Roberta Peters 1930-2017

Roberta Peters fut une éminente soprano colorature américaine reconnue pour ses 35 années d’association avec le Metropolitan Opera de New-York.

Elle naquit Roberta Petermann le 4 mai 1930 dans le Bronx à New-York. Elle était la fille unique de Ruth Hersch, modiste, et de Solomon Peterman, vendeur de chaussures. Sa famille était juive. Elle a grandi dans le Bronx, aimant chanter et rêvant de devenir une star. Ses parents ont fait de grands sacrifices financiers pour la préparer à une carrière musicale. Son grand-père, maître d’hôtel, qui connaissait le célèbre ténor Jan Peerce, le convainquit d’écouter sa petite-fille. Elle n’avait que 13 ans, mais Jan Peerce fut très impressionnée et s’arrangea pour qu’elle étudie avec William Herman, qui avait dirigé de nombreuses stars de l’opéra. Elle commença donc ses études de musique avec Herman, un professeur de chant connu pour sa méthode d’enseignement rigoureuse et approfondie. Au lieu de l’occuper uniquement avec des exercices vocaux, Herman a nourri une approche plus instrumentale, en faisant chanter des exercices à l’origine écrits pour clarinette. Une caractéristique du talent artistique de Peters, même dans la vieillesse, fut sa capacité à produire une longue ligne musicale, tout comme un joueur d’instrument à vent. Sous la férule de Herman, Peters a étudié en outre les langues française, allemande et italienne.

La méthode Pilates: Joseph Pilates et Roberta Peters photographiés pour Life magazine

Herman lui fit changer son nom de Roberta Petermann pour le nom de scène Roberta Peters. Il tenait aussi à ce qu’elle garde une bonne forme physique et lui fit pratiquer la méthode d’exercices Pilates avec son inventeur, Joseph Pilates en personne. Pilates est une méthode de renforcement des muscles profonds, responsables de la posture. Les muscles profonds sont les muscles qui se situent entre les côtes et le bassin, et tout autour de la colonne vertébrale (abdominaux, plancher pelvien et les muscles du dos). Ils constituent le centre d’énergie du corps, qui permet d’être plus fort et plus stable. Le Pilates est aussi une discipline permettant d’améliorer la conscience de son corps, de sa force et de ses limites pour mieux s’en servir. La méthode comprend plus de 500 exercices à effectuer dans un ordre bien précis qui sont basés sur la respiration, la concentration, la relaxation, le contrôle de soi, l’alignement, le centrage et la fluidité.

Après six ans de cette formation, Herman la présenta à l’impresario Sol Hurok, qui organisa une audition avec Rudolf Bing, directeur général du Metropolitan Opera. Bing lui demanda de chanter le deuxième air de la reine de la nuit de La Flûte enchantée (avec ses quatre contre fa), et cela à quatre reprises en l’écoutant de toutes les parties de la salle pour s’assurer que sa voix pouvait porter partout. Satisfait, Bing la programma pour chanter le rôle en février 1951. Mais, le 17 novembre 1950, Bing lui téléphona pour lui demander si elle pouvait remplacer Nadine Conner, qui était malade, dans Zerlina (Don Giovanni). Peters qui connaissait le rôle, mais n’avait jamais joué sur scène, ou même chanté avec un orchestre complet, accepta. Fritz Reiner était le chef d’orchestre cette nuit-là. Malgré sa réputation d’être distant et réservé, Reiner tint à venir dans sa loge pour l’encourager et la guider tout au long du spectacle. Sa performance fut reçue avec beaucoup d’enthousiasme. Les compte-rendus de la soirée parlaient de «la délicieuse surprise de la présence de la jeune Roberta Peters, totalement inconnue jusqu’ici. Sa voix est claire comme une clochette et s’entend partout dans le théâtre. Son phrasé est celui d’une véritable musicienne. Et la fillette – elle ne mesure que un mètre cinquante-cinq – s’avère une excellente actrice. Une artiste à suivre.»

À 19 ans, une star était née et Roberta posa pour une séance de photos pour Life Magazine, en 1951, avec le titre “Diva with Muscle« (la diva musclée) en compagnie du vénérable Pilates se tenant sur le ventre de la diva, couchée, là où se trouvent les muscles essentiels au chant. Publicité gratuite. Life loua la soprano comme l’une des chanteuses les plus musclées du monde.

