Frida Leider 1888-1975

Frida Leider est considérée par beaucoup de critiques comme la meilleure soprano wagnérienne de l’entre-deux guerres. Ses rôles les plus célèbres sont Isolde et Brünnhilde, Leonore (Fidelio de Beethoven), Donna Anna (Mozart), Aida et Leonora de Verdi. Elle a réalisé plus de 80 enregistrements, principalement pour Polydor et HMV.

Frida Leider naquit le 18 avril 1888 pendant le court règne (99 jours) de l’empereur Frédéric III, à Berlin, Granseer Str.9, près d’Arkonaplatz. Elle était la fille unique de Ernst Leider, charpentier, et de son épouse Anna, née Redlich. Bien que vivant très modestement, les parents travaillaient dur pour assurer une excellente éducation à leur fille.

Frida Leider, enfant.

Frida devait devenir enseignante mais sa formation fut interrompue à la suite du décès prématuré de son père. Au lieu de cela, elle dut commencer à travailler comme employée de banque. C’est alors qu’elle prit la décision de devenir chanteuse et elle s’y tint malgré les difficultés financières. 

Elle prit des cours de chant avec divers professeurs dont Otto Schwarz et put faire des débuts en 1915 dans le rôle de Vénus (Tannhäuser) à Halle. Ce sont ses professeurs qui ont initié son identification étroite avec la musique de Wagner.  

Frida Leider: en haut dans le rôle de Brünnhilde, en bas dans celui d’Isolde
Frida Leider dans Aida de Verdi

Après plusieurs engagements de courte durée à Rostock et à Königsberg, elle fut finalement engagée à l’opéra de Hambourg où elle débuta dans Léonore (Il Trovatore) puis Aida. A Hambourg, elle eut la difficile tâche de succéder à Thea Drill-Oridge. Le soir où elle chanta Isolde pour la première fois, elle se sentait en superbe forme, sa voix portait dans tout le théâtre sans efforts, et elle sentait une vague de sympathie venant du chef d’orchestre. Löwenfeld, le directeur de l’opéra, hors d’haleine, se précipita vers elle à la fin du premier acte: «Leider, vous êtes merveilleuse. Je ferai de vous la plus grande Isolde ne notre temps». Le public de Hambourg, connu pour ses réticences, lui fît de longues ovations à la fin de la représentation. Au cours des années 1919 à 1923, elle se constitua un large répertoire comprenant des rôles aussi divers que Norma, la comtesse (les Noces de Figaro) et eut l’occasion de réaliser de nombreux enregistrements pour Deutsche Grammophon. Dès 1921, elle concrétisa son rêve d’entrer au Berliner Staatsoper même si elle dut attendre jusqu’en 1923 pour remplir cet engagement car elle était devenue totalement irremplaçable à l’opéra de Hambourg. Elle fut engagée à Berlin par le directeur et compositeur Max von Schillings. Elle y débuta dans le rôle de Léonore sous la direction d’Erich Kleiber.

Frida Leider en 1935

Sa carrière internationale commença à la suite de ses premiers grands succès à Berlin. Son premier rôle à Covent Garden fut Isolde. C’est son rôle d’Isolde au Covent Garden de Londres qui fît d’elle une cantatrice mondialement réclamée. Elle y chanta de 1924 à 1938. D’année en année, le lieu lui devenait de plus en plus chaleureux et accueillant, plus que n’importe quel autre opéra dans le monde. Elle partageait l’admiration du public avec Lotte Lehmann, Lauritz Melchior, Friedrich Schorr.  Après sa première apparition à Covent Garden en 1924, elle se rendit à Zoppot (actuellement Sopot en Pologne) pour chanter Brünnhilde sous la direction d’Erich Kleiber. La différence de température lui fit prendre froid. Cinq représentations étaient prévues. Kleiber était dans tous ses états, le directeur du théâtre la supplia de ne pas annuler, à aucun prix. Le matin de la première représentation, Kleiber fit éruption dans sa chambre avec un pot de cornichons aigres: «Mange ça et tu seras OK ce soir»; elle était totalement désemparée. La préoccupation première de Leider était le Ho-Jo-To-Ho; elle pouvait faire face au reste. Dans l’après-midi, elle alla marcher dans la forêt proche de son hôtel. Revenue, elle se sentit totalement seule, alors elle se concentra afin de s’élever au-dessus de son indisposition. A sa surprise les choses se passèrent mieux qu’elle ne s’y attendait. Son état s’améliora d’une représentation à l’autre, et le succès l’aida à se retrouver rapidement elle-même. Indestructible.

