Julius Patzak 1898-1974

Jules Patzak était un ténor autrichien, parfait musicien mais chanteur autodidacte, doté d’une voix considérée comme “lyrico leggero”.

Julius Patzak naquit àVienne, en Autriche le 9 avril 1898. Son père, son grand-père et son arrière-grand-père étaient tous des instituteurs. Il a fréquenté l’école à Vienne, puis a accompli son service militaire dans ce qui était alors la Serbie. Sur les conseils de son père, il est devenu fonctionnaire et travailla au bureau du Conseil des jeunes de Vienne. Dans le même temps, il a assisté à des cours à l’Université de Vienne avec l’intention de devenir chef d’orchestre. Il a étudié la musicologie, le contrepoint, la composition et la direction d’orchestre avec Franz Schmidt, Guido Adler, Grädener, Wellesz et Mandyczewski. Cependant, Julius Patzak était destiné à une carrière différente. Bien qu’il se soit mis à chanter en autodidacte sans avoir jamais pris de cours de chant, ses dispositions vocales furent remarquées lors d’un concert amateur de la Société viennoise Schubert. En l’entendant, le directeur de l’Opéra de Reichenberg en Bohême l’engagea. Chanteur presque malgré lui, il y débuta en Radamès (Aïda), avant de gagner Brünn (aujourd’hui Brno, en République tchèque), puis, en 1928, il rejoignit le Bayerische Staatsoper de Munich où il devint l’un des ténors principaux de 1928 à 1945, occupant presque tous les emplois de ténor lyrique avec une affectation particulière pour les rôles mozartiens.  Il participa en outre aux premières munichoises de Das Herz de Pfitzner (1931), de Friedenstag de Richard Strauss (1938) et de Der Mond d’Orff (1939). 

La première femme de Julius Patzak, Hedwige, est décédée peu de temps après son déménagement à Munich.  Patzak a ensuite épousé Maria Walter, petite-fille du célèbre ténor de Bohême, Gustav Walter. Le couple eut une fille. 

Portraits de Julius Patzak

En 1946, il est nommé à l’Opéra d’État de Vienne, dont il fut membre jusqu’en 1959. Au cours de longues tournées de concerts, il a acquis la réputation d’être l’un des ténors de premier plan de son époque. Il a chanté au Covent Garden de Londres le rôle de Tamino en 1938, 1951 et 1954, de Florestan (Fidelio) en 1947 avec l’ensemble de l’Opéra d’État de Vienne, de Herod dans Salomé, et d’Hoffmann (Les contes d’Hoffmann). Il a participé au Festival de Salzbourg presque chaque année y donnant également des récitals. il y a également chanté le 6 août 1947 dans la première de l’opéra La mort de Danton de Gottfried von Eine, et en 1949-1950, le rôle titre de La clemenza di Tito et en 1950 dans Le viol de Lucrèce de Benjamin Britten. 

En 1949, il reçut le titre autrichien de Kammersänger. Sa très solide formation musicale en a fait un chanteur de concert très apprécié des plus grands chefs, particulièrement pour les passions de Bach. Son interprétation du Chant de la terre de Malher, aux côtés de Kathleen Ferrier et sous la direction de Bruno Walter (le chef qui avait assuré la création de l’œuvre en 1911), fait figure de référence dans la discographie. Sa contribution, amplement attestée par le disque, à l’art du Lied est l’une des plus importantes de son époque. Des soixante-dix rôles qu’il interpréta, l’enregistrement a conservé son Florestan (Fidelio de Beethoven), son Hérode (Salomé de Richard Strauss) et son Palestrina de Pfitzner.

Patzak se limita principalement à l’Allemagne et à l’Autriche. A part Londres, un seul engagement l’a amené en Amérique, pour le Festival de mai de Cincinnati en 1954 lorsque Joseph Krips en était le directeur.

Des apparitions fréquentes à la radio et plus tard à la télévision ont encore accru la popularité de Patzak. Il resta à l’Opéra d’État de Vienne jusqu’en 1959. Il continua à chanter dans divers opéras en tant qu’invité jusqu’en 1965. Il avait un répertoire de quelque 70 rôles qui allaient du Singspiel à l’opérette en passant par les rôles les plus légers de Wagner et Richard Strauss, jusqu’à Verdi, Puccini et Mussorgsky. Il était très demandé en tant que soliste dans les oratorios et en tant que chanteur de lieder. À la fin de sa carrière, il était toujours un interprète merveilleusement subtil et élégant des chansons viennoises et il a également repris la direction d’orchestre. Jusqu’en 1960, il enseigna le chant et l’oratorio à l’Académie de musique de Vienne, puis au Mozarteum de Salzbourg. À partir de 1966, il vécut à la retraite à Rottach-Egern, en Bavière, où il est décédé le 26 janvier 1974.

Julius Patzak

Julius Patzak n’avait pas vraiment une belle voix, ni une grande voix: la projection en était courte et le timbre un peu nasal. Les notes aiguës étaient prises en voix de tête. Mais il transcendait ces défauts par la sensibilité, l’intelligence et une parfaite musicalité, le rendant capable de s’adapter à la fois à des rôles lyriques et dramatiques.  Avec lui, c’était l’âme même qui se faisait entendre. Parfaitement formé en tant que musicien, Patzak qui avait peu ou pas de formation technique dans les arts vocaux est devenu un favori du public de sa ville natale, juste derrière Richard Tauber, en tant que maître styliste du répertoire d’Europe centrale. Ses incursions dans l’opérette viennoise étaient exemplaires, pleines de caractère et de gestes adaptés, et chantées avec un sens immaculé à la fois de l’élégance et de la force. 

Avec le temps, sa voix s’élargit un peu et il était, dans ses années de Vienne, capable de rendre une plus grande justice aux rôles voulant à la fois une autorité expressive et une puissance vocale pure. Patzak est peut-être devenu le plus grand interprète de la Palestrina de Hans Pfitzner. C’était aussi un superbe Lohengrin, malgré l’absence d’un son vraiment sensuel.