Florencio Constantino 1869-1919

Florencio Constantino fut un ténor lyrique d’origine espagnole célèbre à la fin du XIXème et au début du XXème siècle, principalement en Amérique, pour sa voix large et la beauté de son timbre.

Il est né le 9 avril 1869 à Ortuella commune de Biscaye proche de Bilbao au pays basque espagnol. Issu d’une famille modeste, bien que depuis son plus jeune âge, il fut attiré par la musique et aimait les beaux airs basques qu’il conservait grâce à sa bonne audition et qu’il fredonnait avec une intonation parfaite, il dut commencer à travailler dans les mines. Pratiquant divers métiers il devint ingénieur pour le service de messagerie maritime. Après avoir terminé son service militaire, âgé de 21 ans en 1889, il décida de partir en Argentine avec sa petite amie Luisa pour tenter sa chance grâce à ses compétences en mécanique avant s’essayer ensuite à la culture du maïs. mais il aimait chanter et son entourage le poussa à étudier le chant, ce qu’il fit avec Leopoldo Stiatesi qui fut lui-même un élève de Francesco Lamperti. Francesco Lamperti fut un célèbre professeur de chant qui avait formé en Italie une pléiade de grandes voix comme Marie Van Zandt, Teresa Stoltz, Marcella Sembrich, Irène Abendroth… C’est l’école de chant du XIXème siècle qui fut ainsi transmise au jeune Florencio.

Après quelques concerts et récitals locaux, le ténor fit ses débuts sur scène en 1892 dans l’opéra de Tomás Bretón y Hernández La Dolores au Teatro Solís de Montevideo. Au cours de cette première période, Constantino intervint dans Lucia di Lammermoor, La Gioconda et Cavalleria rusticana.  

Un riche fabricant de cigares, Manuel Méndez de Andés, le prit alors sous son aile, lui payant les frais nécessaires à la prolongation de ses études de chant en Italie. Après quelques mois, Constantino s’est retrouvé sans mécène suite à la mort de Méndez de Andés. Se retrouvant sans aide, avec une femme et quatre enfants, il trouva le courage de terminer ses études, et apprit les opéras Hernani, Gioconda, Lucrecia Borgia, Cavalleria rustiqueana et La Favorita. Il finit par obtenir un contrat avantageux au Colisée Ponchielli de Crémone, pour lequel il fut payé deux mille lires. Par malheur il tomba malade le deuxième jour de travail et le Colisée dut se passer de ses services. De plus, il s’est retrouvé en bute avec ses collègues qui enviaient ses qualités vocales. Il dut alors chanter pour des prix ridicules … mais il l’a finalement emporté et commença une brillante carrière dans les théâtres italiens qu’il étendit à ceux de Hollande et d’Allemagne. Il se spécialisa dans les rôles de ténors lyriques de Rigoletto, Traviata, Il barbiere di Siviglia, La Favorita, Les Huguenots, Ernani ou La Gioconda. En 1899, il fut recruté avec la compagnie du Théâtre Royal de Madrid, où il fit ses débuts dans le rôle du duc de Rigoletto, y apparaissant jusqu’en 1905 avec un grand succès. Là, il connut un énorme succès face à des chanteurs célèbres comme Hariclea Darclée et Ramón Blanchart. 

À Lisbonne, il fit aussi ses débuts dans Rigoletto face à Mario Sammarco. De l’Espagne à la Pologne, il chanta avec Luisa Tetrazzini, Salomea Kruszelnicka, Mattia Battistini, Josefina Huguet et Adamo Didur.

Au tournant du siècle, il fut invité par le tsar à Saint-Pétersbourg où il fit ses débuts avec le rôle d’Enzo dans Gioconda. C’est en Russie (Saint-Pétersbourg et Moscou) qu’il jouit de la plus grande réputation, y chantant dans Lohengrin, Traviata, Rigoletto et The Demon.  Covent Garden ne l’invita qu’en 1905 où Son duc (Rigoletto), probablement son rôle le plus réussi, fut accueilli favorablement par le public, mais pas par les critiques. Par la suite, il n’est jamais retourné à Covent Garden.  

En 1906, il créa la version française de Manon Lescaut de Puccini (la première en France) à l’Opéra Municipal de Nice.

