Isidoro Fagoaga 1893-1976

Isidoro Fagoago fut un ténor espagnol d’origine basque. Il se caractérisa par la puissance de sa voix, très large, appropriée aux rôles héroïques, associée à un phrasé remarquable dans le registre central. Il s’est également démarqué par ses appréciables compétences d’acteur . Il partageât l’art lyrique avec son autre grand passe-temps, la littérature.

Isidoro Fagoaga Larratxe est né le 4 avril 1895 dans le hameau d’Agramontea de Vera de Bidasoa (Navarra). Il était le neuvième de dix frères et sœurs. Ses parents, José Felipe et Juana, étaient connus sous le nom de Barrendegi, du nom de la maison ancestrale des Fagoaga. Ses parents étaient de simples fermiers et il était censé devenir prêtre, comme c’était la coutume à l’époque au pays basque. C’était un étudiant brillant, bien que rêveur, qui aimait lire et écrire de la poésie et sa plus grande ambition était de voyager en Amérique du Sud pour faire fortune. Les ambitions de sa famille de voir le jeune Isidoro devenir prêtre furent déçues lorsque, préparant une fête, il alluma des bougies dans l’étable, provoquant un incendie qui dévasta tout le hameau. A la suite de cet incident, il devint plus libre de son avenir et, à l’âge de 14 ans, il écrivit à son oncle, banquier en Argentine, qui lui envoya gentiment l’argent de son billet pour l’Amérique du Sud. Après avoir dit au revoir à sa famille, il s’est rendu à Bordeaux mais, pendant le voyage, il décida de ne pas aller chez son oncle dans la petite ville d’El Tandril, mais de tenter sa chance à Buenos Aires. Rapidement, il manqua d’argent et eut la chance de trouver un emploi dans l’une des plus grandes quincailleries de la ville, propriété d’un compatriote basque.

Une fois établi, Fagoaga est allé écouter de l’opéra au célèbre Teatro Colón. Il s’agissait du Rigoletto de Verdi avec une distribution hors du commun qui comprenait le ténor Florencio Constantino, le baryton Titta Ruffo, et la soprano colorature Maria Barrientos. Le jeune basque fut tellement impressionné par le ténor qu’il décida sur le champ de devenir chanteur d’opéra. Sachant que Constantino était aussi d’origine basque, le jeune homme a attendu le célèbre ténor après la représentation et lui demanda s’il pouvait trouver le temps de l’écouter et de lui donner un avis sur ses chances de devenir aussi chanteur. Constantino qui devait être de bonne humeur ce jour là, l’invita dans son appartement pour dîner avec lui et Titta Ruffo. Fagoaga, qui avait à peine 16 ans et qui n’avait chanté que pour ses amis, était tellement nerveux qu’il pouvait à peine manger, tandis que les chanteurs affamés faisaient honneur au repas. Alors Constantino lui a demandé de chanter un passage de Rigoletto, et bien que Fagoaga se soit rendu compte que ce rôle ne convenait pas à sa voix virile, il chanta aussi bien qu’il le pouvait, et les deux chanteurs furent suffisamment impressionnés pour lui conseiller d’entreprendre de sérieuses études vocales. Ils lui ont donné des lettres de recommandation pour Milan, où Ruffo lui a conseillé avec insistance d’étudier. Ce qu’il put faire grâce à une bourse du Conseil provincial de Navarre. 

Portraits d’Isidoro Fagoaga

Fagoaga est allé en Italie quelques semaines plus tard, et sous la direction de Signor Romanini, son professeur de chant, il a visité divers théâtres. Mais l’argent a commença à manquer et la nourriture à se raréfier, lorsque Fagoaga lut une annonce dans un journal local au sujet d’un important concours au Conservatoire de Parme pour huit places. Ce fut pour lui un test difficile et il termina troisième, obtenant l’une des places.

