Dimitri Smirnov 1882-1944

Dimitri Smirnov fut un ténor lyrique russe de premier plan.

Dimitri Alexeyevich Smirnov (aussi orthographié Smirnoff), en russe: Дмитрий Алексевич Смирнов, est né le 19 novembre 1882 à Moscou. Il chanta dans sa jeunesse dans des chorales d’église. Enfant, son ambition était de devenir patineur. En tant que jeune étudiant en droit, il participa, malgré une voix inexpérimentée, aux activités d’un groupe semi-professionnel qui produisait des opéras de temps en temps. Cela le poussa à entreprendre de sérieuses études vocales avec Mme Emiliya Pavlovskaja et Alexandre Dodonov. Il fit ainsi ses débuts avec la compagnie d’opéra de S.I. Mamontov au Théâtre de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg en 1903 dans le rôle de Gigi de La Camorra d’Eugenio Domenico Esposito. En tournée avec la compagnie, il continua avec le même rôle, pour finalement se produire au Mariinsky Imperial de Saint-Pétersbourg où il utilisa le pseudonyme de Soloviov. En 1904 il participa à un concours pour jeunes chanteurs au Bolchoï où il chanta la cavatine de Faust et La Donna e Mobile de Rigoletto et obtint un contrat de deux ans avec le célèbre Opéra impérial de Moscou.

Ses débuts officiels au Bolchoï eurent lieu à l’automne 1904, dans Russlan et Ludmilla sous la directions de Rachmaninov en personne. Selon d’autres sources, il aurait fait ses débuts dans l’opéra Le Démon (Демон) d’Anton Rubinstein. Quoi qu’il en soit, il est resté à l’Opéra Impérial pendant plusieurs années, jusqu’en 1910, où ses rôles comprenaient les principales parties de ténor de Halka, Rigoletto, Prince Igor, les pêcheurs de perles, La Traviata, Eugen Onegin, Lakmé, Francesca da Rimini (Rachmaninov), la Flûte enchantée, Song of Love Triumphant, Sadko, Faust et May Night. Il a ensuite chanté au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg, de 1911 à 1917 notamment dns les rôles de Lensky (Eugen Onegin) et du duc de Mantoue (Rigoletto). 

À peu près au même moment, il commença à se produire à l’étranger, le premier élément connu étant un concert à Paris en 1906. Il passa également à l’Opéra de Paris, en 1907, sous Diaghilev. On sait qu’en Europe, il chanta avec Fedor Chaliapine dans Boris Godounov, à Paris en 1908 et en mai 1909 au Théâtre du Châtelet, avec Chaliapine et Lydia Lipkowskaia  dans Judith et Ivan le Terrible. On retrouve également à Paris ses débuts à l’Opéra Comique dans La Bohème le 14 juin 1924. Il chanta aussi au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, au cours des saisons 1909-1910 et 1923-1924. 

Il s’est produit dans de nombreux autres centres d’opéra importants en Europe occidentale, devenant notamment un habitué de Monte-Carlo. Il y chanta en 1908 Nadir des Pêcheurs de Perles et le Faust de Boito. En avril de l’année suivante, il interpréta avec Felia Litvinne et Chaliapine dans Roussalka, et probablement d’autres œuvres. 1909 fut l’année de sa première session d’enregistrement, qui eut lieu à Moscou pour la compagnie Gramophone.

Portraits de Dimitri Smirnov

Smirnov fit ses débuts américains au Metropo1itan Opera de New-York le 30 décembre 1910 dans le rôle du duc de Rigoletto, avec Pasquale Amato et Lydia Lipkowskaia. Il ne chanta que sept fois au cours de cette saison, notamment dans un Roméo et Juliette avec Géraldine Farrar, un Rodolfo (La Bohème) avec Alice Nielsen et un Alfredo (La Traviata) à nouveau avec Lipkowskaia et Amato. La saison suivante, il chanta trois fois le duc, une fois avec Lipkowskaia et deux fois avec la Tetrazzini, aussi un Alfredo avec Tetrazzini, un Rodolfo avec Nielsen, et lors d’une représentation de gala l’acte I de La Bohème avec Alma Gluck et la basse Adam Didur. Il donna également deux récitals.

