Giuseppe Borgatti 1871-1950

Giuseppe Borgatti fut un ténor dramatique italien à la voix exceptionnelle. Créateur du rôle-titre dans l’opéra veriste d’André Chénier d’Umberto Giordano, il s’est par la suite fait connaître pour ses interprétations de la musique de Richard Wagner, devenant en 1904 le premier ténor italien à se produire au Festival de Bayreuth. Il est considéré comme le plus grand ténor wagnérien italien de sa génération.

Borgatti est né le 17 mars 1871 à Cento (province de Ferrare ) dans une famille rurale pauvre et a grandi analphabète, selon l’historien du spectacle musical John Rosselli. Cet handicap ne l’a pas empêché de trouver du travail comme maçon et tailleur de pierre. Il fut également appelé par les autorités pour s’acquitter d’une période de service militaire obligatoire. Heureusement, un riche mécène l’entendit chanter. Frappé par la qualité intrinsèque de sa voix, son patron s’arrangea pour qu’il suive des cours de chant de niveau professionnel et acquiert les compétences techniques de base. Ses professeurs de chant incluaient Alessandro Busi à Bologne et, plus tard, Carlo d’Ormeville.

Giuseppe Borgatti

En 1892 (certaines sources disent 1893), Borgatti fit ses débuts à l’opéra à Castelfranco Veneto, en chantant le rôle de Faust dans l’opéra du même nom de Charles Gounod. Des représentations dans diverses maisons d’opéra italiennes ont suivies mais toujours dans des rôles de ténor lyrique. En 1894, il tint avec succès le rôle du chevalier des Grieux dans une production vénitienne remarquable de Manon Lescaut de Giacomo Puccini. Plus tard la même année, il s’est produit dans un autre lieu majeur, le Teatro Dal Verme de Milan, dans le rôle de Lohengrin. Ce fut son premier rôle wagnérien. Il devint une véritable star lorsqu’en 1896 il assura le rôle titre pour la première d’André Chénier à la Scala de Milan. En 1894 il chanta dans la première de J’aime taquiner de Gaetano Luporini au Teatro Regio de Turin.

Après quoi il se produisit dans Lohengrin et La Gioconda au Teatro Real de Madrid en 1895 et à Saint-Pétersbourg en 1895-1896. Il chanta I pagliacci au Caire en 1897, Carmen de Bizet et Proserpine de Camille Saint-Saëns, dirigé par l’auteur. A Buenos Aires en 1898 il interpréta Mefistofele de Boito. En 1899 il chanta dans la première Argentine de Trille du Diable de Stanislao Falchi. Au Teatro Costanzi de Rome en 1899 il fut Rodolfo (La Bohème). En 1902 il chanta dans Iris de Pietro Mascagni à Osaka. À la Scala 1900 Il participa à la première représentation de Tosca, dirigée par Arturo Toscanini.

Giuseppe Borgatti

On voit donc que Borgatti continua de chanter avec succès dans les opéras de Giuseppe Verdi, Puccini et divers compositeurs véristes. Mais il est tombé fortement sous le charme des drames musicaux de Wagner. Il travailla en étroite collaboration avec le chef principal de La Scala, Arturo Toscanini, de 1898 au début des années 1900, et parvint à maîtriser toutes les parties principales de ténor du répertoire wagnérien, à savoir, Lohengrin, Tannhäuser, Walther, Tristan, Siegmund, Siegfried et, enfin , Parsifal.

Borgatti, à gauche, dans le rôle de Loge avec Giuseppe de Luca à droite dans celui d’Alberich (Das Rheingold de Wagner)
Borgatti dans le rôle de Siegfried

En 1898, il effectua une tournée en Amérique du Sud avec une troupe de premier ordre de chanteurs italiens qui comprenait son camarade ténor Francesco Tamagno, la soprano Luisa Tetrazzini et les barytons Mario Sammarco et Eugenio Giraldoni.

En 1901, il participa au grand concert donné à La Scala à l’occasion du décès de Giuseppe Verdi. Toscanini dirigea le concert et parmi les solistes qui y ont participé se trouvaient également Tamagno et l’étoile montante des ténors, Enrico Caruso.

Borgatti a eu l’honneur d’être le premier ténor italien invité à chanter au Festival de Bayreuth en Allemagne en 1904. Cosima Wagner (la veuve du compositeur et directeur du festival) et l’important chef d’orchestre wagnérien Hans Richter ont fait l’éloge de la voix et de l’art de Borgatti.

En 1906, il entreprit une aventure différente dans le domaine de l’opéra allemand en chantant Hérode dans la première de La Scala de Salomé de Richard Strauss. Deux ans plus tard, il fut appelé à se produire au nouveau Teatro Colón de Buenos Aires.

Curieusement, malgré ses réalisations exceptionnelles en tant que chanteur et artiste d’interprétation, il ne s’est jamais produit à Londres ou à New York. 

Le 29 Novembre 1910 Il est entré en Franc-maçonnerie dans la loge Giosuè Carducci de Bologne, appartenant à Grand Orient d’Italie. Il est devenu un maître maçon le 11 Décembre 1911.