En 1920, il fit ses débuts à Madrid en chantant Samson et Dalila, suivi de la création d’Amaya quelques mois plus tard. Il faisait partie de l’orchestre Fernández Arbós, et entama un tour de la péninsule, déjà spécialisé dans le répertoire héroïque de Wagner: Parsifal, Tannhäuser, Der Fliegende Holländer, Die Walküre, Siegfried, Götterdämmerung, etc.

Fagoaga dans les rôles wagnériens

Sa première apparition en Italie a probablement eu lieu au Teatro San Carlo de Naples où il a chanté le rôle de Siegmund (Die Walküre) remplaçant au pied levé un ténor défaillant. Fagoaga triompha et dut donner huit représentations supplémentaires. De là, sa réputation parvint à Arturo Toscanini, qui à l’époque avait besoin d’un bon ténor pour la saison de La Scala de Milan. Il l’écouta, fut étonné par sa belle voix et son style, et l’engagea. Il a ainsi chanté, en italien, pendant onze années à la Scala les personnages wagnériens.

Siegfried Wagner, fils de Richard Wagner

Invité par Siegfried Wagner, le fils du compositeur, Fagoaga s’est rendu à Bayreuth où il se lia d’amitié avec Siegfried. Ce dernier lui suggéra de chanter les œuvres de son père en allemand, ce qu’il a fit peu après à Francfort avec Götterdämmerung. Il a également abordé des œuvres d’autres compositeurs tels que Boris Godounov, Samson and Dalila, Norma. Malheureusement, à la suite du décès de Siegfried Wagner, il n’eut jamais l’occasion de chanter à Bayreuth. C’est la Scala qui connu sa consécration en tant que meilleur interprète wagnérien des années 1920, sous la direction de chefs prestigieux tels que Hector Panizza, Arturo Toscanini, Victor de Sabata, etc… devenant le ténor wagnérien le plus acclamé de ce pays et l’un des mieux payés. Aussi célèbre à l’étranger qu’inconnu dans son propre pays, sa carrière se développa principalement en Italie, où il fut engagé par les plus grands théâtres de ce pays: San Carlo à Naples, Regio à Parme, Costanzi à Rome, les Arènes de Vérone, Comunale à Bologne, Regio à Turin, etc.

Isodoro Fagoaga

A partir de 1925 il s’est produit non seulement dans les théâtres d’Espagne et du Portugal, mais aussi dans les théâtres d’Argentine et aux États-Unis.

Au moment de la guerre civile espagnole, Isidoro Fagoaga était en Italie. Ce n’était pas sa première expérience dans un conflit de guerre: au début de la Première Guerre mondiale, il étudiait le chant au Conservatoire de Parme, études qu’il a dû abandonner lorsque les locaux sont devenus un hôpital pour les soldats se remettant de leurs blessures avant d’être ramenés sur le champ de bataille. Au début du soulèvement militaire en Espagne, en juillet 1936, Fagoaga revint d’Italie dans sa ville natale, mais comme il lui était impossible de traverser la frontière par Hendaye, il séjourna quelques semaines à Biarritz, chez des proches. Peu de temps après, il tomba gravement malade de la fièvre typhoïde, se voyant dans la nécessité de rejoindre sa famille à Bera. Lors de sa convalescence, il connut des jours d’angoisse et de désespoir lorsqu’il entendit, à l’aube, les tirs des fusillades qui eurent lieu dans une carrière voisine de Bera, en ces mois sombres de septembre et octobre 1936. Mais une nouvelle va changer le cours de sa vie: le bombardement de Guernica le 26 avril. Ce fut l’un des premiers bombardements aériens de l’histoire effectué sur une population civile, par l’aviation allemande et italienne, laissant presque entièrement détruite une ville de peu d’intérêt stratégique ou militaire. Le bombardement de Guernica fut pour lui un tel choc, que, blessé au plus profond de son patriotisme basque, il décida de ne plus chanter alors qu’il était encore en pleine possession de ses facultés vocales et scéniques et partit en exil à Saint-Jean-de-Luz avec d’autres réfugiés basques. Il se consacrera depuis lors à son autre grande passion, la littérature, à laquelle il consacrera le reste de sa vie.