Il n’a donc pas eu l’occasion de jouer dans l’un de ses rôles russes de prédilection où il aurait bien pu faire une impression plus forte. En fait, les critiques trouvaient sa voix un peu petite pour la salle du Met. Il faut cependant noter qu’à l’époque, la compétition au Metropolitan au niveau des ténors était exceptionnellement féroce: Caruso n’était plus là mais il y avait le tchèque Karel Burrian, le français Edmond Clement, l’espagnol Florencio Constantino, le russe d’origine lettone Herman Jadlowker, l’allemand Karl Jörn, l’irlandais McCormack, et l’autrichien Léo Slezak. Smirnov quitta le Metropolitan après son concert d’adieu le 2 février 1912, en raison d’un désaccord avec la direction.

En 1911, Smirnov chanta dans Lakmé à l’Opéra de Boston. Il fit également partie de la compagnie de Mugnone en tournée en Amérique du Sud avec Galli-Curci, Clasenti, Anselmi, Zenatello, de Luca, Stracciari, Didur et Mardones. Ayant été membre de la troupe Mariinsky de 1910 à 1917, il voyagea avec cette troupe dans trois continents, y compris une série de représentations de May Night de Rimsky-Korsakov, organisées par Sir Thomas Beecham à l’été 1914 au Drury Lane Theatre de Londres. Il a également chanté à Berlin, Francfort et Cologne, ainsi qu’à Madrid, Milan et Rome. Il a joué le rôle de Pierre le Grand dans un film muet réalisé vers 1928, probablement à Berlin. Smirnov a suscité dans la partie ténor de II Tabarro l’enthousiasme de Puccini qui a dit que personne ne pouvait mieux chanter ce rôle.

Le ténor quitta son pays natal après la Révolution de 1917, préférant poursuivre sa carrière en Occident. Parmi les villes où il se produisit figuraient Berlin, Monte Carlo, Milan, Rome, Madrid et Buenos Aires. En 1929, il retourna en Union soviétique pour une tournée de concerts. Smirnov devint citoyen de la République d’Estonie le 4 février 1932 et prit une part active en tant que soliste dans le théâtre d’opéra d’Estonie. Les activités de Smirnov en Europe se sont poursuivies jusque dans les années 1930, tout en consacrant alors une grande partie de son temps à l’enseignement. Il a enseigné le chant à Londres et à Athènes. Il a été entendu à la B.B.C. pour des émissions jusqu’en 1937. Depuis la Révolution russe, il n’avait pas de domicile permanent. Bien qu’on lui ait adressé de nombreuses incitations pour revenir vivre dans son pays natal, il les a toujours refusées. Il s’installa définitivement en Lettonie et mourut à Riga le 27 avril 1944, à l’âge de 62 ans.

Dimitri Smirnov dans divers rôles

Smirnov était tout à fait à l’aise pour interpréter les rôles lyriques des opéras russe, français ou italien. Sa voix était plaintive avec des notes aiguës faciles, un excellent contrôle du souffle et un vibrato distinctif. Les principaux ténors rivaux de Smirnov à Moscou et à Saint-Pétersbourg avant la Révolution de 1917 étaient Leonid Sobinov (1871–1934) et Ivan Yershov (1867–1943). Yershov a endossé des rôles héroïques tels que Siegfried et Otello que Smirnov n’a jamais tenté, mais le répertoire de Sobinov était similaire à celui de Smirnov.

Smirnov a laissé environ 90 enregistrements, le premier fait vers 1909 et le dernier environ deux décennies plus tard. Beaucoup de ces enregistrements sont disponibles sur des rééditions de CD par divers labels. Ils confirment sa stature d’un des meilleurs ténors d’opéra russe des 120 dernières années, et peut-être l’artiste le plus imaginatif d’entre eux.