Florencio Constantino

En Amérique du Nord, en tant que ténor principal de la San Carlo Opera Company de Henry Russel, Constantino fit ses débuts en tant que Don José (Carmen) à la Nouvelle-Orléans. En l’espace de deux mois, il chanta dans onze opéras différents avec des soprano comme Alice Nielsen, Lillian Nordica et Luise Homer. La Compagnie s’est ensuite lancée dans une immense tournée continentale. Après la fin de la saison d’automne de la San Carlo Opera Company à Londres, la société avait maintenant rompu ses liens avec l’opéra de Naples et devint une entité distincte sous la direction de Russell et déplaça sa base d’opérations à Boston. Boston allait devenir la ville la plus importante dans la carrière de Constantino.

Il chanta également avec le Manhattan Opera de Hammerstein à New York ou il obtint un énorme succès. Au Metropolitan, il fit ses débuts en 1910 avec Rigoletto aux côtés de Luisa Tetrazzini et Maurice Renaud. À New York, il était devenu le seul rival de Caruso. De 1907 à 1917, il chanta régulièrement à travers les États-Unis dans une grande variété de rôles tels que Rodolfo (La Bohème), Cavaradossi (Tosca), Maurizio (Adriana Lecouvreur), Arturo (I Puritani), Almaviva (Il Barbiere di Siviglia), le duc (Rigoletto), Alfredo (Traviata), Raoul (Les Huguenots)et les rôles-titres de Faust et Lohengrin. Il s’est finalement peut produit en Espagne en raison de ses longs séjours américains, bien qu’une série de concerts à Bilbao ait été remarquables.

Au milieu de sa carrière, cependant, Constantino avait développé une réputation d’individu difficile et d’interprète imprévisible. Les anecdotes souvent répétées incluent un combat à l’épée sur scène qui a coûté un œil à la basse italienne Giovanni Gravina ainsi qu’une bataille juridique avec une choriste qui s’est soldée par une brève peine de prison pour le ténor. L’anecdote la plus célèbre fut la désastreuse première à Saint-Louis en 1917 de l’opéra Louis XIV du compositeur local Homer Moore. Les affirmations selon lesquelles Constantino est apparu ivre sur scène sont fausses et la raison de l’échec de l’œuvre ne semble pas être entièrement la faute du ténor. Selon les rapports contemporains, l’œuvre n’était guère un opéra, mais plutôt une pièce de concert costumée avec des solos et des duos enchaînés sans intrigue. Comme le fit remarquer un critique, «la musique, bien que parfois mélodieuse, s’est avérée légère, fine et naïve, sans aucune tentative perceptible de structure organique». Il est possible que pour ces raisons Constantino n’ait pas pris son rôle très au sérieux ou qu’il était peut-être malade plutôt qu’enivré. Quoi qu’il en soit, cet incident a marqué le début de la fin de sa carrière américaine.

Florencio Constantino dans divers rôles

Ses jours de gloire tirant à leur fin, le ténor déménagea à Los Angeles où il donna son dernier opéra sur scène dans le rôle de Lohengrin. Au cours des dernières années de sa vie, il donna des concerts, ouvrit une école de chant et tenta même de fonder une nouvelle compagnie d’opéra en Amérique du Sud. Cependant, aucune de ces tentatives ne fut particulièrement fructueuse.

Les récits d’un Constantino ivre passant ses derniers jours dans une flophouse mexicaine après avoir été tiré du caniveau sont grossièrement exagérés. Arrivé à Mexico pour une tournée de concerts en avril 1919, Constantino eut du mal à s’adapter à l’altitude. Malgré une dépression nerveuse causée par le stress de sa mauvaise santé et des difficultés financières, le ténor continua à chanter, honorant certains engagements, en annulant d’autres. En septembre, son fils, Ricardo, a reçu un télégramme indiquant en partie: «Père très gravement malade». Ricardo prévoyait de se rendre au Mexique et d’accompagner son père en Espagne, où il pensait qu’il retrouverait la santé. Malheureusement, le temps passa. Son cœur étant maintenant dans un état critique, le ténor s’est effondré pendant un concert et fut emmené à l’établissement médical le plus proche, qui se trouvait être l’hôpital de la charité local. C’est là que Florencio Constantino est mort le 19 novembre 1919 à l’âge de cinquante ans, seul, triste et un peu oublié, lui qui était parvenu à défier le grand Caruso à New-York.

Constantino a réalisé plus de 200 disques et cylindres pour Pathé, G&T, Odéon, Favorite, Victor, Edison et Columbia entre 1903 et 1910. Ces enregistrements présentent un ténor lyrique brillant avec un sens très individuel de l’art musical.