En mai 1940, avec de nombreux autres réfugiés basques, il fut arrêté par les autorités françaises et détenu au camp de Gurs (Béarn), d’où il fut libéré au bout d’un mois. De retour à Saint-Jean-de-Luz, il trouva sa maison saccagée. Au cours de ces dures années de l’après-guerre espagnole et de la France occupée, Fagoaga a eu la bonté de donner des leçons de chant à un jeune Autrichien nommé Hubert Grabner (1912-1983), qui était alors soldat dans l’armée allemande et fit plus tard, ses débuts au Festival de Salzbourg.

Se consacrant donc à l’écriture il travailla pendant quinze ans comme chroniqueur pour le journal Buonaerense La Prensa et publia plusieurs livres et essais. Parmi eux, le Retable basque, Les poètes et le Pays basque, Le théâtre intérieur ou Unamuno sur les rives de la Bidassoa, les biographies consacrées à la famille Labortana Garat (Pierre et Dominique), qui seront publiées par les éditions Ekin à Buenos Aires ainsi que d’autres essais. Il participa à la réorganisation, la promotion et la publication de la revue humaniste Cuadernos Gernika, référence de la pensée basque et des valeurs du Pays basque. Il participa à toutes sortes de célébrations, manifestations et conférences, comme celles qu’il donna à l’Université de la Sorbonne à Paris, au musée basque de Bayonne, etc.

Fagoaga
dans son village de Bera en 1975

En février 1964, alors que le régime franquiste s’approchait de la fin, il retourna au Pays basque, choisissant la ville de Saint-Sébastien (Donostia en basque et San Sebastián en espagnol) comme lieu de résidence jusqu’à la fin de ses jours. Là il éditera ses derniers livres tout en continuant à écrire pour un journal de Buenos Aires et El Diario Vasco. Il donna des conférences sur divers sujets et reçut divers hommages, comme Membre surnuméraire de la Société Royale Basque des Amis du Pays, Membre du Mérite du Cercle Culturel et de l’Athénée Guipuzcoan).

Il mourut à Donostia-San Sebastián, le 16 mars 1976.

Biographie d’isidore Fagoaga par German Ereña qui rassemble certains des moments les plus intéressants liés à la vie de ce personnage navarrais hors du commun. L’auteur a eu le soutien du gouvernement de Navarre et du conseil municipal de Bera pour la publication. L’ouvrage compte 572 pages et, faute de place, les annexes laissées de côté sont accessibles à tous sur le site Internet du Département de la Culture du Gouvernement de Navarre. Ce document numérique compte 340 pages. Il contient 109 pièces jointes et une galerie de plus d’une centaine de reproductions photographiques

Bien que jouissant d’une certaine popularité en raison de son passé glorieux de chanteur et d’écrivain, après sa mort en 1976, sa mémoire fut vite oubliée par cette société basque post-franquiste convulsée et révoltée, traversée par l’arrivée des autonomistes. Sa silhouette fut reléguée à celle d’un inconnu presque total en Navarre, même dans sa ville natale où il n’y a guère de trace de son existence, sauf lorsqu’une personne eut la bonne idée d’honorer sa mémoire en nommant l’école municipale de musique de Bera, Isidoro Fagoaga Udal Musika Eskola.

On découvrit l’héritage d’Isidoro Fagoaga dans la maison familiale d’Irurita (Baztan), conservé dans des malles. On y trouva des costumes utilisés dans les spectacles d’opéra, des boîtes de maquillage, des centaines de photographies, lettres, critiques des représentations, brouillons de ses articles, conférences, etc. La chercheuse Eibar allemande Ereña Mínguez a examiné et classé tout ce matériel pendant plusieurs années et a réalisé une biographie large et exhaustive sur l’écrivain-chanteur en attente de publication. La famille Fagoaga, propriétaire de ce grand héritage des objets personnels de l’artiste, a mis une grande partie de ce matériel à la disposition d’une commission de travail à Bera coordonnée par Lupe Mendigutxia, et qui occupa la pièce principale de l’exposition qui eut lieu à la Kultur Etxea de cette ville.