Il existe un enregistrement de la totalité du deuxième acte du Crépuscule des dieux d’une représentation au Covent Garden en 1938. Leider et Melchior sont Brünnhilde et Siegfried, Herbert Janssen est Gunther, Ludwig Weber Hagen, Alois Pernerstorfer Alberich, Maria Nizadal Gutrune, les choeurs et l’orchestre du Royal Opéra du Covent dirigés par Furtwängler. Lors de la réédition de cet enregistrement en 2012 le critique Henry Fogel écrivait dans Fanfare la grande revue américaine de musique classique: «Cet enregistrement de Frida Leider est déjà un évènement car ses enregistrements ‘’live’’ sont rares. Mais c’est un évènement parce que c’est magnifiquement chanté, avec chaleur, avec une tonalité pleine, une montée en noblesse qui laisse l’auditeur ébahi. Le registre haut sonne librement, la tonalité est solide, en bas, en haut, elle chante avec présence et intensité. Il y a une chaleur dans la voix, un rayonnement qui est unique. Ni Flagstad, ni Nilsson ne peuvent reproduire ces qualités à un tel degré ». Au moment de la représentation Pitts Sanborm écrivait dans le Times : « Je suppose qu’il faut revenir à Lilli Lehmann pour trouver une autre soprano qui délivre la musique avec une telle perfection du phrasé et des nuances, avec un sens de la conception du rôle aussi sûr, avec une telle subtilité et une telle noblesse dans l’expression, avec un tel contrôle affirmé de ses ressources vocales ».

Pendant quatre saisons, elle fut une artiste très acclamée à l’Opéra de Chicago où elle chanta Brünnhilde, Isolde, Vénus, Léonore, Amélia, Kundry, la Maréchale et Mona Lisa. Elle fit ses débuts au Met de New-York en 1933 dans le rôle d’Isolde en compagnie de Lauritz Melchior, sous la direction d’ Artur Bodanzky dirigeait. Gatti-Casazza, depuis longtemps déjà directeur du Met, resta sur le côté de la scène durant toute la représentation, et descendait lui-même le rideau à la fin de chaque acte. La presse, le lendemain, était admirative de sa prestation. A la suite de quoi, elle eut le privilège, toujours avec Lauritz Melchior, d’être invitée à chanter lors des matinées des Bagby concerts, du nom de son instigateur. L’intention était de faire connaître les musiciens les plus appréciés de l’époque à la haute société américaine. En ce mois de janvier 1933, elle chanta Brünnhilde et Kundry se hissant ainsi au niveau des plus grands interprètes du Metropolitan.

Elle chanta également au Teatro Colón de Buenos Aires, à La Scala de Milan, dans les Opéras de Vienne et de Munich et dans de nombreux autres Opéras importants. Naturellement, elle fut au Festival de Bayreuth la soprano vedette inégalée des années 1930 (Brünnhilde et Kundry).  De 1924 à 1938 elle devint la célèbre star des représentations de Wagner au Royal Opera House Covent Garden à Londres tout en y chantant aussi Donna Anna (Mozart), Armida (Gluck) et y fut particulièrement célébrée en Leonora.

Friedelind Wagner à gauche (petite-fille de Richard Wagner et arrière petite-fille de Franz Liszt, connue comme étant la seule de la famille Wagner à s’être opposée au régime nazi), Rudolf Deman, Frida Leider (à droite) à Bayreuth en 1934.
Rudolph Deman, époux de Frida Leider

Frida Leider avait épousé le professeur Rudolf Deman, premier violon de l’Opéra d’État de Berlin. Le couple n’eut pas d’enfants. Mais Deman était juif et après la prise du pouvoir par Hitler, lui et sa femme furent de plus en plus mis sous pression. Ces événements empêchèrent Frida d’obtenir de nouveaux contrats et du souffrir souffrir de l’attitude de collègues proches du régime nazi. Ce fut le le 30 janvier 1933 au matin, que son mari la réveilla pour lui annoncer qu’Hitler était devenu le chancelier de l’Allemagne. Ils ne rentrèrent pas tout de suite dans leur pays car elle avait de nombreux contrats à honorer, à Monte-Carlo, à Paris, à Londres. C’est à Paris qu’ils en surent davantage sur la situation en Allemagne. Ce qu’ils apprirent était confus et contradictoire. Tietjen, qui dirigeait les destinées de tous les opéras d’Etat depuis 1929-30, dont Bayreuth, envoya un télégramme pour lui faire venir chanter Kundry, à Pâques, au Staatsopera de Berlin. le couple décida de rentrer à Berlin sans retard. Frida Leider trouva des changements angoissants dans sa ville natale. Des drapeaux à croix gammée flottaient partout, les rues étaient pleines d’hommes en tenue de troupes de choc. Goering avait la responsabilité de tous les théâtres de la capitale. Un imperceptible malaise commença à s’installer parmi les artistes.

