dramatique de son époque, Gadski a fait un nombre inhabituellement élevé d’enregistrements et fut l’un des chanteurs les mieux représentés sur les premiers disques. Ses enregistrements complets de Victor ont été réédités par Marston Records sur deux ensembles de CD multi-disques. Ces ensembles contiennent également les cylindres Mapleson de sa voix qui ont été enregistrés en direct à partir de la scène du Metropolitan Opera House pendant les premières années du XXème siècle.

La technologie de son temps a rendu une voix de la taille de Gadski assez difficile à enregistrer; en particulier ses notes de tête donnent la fausse illusion d’être faibles, alors qu’en fait elle fut obligée de les chanter ainsi uniquement afin de ne pas saturer les fragiles enregistrements maîtres en cire. Ce ne fut pas toujours le cas, et certains des extraits les plus dramatiques de Wagner furent captés avec succès pour la postérité. “Ho-jo-to-ho!” de Brünnhilde résonne pleinement et brillamment dans un certain nombre de versions, en particulier la première (enregistrée avec accompagnement au piano en 1903) et la dernière (réalisée avec un orchestre en 1916).

Elle enregistra largement son répertoire wagnérien: Senta, Elsa, Eva et Elisabeth sont toutes représentées. La ballade de Senta est l’un de ses enregistrements les plus réussis: il n’y a pas de précipitation du tempo, et ses tons vont d’attaques audacieuses à une caresse délicate de la musique. Quatre extraits du rôle d’Elisabeth sont magiques pour les mêmes raisons. Mais elle enregistra aussi d’autres répertoires. À New-York, Londres et Berlin, elle était célèbre pour son interprétation de Aida et ce rôle est très bien représenté sur les disques. On peut entendre un certain nombre de duos avec Caruso, Louise Homer et Pasquale Amato qui sont des révélations. Toujours avec Amato, elle enregistra la confrontation Leonora-di Luna de Il Trovatore, qui, malgré l’époque, est considérée par beaucoup comme l’enregistrement définitif de la scène. Malheureusement, Gadski omet le haut bémol à la fin, alors que sur scène il faisait l’éloge des critiques (encore une probable contingence des techniques d’enregistrement de l’époque). Dans Amelia (Un Ballo in Maschera), elle démontre le véritable potentiel dramatique du «récitatif». Les rôles de Mozart, une autre de ses spécialités, sonnent par contre trop souvent à bout de souffle, en particulier son “Porgi amor” (Nozze di Figaro) et “Ah lo so” (Die Zauberflöte) (chanté en italien), tandis que les autres sont souvent gâtés par le chant sec d’Otto Goritz.