Roberta Peters dans la reine de la nuit

Combinant une voix attrayante dotée d’une agilité étincelante de colorature et une belle apparence, Peters est devenue l’une des favorites du public américain permettant de populariser l’opéra pour les masses populaires. Elle s’est rapidement imposée dans le répertoire standard de la soubrette et de la colorature. Ses rôles au Met comprenaient Susanna (Nozze di Figaro), Despina (Così fan tutte), La Reine de la nuit, Amore (Orfeo ed Euridice), Marzeline (Fidelio), Rosina (Il barbiere di Siviglia), Adina (L’elisir d’amore), Norina (Don Pasquale) Oscar (Un ballo in maschera), Nanetta (Falstaff) Olympia (Les contes d’Hoffmann), Sophie (Rosenkavalier), Zerbinetta (Ariane auf Naxos) et Adele (Die Fledermaus). Plus tard, elle ajouta des rôles lyriques-coloratura comme Amina (Sonnambula), Lucia (Lucia di Lammermoor) et Gilda (Rigoletto), ce dernier étant son rôle d’adieu au Met en 1985. Elle a donné 512 représentations au Met dans 24 rôles, pendant 35 années. 

Portraits de Roberta Peters

Peters se produisit également avec l’Opéra de Cincinnati, ainsi que dans de nombreuses villes des États-Unis lors de tournées avec le Met. Au fil des ans, elle élargit son répertoire pour inclure des rôles tels que Lakmé, Juliette, Manon, essayant même occasionnellement Violetta (Traviata) et Mimì (La bohème). Elle alla au Royal Opera House de Londres dès 1951, chanter The Bohemian Girl de Balfe, sous la direction de Sir Thomas Beecham. À partir du milieu des années 50, elle se produisit dans plusieurs opéras d’Italie, à l’Opéra d’État de Vienne, au Festival de Salzbourg et au Bolchoï de Moscou en 1972. Elle représenta deux fois les États-Unis dans l’ancienne Union soviétique, devenant la première artiste d’origine américaine à recevoir la médaille du Bolchoï. Elle donna également des récitals et des masterclasses en République populaire de Chine, au Japon, en Corée, à Hong Kong et à Taiwan et fut surprise au milieu de la guerre des Six jours en Israël alors qu’elle se produisait pour des soldats avec son ancien collègue, Richard Tucker. Le président John F. Kennedy l’invita à se produire à la Maison Blanche, l’usage se poursuivant avec les présidents suivants. En plus de soutenir des causes sociales et de chanter fréquemment pour des œuvres de bienfaisance, elle participa activement à la promotion du financement gouvernemental des arts. Le président Bush l’a nommée au Conseil national des arts en 1991 et, en 1998, le président Clinton lui décerna la médaille nationale des arts. Elle détient des doctorats honorifiques des collèges Elmira, Ithaca, Westminster, Colby et New Rochelle, des universités Lehigh et St. John’s et de l’Université de Rhode Island. 

Roberta Peters fut aussi populaire à la télévision que sur scène. Elle participa régulièrement à des programmes tels que The Voice of Firestone et The Tonight Show. Elle fut invitée 65 fois dans la populaire émission de variétés de CBS du dimanche soir The Ed Sullivan Show.

Elle a également mené une longue carrière de récitaliste, dans des salles de concert à travers les États-Unis. Au début de sa carrière en 1962, elle s’est produite devant un public de plus de 13 000 personnes lors de la populaire série de concerts en plein air “Italian Night” au Lewisohn Stadium de New-York sous la direction du chef d’orchestre Alfredo Antonini.

Roberta et son premier mari,
le baryton Robert Merrill

Plus tard dans sa carrière, elle ajouta l’opérette et le théâtre musical à son répertoire, chantant dans The Merry Widow, et The King and I. Elle n’a jamais officiellement pris sa retraite et a donné des récitals occasionnels plus tard dans la vie.

Peters a été brièvement marié au baryton Robert Merrill en 1952, admettant plus tard qu’elle était tombée amoureuse de la voix et non de l’homme. Les deux ont divorcé à l’amiable, sont restés amis et ont continué à jouer ensemble dans des opéras et des récitals. Elle s’est remariée en 1955, avec Bertram Fields, avec qui elle eut deux fils. Ce mariage ne s’arrêta qu’à la mort de Bert, en 2010. 

Roberta Peters, Son deuxième mari Bertram Fields, et leurs deux fils

Roberta Peters est décédée de la maladie de Parkinson le 18 janvier 2017, à New-York, à l’âge de 86 ans.

Roberta Peters