Frida Leider dans le rôle d’Isolde

Tietjen avait de grands projets pour la nouvelle saison de Bayreuth sous régime nazi. Avant tout, il voulait que Frida Leider y prenne part. Lauritz Melchior, quant à lui, invité pour chanter Siegfried, déclina la proposition et fut remplacé par le jeune Max Lorenz. Frida Leider et son mari eurent une longue discussion avec Tietjen sur la situation politique. Goering lui avait donné des pouvoirs que nul autre directeur n’avait jamais eu avant lui. Il était très optimiste pour la suite de la situation. Son talent diplomatique leur fit abandonner leurs scrupules. Frida fut très impressionnée par les ambitieux projets de Tietjen pour Bayreuth. Elle fut convaincue que le Festival atteindrait l’excellence si ses idées se réalisaient. Et en effet, les plus grands chanteurs wagnériens du moment se plièrent à des répétitions longues et intenses. Ils en furent récompensés par l’exceptionnelle qualité des représentations de cette année 1933. Des artistes juifs, depuis longtemps membres du Berlin Staatsoper, comme Emanuel List ou Alexander Kipnis n’avaient pas encore été révoqués. Mais lorsqu’à l’automne elle se rendit à New-York pour la nouvelle saison du Metropolitan, Gatti-Casazza la reçut avec froideur, désapprouvant son engagement au Bayreuth de 1933.

Frida Leider et la famille Wagner, W. Furtwängler et Max Lorenz à Bayreuth
Frida Leider à droite, son mari Rudolf Deman au centre 
en compagnie de Winifred Wagner

Quand elle quitta New-York au début avril 1934, elle n’était pas sûre d’y revenir bien que le contrat pour la saison suivante fût signé. Elle traversa l’océan poursuivie par bien de pensées dérangeantes. De retour en Allemagne, Tietjen persistait à la rassurer de la situation politique, et elle, en conséquence, de tenter de dissiper les craintes de son mari. On faisait bénéficier les artistes lyriques de hauts salaires, tout en resserrant leur autonomie. Il lui fût interdit, désormais de se rendre en Amérique. Le cœur en peine, elle résilia ses contrats au Met pour les années à venir, bien que l’Opéra persista à lui faire des avances. Sa carrière, dans les années qui suivirent put prendre l’apparence d’une normalité dans la mesure où elle pouvait aller chanter à Paris, à Londres, partout où elle était demandée. Mais cette pseudo normalité était environnée par un climat lourd et pernicieux qui envahissait les esprits tout en entretenant un insupportable non-dit. De retour dans le même train que Furtwängler à la suite d’une représentation de Tristan à Zurich, elle trouva ce dernier profondément affecté par la fuite de sa secrétaire de toujours, Berta Geismar, pour Londres. Il avait devant lui un paquet de lettres non ouvertes, Frida les repoussa dans un coin en lui disant que tous deux avaient besoin de beaucoup de repos. Sous la direction de Furtwängler le Staatsoper de Berlin restait à un haut niveau d’exécution. Son attitude totalement apolitique lui évitait tout réel conflit avec le pouvoir nazi. Mais nul ne pouvait éviter de voir que l’art se subordonnait à la politique. En dépit des assurances répétées de la part de la direction de l’opéra, Frida Leider et Rudolf Deman sentaient que le filet se resserrait autour d’eux.

Frida Leider , Max Lorenz dans le Crépuscule des Dieux,

Le séjour de l’ensemble des interprètes de Bayreuth, à l’occasion de l’exposition universelle de 1937, à Paris, se révéla particulièrement lugubre. L’enthousiasme que Frida Leider avait suscité en 1933 était révolu. Quelques très rares amis lui rendirent visite durant son séjour mais beaucoup la dédaignèrent. Elle évita toutes les réceptions officielles.

