Fritz Wunderlich 1930-1966

Le ténor allemand Fritz Wunderlich fut l’un des plus grands chanteurs lyriques du XXème siècle bien qu’il ait été fauché en pleine jeunesse, à l’âge de 35 ans. Il reste célèbre pour ses interprétations du répertoire de Mozart et de divers lieder.

Friedrich “Fritz” Karl Otto Wunderlich naquit le 26 septembre 1930 à Kusel dans une modeste famille de musiciens. Le père était violoncelliste, chef d’orchestre et chef de chœur, et la mère était violoniste.

Fritz Wunderlich jeune
Fritz Wunderlich jouant du cor. Cet entraînement explique sa longueur de souffle presque surnaturelle. 

Son père se retrouva sans travail en raison de pressions exercées par les nazis locaux. Souffrant de plus des séquelles d’une blessure de guerre, il se suicida alors que Fritz n’avait que cinq ans. La disparition du père plongea la famille dans une grande précarité financière. Le jeune Fritz dut rapidement gagner sa vie en travaillant dans une boulangerie. Après la fin de ses études secondaires, le jeune Fritz fréquenta l’Académie pédagogique de la Landschaftstrasse jusqu’à ce qu’il se rende à Fribourg en 1950. C’est le professeur Müller-Blattau qui lui conseilla de se rendre à la Musikhochschule de Freiburg en Breisgau. En 1950, il obtint une bourse pour la Musikhochschule où il aura pour professeur Margarethe von Winterfeldt qui découvrit sa voix et le forma au chant jusqu’en 1955. Il apprit le piano avec Friedrich Finke. Wunderlich se destinait d’abord au cor avec Lothar Leonards, et une de ses qualités souvent soulignée par la suite sera justement sa longueur de souffle presque surnaturelle. 

Wunderlich dans la Flûte enchantée de Mozart

En 1955, il fit ses débuts à l’opéra de Stuttggart dans le rôle d’Ulrich Eisslinger des Maîtres Chanteurs de Nuremberg de Wagner. Il attira bientôt l’attention sur lui en acceptant de remplacer au pied levé un collègue qui devait chanter Tamino dans La Flûte Enchantée de Mozart. C’est dans ce rôle qu’il fit ses véritables débuts et ce sera aussi celui dans lequel il fera sa dernière apparition en 1966, au Festival d’Edimbourg.

En 1958, il fut de nouveau Tamino au Festival d’Aix-en-Provence et en 1959 sa renommée prit un nouvel essor après ses débuts au Festival de Salzbourg en Henry Morosus dans La Femme silencieuse (Die schweigsame Frau) de Richard Strauss. Adulé par le public, Wunderlich devint un habitué de Salzbourg où il se produira régulièrement jusqu’à sa mort en 1966. En 1959, le ténor rejoignit les Opéras de Munich et de Vienne auxquels il restera associé jusqu’à sa disparition. Il aborda alors le répertoire italien avec un brio qui lui valut de recevoir deux ans plus tard le titre de Kammersänger. A ses rôles mozartiens, Wunderlich ajouta ceux du comte Almaviva (Le Barbier de Séville) et d’Alfredo (Traviata). Il participe également à la création d’œuvres contemporaines en chantant pour la première fois le rôle de Tirésias (Œdipe le Tyran de Carl Orff) en 1960 et celui de Christophe (Les Noces de Saint-Domingue de Werner Egk) en 1963. Il reprendra aussi le rôle-titre de Palestrina de Hans Pfitzner. En dehors de l’opéra, Fritz Wunderlich se consacra aux répertoire de lieder et d’oratorios, en tenant par exemple, le rôle de l’Evangéliste dans la Passion selon saint Matthieu de Bach.

En 1956, il épouse la harpiste Eva Jungnitsch, avec qui il eut trois enfants: Constanze, Wolfgang et Barbara, en 1957, 1959 et 1964. La famille vécut d’abord à Stuttgart avant de s’établir à Munich.

Eva Jungnitsch à gauche. A droite, Fritz Wunderlich en famille
Fritz Wunderlich et son ami Herman Prey


Wunderlich est venu au lied et aux récitals relativement tard car il considérait que pour aborder ce genre il était important de maîtriser parfaitement sa voix. Il voulait attendre d’être prêt et afin d’améliorer encore son style de chant pour le lied, Wunderlich a demandé l’aide du pianiste Hubert Giesen sur les conseils de son ami, le baryton Hermann Prey. Bien que Giesen ne veuille pas être considéré comme son professeur, Wunderlich se décrit comme son élève. Les deux ont travaillé en étroite collaboration. Dans son autobiographie, Giesen rappelle la dernière soirée de récital avec Wunderlich à Édimbourg: «Après le concert d’Edimbourg, je lui ai dit: Fritz, tu as si merveilleusement chanté aujourd’hui et nous étions une telle unité que je pense que tu es parfait maintenant. Je ne peux rien te dire de plus. Il était en colère contre moi et m’a crié: Quoi, tu ne veux plus rien me dire de plus? Tant que tu vivras, je resterai ton élève! Tu me dis tout ce que tu sais, et si je chante un peu moins bien, tu dois jouer encore mieux pour ne pas l’entendre».

En 1965, Wunderlich franchit une nouvelle étape avec ses débuts au Covent Garden de Londres dans le Don Giovanni de Mozart. L’été 1966 lui permit de triompher encore une fois dans La Flûte Enchantée au Festival d’Edimbourg. Il dut bientôt se produire au Metropolitan Opera de New-York dans Don Giovanni. Avant d’aborder ce nouveau défi, le ténor séjourna chez des amis à Heildeberg où il espérait pouvoir s’adonner à l’un de ses grands plaisirs, la chasse. Mais un soir, il fit une chute mortelle dans l’escalier de ses hôtes et il décéda le 17 septembre 1966, une semaine avant son 36ème anniversaire, à la clinique où il avait été transporté. Il est enterré au cimetière Waldfriedhof de Munich.

Hubert Giesen et Fritz Wunderlich

Wunderlich a trouvé la mort à un âge où la plupart des chanteurs commencent à s’imposer. A 35 ans, il avait déjà acquis une immense notoriété basée essentiellement sur ses interprétations des rôles mozartiens où il excellait, avec la beauté d’un timbre lumineux et un naturel plein d’allant. Il s’était imposé comme le meilleur ténor lyrique léger allemand de sa génération, par l’ampleur de sa voix et l’intensité de l’expression, restituant aux héros mozartiens une vitalité et un enthousiasme trop souvent édulcorés. Une abondante discographie nous restitue aujourd’hui toute la puissance expressive de ce ténor lyrique à la carrière aussi exceptionnelle que brève.  On y distingue deux intégrales de ses deux titres de prédilection : La Flûte Enchantée en 1964 avec Karl Böhm, et L’Enlèvement au Sérail avec Eugen Jochum en 1965.  

Tombe de Fritz Wunderlich au cimetière Waldfriedhof de Munich.