Giuseppe Mario Sammarco 1868-1930

Mario Sammarco fut un baryton italien particulièrement brillant dans les rôles véristes.

Il naquit le 13 décembre 1868 à Palerme, en Sicile, où il fut l’élève d’Antonio Cantelli.  Il travailla ensuite, à Milan, avec Franz Americh.

Il fit ses débuts sur scène à Palerme dans le rôle de Valentin du Faust de Charles Gounod. Ses débuts à Milan se firent au Teatro del Verme dans le rôle de Guglielmo dans Le villi de Puccini en 1894. La même année il donna sa première représentation à la Scala de Milan puis chanta dans La damnation de Faust de Berlioz au San Carlo de Naples. À Madrid, il chanta le rôle-titre dans Hamlet d’Ambroise Thomas en 1895, le redonnant lors de la saison 1895-1896 à La Scala. Sammarco participa à plusieurs premières représentations importantes à Milan, dont Gérard dans Andrea Chénier en 1896 à La Scala, Cascart dans Zazà (Mascagni) au Teatro Lirico en 1900 et Worms dans Germania (Franchetti) à La Scala sous la direction de Toscanini . Il participa également à deux créations à Naples: Vita Bretone de Mugnone en 1905 et Tess d’Erlanger en 1906, toutes deux à l’Opéra de San Carlo.

Il se produisit ensuite sur les différentes scènes de Buenos Aires et de Londres entre 1904 et 1919 dans 26 rôles différents. Il fit ses débuts au Royal Opera House de Londres en 1904 dans le rôle de Scarpia (Tosca), suivi de Michonnet à la première londonienne d’Adriana Lecouvreur la même année. À Covent Garden, il se produisit régulièrement jusqu’en 1914 y compris les premières en anglais de Loreley de Catalani en 1907, de Tess en 1909 et de Il segreto di Susanna de Wolf-Ferrari, face à Lydia Lipkowska, en 1911. Au tournant du siècle, Sammarco s’établit sur la scène internationale, chantant à Berlin et Prague en 1901, à Odessa en 1903 et à Bruxelles en 1909.

À New York, il fut recruté par l’imprésario Oscar Hammerstein pour la Manhattan Opera Company en remplacement de Maurice Renaud pour le rôle de Tonio (I Pagliacci). Il y resta de 1908 à 1910 devenant le principal baryton italien de la compagnie jusqu’à sa fermeture, mais il ne sera jamais appelé à se produire au Metropolitan Opera de New-York. Il rejoignit ensuite la compagnie de l’Opéra Chicago-Philadelphie où son séjour fut marqué par un différent avec Mary Garden qui ne l’appréciait pas dans le rôle de Scarpia (Tosca). Il faut rappeler que Mary Garden, femme de fort caractère eut bon nombre de querelles avec divers collègues dont elle est invariablement sortie victorieuse, finissant à la longue par régner en maître sur l’opéra de Chicago. Sammarco parvint toutefois à s’imposer dans ce rôle en faisant appel à ses partenaires antérieures notamment Emmy Destinn.

Mario Sammarco dans divers rôles
Mario Sammarco et Carolina White dans Il Segreto di Suzanna
intermezzo en un acte de Wolf-Ferrari
Mario Sammarco etLydia Lipkowska dans Il segreto di Suzanna

Sammarco était actif à une époque regorgeant de barytons italiens d’exceptionnelles qualités. Ce n’était pas une mince affaire pour lui de se tailler une carrière internationale lucrative face à une concurrence puissante de la part de Mattia Battistini, Antonio Magini-Coletti, Giuseppe Campanari, Mario Ancona, Giuseppe Pacini, Antonio Scotti, Eugenio Giraldoni, Riccardo Stracciari, Titta Ruffo, Domenico Viglione Borghese, Pasquale Amato et Carlo Galeffi.

Mario Sammarco

Outre Scarpia (son premier rôle à Covent Garden), il fut un célèbre Rigoletto, Marcello, Germont, Renato, Enrico et Amleto, apparaissant face à certains des meilleurs chanteurs de son époque. ll réalisa ses meilleurs prestations dans les œuvres inspirés du vérisme, créant notamment les rôles de Gérard dans André Chénier de Giordano et Cascart dans Zazà de Leoncavallo. Il fut par contre beaucoup moins à aise dans le répertoire belcantiste ou l’art de la mezza voce lui était plutôt étranger.

Après avoir participé, à la Scala, à la saison 1913-1914, chantant le rôle-titre dans Falstaff et Iago (Otello), en 1918, Sammarco a été nommé au conseil d’administration de La Scala. Il continua à chanter, retournant par exemple à Covent Garden en 1919, mais c’était aussi l’année où il se retira de la scène. Ses dernières apparitions seront réservées au San Carlo à Naples en 1919. Il se tourna ensuite vers l’enseignement, d’abord à Chicago puis à partir de 1928 à Milan. Ses élèves comprenaient le baryton Giovanni Inghilleri et la basse Alexander Sved.

Il est décédé à Milan le 24 janvier 1930.

 

Mario Sammarco et sa fille en 1904

Dans les premières années de sa carrière, Sammarco a chanté le répertoire traditionnel de baryton tel que ceux de La favorite, Ernani, Rigoletto, Un ballo in maschera, Hamlet et La Gioconda. Sa capacité théâtrale l’a ensuite conduit de plus en plus à des rôles de vérisme, comme par exemple Tonio, Gérard, Scarpia et Rafaele (I gioielli della Madonna de Wolf-Ferrari), rôles qui firent des ravages sur ses qualités vocales. Il a beaucoup enregistré à partir de 1902, les premiers enregistrements étant généralement considérés comme les meilleurs. Le fait qu’il ait pu mener une carrière réussie à une époque où de nombreux barytons de distinction ont prospéré, tels que Battistini, Ruffo et Scotti, témoigne de ses talents dramatiques et vocaux.

Sammarco possédait une voix forte avec un registre supérieur puissant. Mais de tous les chanteurs célèbres conservés sur les premiers enregistrements, ceux de Sammarco sont considérés comme les plus décevants. La qualité technique de son chant déçoit et le timbre de sa voix peut sembler rugueux. Son chant ne brillait pas par la subtilité et on observe une incapacité singulière à chanter moins que mezzo forte n’ayant aucun concept de legato. Il impressionne le plus lorsqu’il livre des passages déclamatoires dans des opéras de vérisme comme on peut l’entendre dans un enregistrement avec la soprano Emma Carelli dans Tosca. Un grand nombre des disques de Gramophone 78 tours qu’il a réalisés avant la Première Guerre mondiale pour les sociétés Fonotopia, Victor et Pathé et pour le précurseur de HMV sont maintenant disponibles sur des rééditions de CD de divers labels.