 L’été 1938 vit sa dernière apparition à Bayreuth, une violente crise de nerfs l’obligea à renoncer à une représentation de Tristan. Un tel abandon était plus que rare à Bayreuth, mais il ne surprit pas Tietjen quand Rudolf Deman le lui apprit. Une violente altercation s’en suivit qui n’arrangea pas l’état de la chanteuse. Leider et Deman partirent immédiatement pour Berlin. Cependant, en partie remise, elle revint tenir son rôle pour les dernières représentations. Mais l’incident ne fût pas sans conséquences. Frieda Leider ne se sentit plus capable d’endurer la situation qu’elle vivait depuis 1933. Elle tomba sérieusement malade.

Au début, la nationalité autrichienne de Deman lui offrait une certaine protection, mais après l’«Anschluss» en 1938, (l’unification de l’État autrichien et allemand), il se trouva en grand danger et parvint à fuir en Suisse au tout dernier moment. Frida, ne put suivre son mari qui prenait de toute urgence la route de l’exil. Outre son état de santé, une autre raison explique ce non-départ. La saison du Staatsoper de Berlin ouvrait avec Tristan, sous la direction de Furtwängler et la mise en scène de Tietjen. Elle-même dit que ce fût sa plus belle prestation : «J’étais, artistiquement, au point le plus élevé de ma carrière, et ma seule pensée était de faire de cette Isolde, à la fois musicalement et dramatiquement, ce qui viendrait du plus profond de mon être. Il est difficile d’expliquer comment je m’y pris pour y arriver, mais je réussis à accomplir ce miracle. Peut-être était-ce le purgatoire de la vie à ce moment-là, ou peut-être l’inexhaustible talent dont me gratifia la nature. Lors de cette soirée inoubliable, je sentis que j’avais atteint le pinacle de ma carrière».

La guerre éclata. Elle dut s’aliter pour de nombreux mois. Quand elle fût capable de reprendre son activité au Staatsoper, tout avait définitivement changé. Elle devait affronter une atmosphère glaciale et l’hostilité de tous ses anciens partenaires. Elle continua néanmoins à vouloir persévérer dans sa carrière au cours des premières années de la guerre. Elle fût même autorisée à donner des représentations du Götterdämmerung à Gênes et à Bologne en compagnie de Max Lorenz. Ce déplacement lui permit de revoir son mari qui se morfondait en Suisse, n’étant pas autorisé à travailler. Elle retourna malgré tout en Allemagne.

Frida Leider

Les opportunités d’opéra se faisant plus rares pendant les années de guerre, le professeur Michael Raucheisen, célèbre pianiste et accompagnateur, parvint à convaincre Frida de se tourner vers le lied où elle atteint très vite le plus haut niveau de perfection comme en témoignent les enregistrements dont nous disposons. Estimant que sa notoriété n’avait nullement baissée, et accepta de faire une tournée dans l’est de la Prusse, durant l’hiver 1941-42. Confrontée à l’état des soldats revenant du front russe, elle eut la conviction du désastre à venir.

Dès lors, une bien étrange conjonction se fit entre l’écroulement progressif du Reich, la persévérance de Frida Leider à continuer à donner des concerts, et la dégradation de sa santé. Au gré des bombardements alliés, les salles de concerts berlinoises furent étaient détruites les unes après les autres: la Philarmonie, la Beethovensaal, la Hochschulsaal. Elle donna un ultime récital le 21 novembre 1943, à la Singakademie. La salle était pleine. Elle chanta des lieder de Brahms, le Winterreise, et termina par le lied d’Hugo Wolf, Blumengrusse. Rentrée chez elle à Pausin, elle fut réveillée par les vagues de bombardiers et le bruit des bombes qui tombaient sur Berlin, à quarante kilomètres de là. Cette fois-là, ce fût le tour de la Singakademie  d’être détruite.

L’hiver 1943-44 vit l’agonie de l’Allemagne en même temps que le sentiment de perdition de plus en plus grand de Frida Leider. Elle persistait parfois à s’égarer dans Berlin dévasté pour finir par y renoncer, ayant été surprise une fois par un violent bombardement. C’est encore un mystère, confia-t-elle, qu’elle put y survivre, émergeant après des heures passées dans «une cachette étrange et rudimentaire».

L’attentat contre Hitler échoua et Goebbels déclara la guerre totale. Privée de la scène et du chant, confinée dans son village avec sa mère, elle se réfugia dans la peinture. Elle commença par l’aquarelle, s’astreignant à la reproduction fidèle de fleurs, de branches, de tout ce que la nature autour d’elle lui offrait. Elle y trouva consolation et évasion de la réalité, ce qui lui permit d’attendre la fin de la guerre, de voir le retour de son mari, et de se livrer à de nouvelles activités musicales par des leçons de chant données à la nouvelle génération comme Dietrich Fischer-Dieskau qui fut sont élève.

