Martha Mödl 1912-2001

Martha Mödl est une mezzo-soprano allemande, puis soprano dramatique, spécialiste des grands rôles wagnériens (Isolde, Kundry, Brünnhilde). Elle est considérée, avec Astrid Varnay et Birgit Nilsson, comme l’une des trois sopranos Wagneriennes majeures de l’opéra d’après-guerre.

Martha Mödl naquit à Nuremberg le 17 décembre 1912. Elle travailla une grande partie de sa jeunesse comme comptable et secrétaire. Tardivement, à l’âge de 28 ans, elle commença des études de chant au Conservatoire de sa ville natale dans la tessiture de mezzo-soprano. Après ses débuts dans Hänsel à Remscheid en 1942, elle ajouta ensuite Cherubino, Mignon et Azucena à ses rôles. Peu de temps après, sa carrière connut un arrêt temporaire, pendant la guerre, lorsqu’elle fut enrôlée pour travailler dans une usine de munitions.

Martha Mödl et Ramon Vinay dans
Tristan et Isolde, Bayreuth 1952

Après la guerre, en 1945, Mödl se produisit à l’opéra de Düsseldorf, où elle développa peu à peu une tessiture de soprano dramatique, soutenue par un vrai tempérament de tragédienne. Elle commença à interpréter Dorabella, Venus, Octavian, Eboli, Carmen et Klytemnestra. Le rôle de Marie (Wozzeck de Berg) qu’elle chanta pour la première fois en 1947, lui ouvrit la voie vers l’opéra du XXème siècle, dans lequel elle se spécialisa plus tard. Ce fut également sa première incursion vers la tessiture de soprano. Elle fut ensuite invitée à se produire dans Carmen à Covent Garden en 1949. En 1950, elle fit ses débuts à La Scala dans le rôle de Kundry. Sa Vénus à Hambourg ayant été remarquée par Wieland Wagner, ce dernier l’invita pour ce même rôle à Bayreuth en 1951 sous la direction de Hans Knappertsbusch. Elle fit ainsi partie du groupe de chanteurs appelé « Nouveau Bayreuth » lors de la réouverture du Festival en 1951, partageant souvent des rôles avec Astrid Varnay. Elle a ensuite interprété Isolde en 1952 avec Ramon Vinay sous la direction de Herbert von Karajan. En 1954, toujours à Bayreuth, elle chanta ensuite Isolde, Brünnhilde et même Sieglinde. On remarqua qu’elle était peut-être la seule soprano à avoir chanté les trois rôles féminins de Die Walküre à Bayreuth : Brünnhilde, Sieglinde et Fricka. Elle se produira à Bayreuth jusqu’en 1967.

Martha Mödl en 1959

Son début de carrière lui donna l’occasion d’endosser trois rôles verdiens: Lady Macbeth avec Joseph Keilberth au Staatsoper de Berlin (1951), le rôle de contralto d’Ulrica (Un Ballo in Maschera) en 1951), et Preziosilla (La Forza del Destino en 1952).

Elle rejoignit l’Opéra de Stuttgart et reprit le rôle d’Isolde à la télévision avec Leonard Bernstein. Son Fidelio avec Wilhelm Furtwängler de 1953 (enregistré en direct avant d’être finalement enregistré en studio) reste une référence, bien qu’elle ait également enregistré le rôle avec Karajan. Elle participa ensuite à la réouverture du Wiener Staatsoper, en 1955, sous la direction de Karl Böhm, toujours dans Fidelio. Elle fit ses débuts américains au Metropolitan Opera au cours de la saison 1956-1957 dans Siegfried  et Götterdämmerung. Elle y ajouta Isolde et Kundry en 1958, et y revint pour le  Ring et  Parsifal lors de la saison 1959-60. 

Martha Mödl en 2001
dans Boris Godounov

Au cours des années 1960 et consécutivement à l’exécution pendant une décennie d’ouvrages particulièrement lourds, elle ressentit des difficultés vocales. La fatigue se fit ressentir et l’aigu devint de plus en plus laborieux. Mödl ne vit alors d’autre solution que de revenir au répertoire de mezzo-soprano, dans des rôles de caractère, comme Klytemnestra (Elektra), la Comtesse (La Dame de Pique), The Nurse (Die Frau ohne Schatten) et Waltraute. En 1968, elle chanta le rôle de Ruth dans une production en langue allemande de The Pirates of Penzance de Gilbert et Sullivan, et en 1970, dans The Rise and Fall of the City of Mahagonny à Cologne. On la vit dans la comtesse de La Dame de Pique à Nice en 1989, rôle qu’elle jouait encore à Mannheim à l’âge de 87 ans. Elle n’a jamais pris sa retraite, continuant à se produire sur scène jusqu’à la fin de sa vie. 

Elle ne s’est jamais mariée et a vécu avec sa mère jusqu’à la mort de cette dernière en 1989. On connait peu de détails sur sa vie personnelle. 

Attitudes de Martha Mödl

Mödl était connue autant pour son intensité dramatique que pour sa voix puissante, qui trahissait parfois des difficultés dans le registre supérieur. Elle a commencé sa carrière dans des rôles de mezzo-soprano et y est retournée plus tard. Cela ne l’a pas empêchée d’être une Brünnhilde majeure et une Isolde célèbre à son apogée. Elle était une chanteuse intelligente qui développait pleinement le potentiel dramatique de chaque rôle. Furtwangler disait d’elle: «Les autres chanteurs peuvent chanter ce qu’ils aiment, vous les reconnaîtrez toujours. Avec Martha Mödl, sa voix s’identifiait si évidemment avec le rôle, que vous ne portez d’attention qu’au caractère du personnage» . Il est particulièrement frappant d’entendre comment, dans le rôle de Kundry, elle métamorphose sa voix en un mezzo-soprano parfaitement adapté à la dimension inquiétante et indécise du rôle. Ses années d’or bayreuthiennes vont de 1951 à 1957, puis elle sut adapter sa carrière à la conscience qu’elle avait de l’évolution de sa voix.  Pour elle, le chant relevait toujours plus de l’intuition que du savoir-faire technique. Lors d’un séminaire à l’abbaye de Royaumont, à la question posée par un journaliste concernant la technique de l’émotion dans la voix, Martha Mödl éclata de rire et répondit: «Comment, pourrais-je seulement enseigner le chant aux autres, alors que je ne sais même pas moi-même comment je m’y prends».