Léon David 1867-1962

Léon Baptiste Joseph David était un ténor lyrique français, né aux Sables-d’Olonne le 18 décembre 1867, dont la carrière de trois décennies se limita en grande partie au monde francophone. Il était Issu d’une très ancienne famille sablaise de commerçants (son père était épicier rue Nationale) et de capitaines au long-cours dont plusieurs ont disparu en mer. C’est grâce à l’ouverture d’esprit de ses parents et peut-être aussi à la crainte de voir leur fils disparaître en mer comme deux de ses oncles, qu’il a pu suivre des études musicales au Conservatoire de Nantes. Il poursuivit ses études de chant à Paris avec Victor Alexandre Joseph Warot (1834-1906), ancien chanteur lyrique belge devenu professeur au Conservatoire de musique et de déclamation de Paris, ayant également formé Lucienne Bréval, Jeanne Hatto ou Lina Pacary et le ténor Edmond Clément, future star de l’Opéra. Au lieu de devenir rivaux, les deux ténors formèrent un lien immédiat, une amitié étroite qui dura jusqu’à la mort de Clément en 1928. 

Bien que David se soit classé deuxième à la sortie du Conservatoire, le jeune ténor a tellement impressionné le directeur de l’Opéra-Comique Léon Carvalho (qui faisait partie des juges) qu’il lui a proposé un contrat en 1891. 

Avant de faire ses débuts au Opéra-Comique, cependant, David a été autorisé à accepter un engagement à Monte-Carlo où il fit ses débuts professionnels le 9 février 1867  dans le rôle d’Euxenos dans Gyptis de Noël Desjoyeaux suivi du duc de Mantoue (Rigoletto).

Léon David

En juin de la même année, il entama un long engagement à l’Opéra-Comique de Paris, chantant notamment Iopas dans Les Troyens de Berlioz, en création locale.  Son répertoire comprenait Almaviva, George Brown (La dame blanche), Gerald (Lakmé), Des Grieux (Manon), Wilhelm Meister (Mignon), Nadir (Les pêcheurs de perles), Vincent (Mireille), Werther, Mario (Tosca), Rodolphe (Traviata), et Don José (Carmen), Belmonte (L’enlèvement au Sérail). Il a créé le 01 mai 1900 le Follet (René) d’Ernest Lefèvre-Dérodé.

Il demeurera sociétaire de l’Opéra-Comique pendant 25 ans, jusqu’à la mort de Carvalho en décembre 1897. Le successeur de Carvalho, Albert Carré, n’était pas aussi accommodant envers les artistes que son prédécesseur, ce qui entraîna de grandes tensions. David et Carré s’engagèrent dans une querelle très publique qui obligea le ténor à quitter l’Opéra-Comique en 1900. Il n’y revint en tant qu’artiste invité qu’épisodiquement entre 1908 et 1920.

Heureusement, les problèmes de David avec Carré et l’Opéra-Comique n’ont pas nui à sa réputation et il demeura un artiste très populaire dans les grands théâtres de Bordeaux, Nantes, Marseille, Lyon et Nice . Bien que le ténor préfèrait chanter dans le monde francophone, il fit d’importantes apparitions au Caire, à Alexandrie, à Istanbul, à Lisbonne, à Anvers, à Bucarest et à Sofia. Entre 1900 et 1907, il chanta au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles, où ses rôles comprenaient Belmonte et Dimitri dans Risurrezione de Franco Alfano. En 1913, il créa Paco dans La vie brève de Manuel de Falla à Nice.  Il chanta également à Marseille et Gand. Il créa le rôle de Niepperg dans la création française de Madame Sans-Gêne d’Umberto Giordano à l’Opéra-Comique en 1916. David est également apparu dans les premières mondiales d’une paire d’œuvres maintenant oubliées, La Dogaressa de Nicola Sinadino et Radomir de Gianni Galletti, à Alexandrie et au Caire en 1904.

Après le déclenchement de la Première Guerre mondiale, la carrière de David commença à se ralentir. En mai 1918, il revint à l’Opéra-Comique pour incarner Werther et y donna sa dernière représentation en juillet 1920. Une série de concerts d’adieu s’ensuivit, après quoi le ténor se retira de la vie publique, en 1923. Léon David devint alors professeur au Conservatoire de Paris jusqu’en 1937. Il publia en 1950 une autobiographie, La vie d’un ténor.

Son fils, José David, né en 1913, devait entrer au conservatoire de Paris, après son service militaire, pour y suivre les  classes d’harmonie, de fugue et d’orgue, répondant ainsi à l’atavisme familial, pour faire une carrière de compositeur. 

Quelques tenues de scène de Léon David

Après sa retraite du Conservatoire, le vieux ténor revint dans sa ville natale des Sables-d’Olonne. C’est là que Léon David décéda le 27 octobre 1962, sept semaines avant son 95e anniversaire.

Léon David est un ténor injustement oublié aujourd’hui. Il existe de nombreuses raisons possibles à cet oubli, comme une vie personnelle et professionnelle compliquée. Sa relation litigieuse avec Albert Carré a très certainement raccourci sa carrière à l’Opéra-Comique. Un autre facteur était la mauvaise santé de sa première épouse, Alice, qui a commencé à présenter des signes de maladie mentale peu après leur mariage en 1899. Elle fut hospitalisée en 1901 et mourut dans un asile en 1908. Sa seconde épouse était enceinte au moment où, en 1910, on lui proposa un contrat au Boston Opera. Il dut refuser l’offre, son épouse ayant une grossesse particulièrement difficile. Il ne souhaita pas la quitter à un moment aussi important. Il n’a ainsi jamais chanté en Amérique du Nord. Les enregistrements peu nombreux qu’il fit sont aussi une raison de son oubli aujourd’hui. Ils permettent toutefois d’entendre un ténor lyrique corsé et robuste, avec un sens du style très développé et une excellente diction. Sa voix était peu puissante mais très souple vocalisant avec aisance, avec un médium large. Il fut l’un des derniers ténors belcantistes français.