Frida Leider dans divers rôles (de haut en bas et de gauche à droite): Santuzza, Donna Anna, La Contesse, Martha (Tiefland), Leonore, Donna Anna, Aida, Kundry.

Après la capitulation allemande en 1945, Leider revint dans sa maison de campagne à Pausin, un petit village proche de Berlin où elle survécut aux bombardements. Lorsque l’armée russe occupa cette partie de l’Allemagne, la maison de Leider fut confisquée et elle dut retourner dans une ville de Berlin totalement détruite. Elle raconte dans son autobiographie: «La victoire était proche. Un matin un régiment de cosaques, s’étant enivrés pour fêter la victoire, surgit au galop de leurs chevaux dans la propriété, faisant craindre le pire. Un officier fit seulement savoir au docteur que tout le monde devait quitter les lieux. Tous s’éparpillèrent, poursuivis par le fracas des bombardements, les tirs des canons et des tanks. Ils trouvèrent refuge dans des fermes alentours, dans des cabanes, dans les bois, survivant comme ils le purent, en proie à la faim et au froid, voyant Berlin en flammes dans le lointain, jusqu’au 8 mai 1945.»

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, la ville de Berlin fut dévastée. Cible de raids aériens anglais depuis 1940, visée de plus en plus fréquemment par les troupes alliées à mesure que le conflit avance, la capitale du IIIème Reich fut marquée par plusieurs épisodes. Si la bataille aérienne de Berlin, menée par les Britanniques et les Américains de novembre 1943 à mars 1944, causa d’importants dégâts, c’est surtout la période d’avril 1944 à avril 1945 qui vit les bombardements (russes, américains et anglais) s’intensifier et marquer véritablement la ville. Enfin, en avril-mai 1945, la bataille de Berlin, menée au sol par les troupes de l’Armée rouge soutenues par l’artillerie et les forces aériennes, acheva de réduire une partie de la ville en cendres et en ruines. On estime que les raids et les combats ont anéanti plus de six cent mille logements et bâtiments, soit plus du tiers de la cité (notamment le centre, détruit à 70 %), laissant d’impressionnants décombres dans une grande partie de la ville. À Berlin, les pertes humaines sont difficiles à estimer avec précision sur toute la durée du conflit: la seule bataille de Berlin aurait causé près de soixante mille morts chez les soldats, plusieurs dizaines de milliers chez les civils, sans oublier de très nombreuses arrestations, les blessés et les sans-abri.

Berlin en ruines
Ruines du Staatsoper de Berlin, en 1946

Le Staatsoper qui était également détruit, trouva refuge à l’Admiralspalast comme solution temporaire et recommença à jouer dans des conditions primitives incroyables. Leider s’est vue proposer un contrat en qualité de soprano dramatique, mais en cette période difficile, elle choisit de se diriger vers l’enseignement et la mise en scène. Parmi ses réussites, on doit citer une production de Tristan und Isolde en 1947, dirigée par Wilhelm Furtwängler, et qui devint l’un des moments forts de l’histoire de l’opéra de Berlin après la guerre. Leider travailla finalement comme professeur de chant au Collège de musique de Berlin de 1948 à 1958. Sa dernière apparition publique en tant que chanteuse eut lieu lors d’un concert au Théâtre Renaissance avec sa collègue et amie Margarete Klose le 10 février 1946. Elle publia son autobiographie en 1959 intitulée «Das war mein Teilè».

La tombe de Frida Leider à Berlin

Frida Leider est décédée après une vie riche et pleine le 4 juin 1975 dans sa ville natale de Berlin. Elle repose au cimetière Heerstraße, près du stade olympique.

Frida Leider avait une voix riche, vibrante, d’une forte intensité dramatique et eut peu de rivales pour les rôles de Brünnhilde et Isolde durant l’entre-deux guerres. Elle fit observer à plusieurs reprises que, contrairement à beaucoup d’autres sopranos à grande voix, elle n’a pas commencé par le répertoire lyrique mais a utilisé un instrument dramatique complet dès le début de sa carrière.  Bien qu’elle ne soit représentée sur disque par aucune intégrale, elle nous a laissé d’assez nombreux enregistrements d’airs d’opéra et de lieder. Dans les années 1920, Frida Leider alternait les rôles wagnériens avec Florence Austral à Covent Garden, et toutes deux enregistrèrent de larges extraits de la Tétralogie pour La Voix de son maître.

Frida Leider