Alors qu’il était au sommet de sa carrière, en 1907, Borgatti a commencé à perdre la vue en raison d’un glaucome. Cette maladie ne cessa de s’aggraver, l’obligeant à se retirer de la scène lyrique peu d’années après ses débuts même si sa voix était encore en excellent état. Il a continué à donner des concerts, et le théâtre de sa ville natale de Cento fut nommé en son honneur en 1924. À ce stade, il était aveugle des deux yeux. Sa dernière représentation publique a eu lieu à Bologne en 1928. Il a enseigné le chant à Milan suite à la réduction de sa carrière d’opéra. Ses élèves les plus connus furent le ténor lyrique anglais Heddle Nash (1894–1961) et le baryton lyrique allemand Willi Domgraf-Fassbaender (1897–1978).

Borgatti a épousé l’un de ses professeurs de chant, Elena Cuccoli. Ils ont eu une fille, Renata Borgatti (1894–1964), qui est devenue pianiste de concert.

Borgatti est mort à Reno di Leggiuno, une station balnéaire près du lac Majeur en Italie. Il existe un musée dans sa ville natale qui rassemble des photos, des autographes, des médailles et des souvenirs offerts par le ténor.

Beau et solidement bâtit, comme l’attestent les photographies, Borgatti est décrit dans les critiques contemporaines de ses performances comme ayant possédé d’abondantes réserves d’endurance et de grandes qualités d’acteur en plus d’une voix douce, bien formée et robuste. Les critiques modernes, dont Scott, J.B. Steane et John Freestone, l’ont également loué pour la clarté de sa diction, la limpidité de son ton et la finesse de son phrasé. Il était fier du fait que même après avoir repris le lourd répertoire wagnérien, il était encore capable de chanter un air de bel canto comme Una furtiva lagrima (L’elisir d’amour de Gaetano Donizetti) avec la facilité d’un ténor lyrique.

Le chant de Giuseppe Borgatti est conservé sur moins de 20 disques acoustiques qu’il réalisa à Milan pour Fonotopia Records et la société Pathé en 1905 et 1919 respectivement. Ils comprennent des extraits de quatre œuvres lyriques différentes de Wagner, toutes chantées en italien, et une aria de Verdi (“Niun me tema” d’Otello) et Puccini (“E lucevan le stelle” de Tosca). Borgatti avait été le Cavaradossi original de La Scala en 1900). Pour une raison quelconque, il n’a rien enregistré de André Chénier, ou de certains des autres opéras italiens auxquels il s’était particulièrement associé, tels que Mefistofele, Aida, La traviata, La Gioconda, Pagliacci, Manon Lescaut et Fedora. Les enregistrements acoustiques de Borgatti sont disponibles sur diverses anthologies de CD, y compris celles publiées par le label Symposium et Nuova Era Records. En 1928, il enregistra électriquement plusieurs faces rares pour la société Columbia.

Voici le répertoire de Borgatti:

Faust – Castelfranco Veneto, September 17, 1892
Fra Diavolo – Cotigola, April 2, 1893
Don Pasquale – Imola, August 5, 1893
Manon Lescaut – Novara, December 21, 1893
La favorita – Novara, January 6, 1894
Edmea – Novara, January 26, 1894
I dispetti amorosi – Torino, February 27, 1894
Falstaff – Firenze, April 19, 1894
Maruzza – Venezia, August 23, 1894
Lohengrin – Milano, September 15, 1894
La Gioconda – November 10, 1894
Lucia di Lammermoor – Madrid, November 22, 1894
Mefistofele – Padova, June 18, 1895
La traviata – Pietroburgo, December 30, 1895
Don Giovanni – Pietroburgo, January 2, 1896
Demon – Pietroburgo, January 9, 1896
Amleto – Pietroburgo, January 24, 1896
Andrea Chénier – Milano, March 28, 1896
Pagliacci – Cairo, December 13, 1897
Rigoletto – Buenos Aires, June 19, 1898
La bohème – Buenos Aires, July 16, 1898
I maestri cantori di Norimberga – Buenos Aires, August 5, 1898
La regina di Saba – December 26, 1898
Il trillo del diavolo – Roma, January 29, 1899
Norma – Roma, February 20, 1899
Iris – Roma, May 18, 1899
Sigfrido – Milano, December 26, 1899
Anton – Milano, February 17, 1900
Tosca – Milano, December 20, 1900
Tannhäuser – Buenos Aires, May 21, 1901
Medio evo latino – Buenos Aires, July 21, 1901
Chopin – Milano, November 25, 1901
Carmen – Alessandria, December 18, 1902
Proserpina – Alessandria, January 3, 1903
Fedora – Ferrara, May 9, 1903
L’oro del Reno – Milano, December 10, 1903
Siberia – Genova, January 30, 1903
La dannazione di Faust – Buenos Aires, July 7, 1904
Il franco cacciatore – Buenos Aires, August 6, 1904
Werther – Lisboa, February 16, 1905
Manuel Menendez – Lisboa, March 14, 1905
Cassandra – Bologna, December 5, 1905
Salome – Milano, December 26, 1906
Crepuscolo degli dei – Napoli, December 8, 1908
Venezia – Palermo, February 27, 1909
Semirama – Bologna, November 20, 1910
Parsifal – Bologna, January 1, 1914