Piero Cappuccilli 1926-2005

Piero Cappuccilli fut l’un des tout meilleurs barytons verdiens et l’un des plus grands barytons de la seconde moitié du XXème siècle. Il s’est essentiellement consacré à Verdi en interprétant dix-sept de ses vingt-huit opéras où rayonnait sa voix exceptionnelle, caractérisée par une étonnante homogénéité et une magnifique ampleur. Le baryton se distinguait aussi par sa longueur de souffle et une grande aisance dans le registre aigu qui lui assurait les ovations d’un public enthousiaste. Enfin le nom de Cappuccilli est étroitement associé à celui de la Scala de Milan dont il est devenu l’un des piliers depuis ses débuts en 1964. Deux productions de légende lui ont permis d’inscrire à jamais son nom dans l’histoire du théâtre lyrique, Simon Boccanegra en 1971 et Macbeth en 1975.

Il vit le jour à Trieste le 9 novembre 1926 de parents originaires de Ripabottoni (province de Campobasso dans le Molise). Enfant il était passionné de plongée sous-marine. Cet intérêt lui a probablement été transmis par son père, un officier de la marine, et Cappuccilli a souvent affirmé que ce sont les exercices d’apnée qui l’ont aidé à obtenir de très longues respirations pour ses performances lyriques. Il envisageait de devenir architecte mais il fut entendu, en 1949, lors d’une audition dans un opéra local, par Luciano Donaggio, un chanteur à la retraite qui commençait une deuxième carrière d’enseignant. Ce dernier l’exhorta à étudier le chant. Cappuccilli était encore réticent, croyant avoir une meilleure carrière potentielle en tant qu’architecte. Il interrompit même brièvement ses cours, jusqu’à ce que l’insistance de Donnaggio et l’offre de cours gratuits le persuadèrent de reprendre ses études en 1950. Il étudia avec Luciano Donaggio dans sa ville natale pendant quatre années. Influençé par les encouragements de ses proches, il décida de poursuivre une carrière dans l’opéra et y fit ses débuts sur scène en 1951, en chantant de petites pièces.

En 1955, Cappuccilli passa une audition pour La Scala de Milan. Les auditionneurs, profondément impressionnés, l’encouragèrent à participer au concours Viotti à Vercelli. Après avoir décroché la première place, il obtint une longue tournée en Allemagne où il chanta Figaro (Le Barbier de Séville) pour quatre-vingt dix représentations. Ce sera un rôle qu’il chantera rarement plus tard.

Piero Cappuccilli

Il fit ses débuts officiels à l’opéra en 1957 au Teatro Nuovo de Milan, en chantant Tonio de I Pagliacci. En 1959, il enregistra Lucia di Lamermoor à Londres avec Maria Callas sous la direction de Tullio Serafin et en septembre, Gioconda à La Scala, encore avec avec Maria Callas, sous la direction de Antonino Votto. Toutes les portes des Opéras italiens s’ouvrirent alors à lui et son nom commença à être connu aussi à l’étranger comme celui de l’un des barytons les plus prometteurs de la nouvelle génération. En mars 1960, il fit ses débuts au Metropolitan Opera, chantant Giorgio Germont dans Traviata, pour ce qui sera sa seule représentation au Met. 

Cappuccilli a passé la majeure partie de sa carrière à chanter en Europe, avec seulement de rares voyages en Amérique du Nord et du Sud. Il chanta Enrico (Lucia di Lammermoor) puis Amonasro (Aida) à la Scala. En 1966, il chanta Rigoletto aux arènes de Vérone et en 1967, il fit ses débuts au Covent Garden de Londres dans le rôle de Germont (Traviata). Il s’est également produit à l’Opéra national de Vienne et au Festival de Salzbourg. Il travailla avec les plus grands chefs d’orchestre européens de son temps (Karajan, Gavazzeni, Abbado, Kleiber) et devint l’un des meilleurs interprètes du répertoire italien. Il fonda sa carrière sur des règles solides: il attendit que sa voix parvienne à sa maturité avant d’affronter Un Ballo in Maschera ou La Forza del Destino. Les mêmes règles s’appliquaient du côté interprétatif: par exemple, il n’a approché Simon Boccanegra qu’après quinze ans de carrière et Macbeth après dix-huit ans.

Piero Cappuccilli avec Luciano Pavarotti, Giuseppe Di Stefano et Maria Callas

En 1969, il chanta dans I Puritani à Chicago, et aborda son désormais légendaire Simon Boccanegra à La Scala et fit Il Trovatore en 1973 à l’Opéra de Paris. En 1975, il chanta dans Macbeth sous la direction d’Abbado et le rôle de Posa dans Don Carlo au festival de Salzbourg sous la direction de Herbert Von Karajan. En 1976 il participa à Otello, à La Scala, aux côtés de Plácido Domingo sous la direction de Carlos Kleiber et réalisé par Franco Zeffirelli. Il obtint aussi de grands succès sur les plus grandes scènes du monde: San Francisco, Miami, Montréal, Chicago, New York, Washington, Paris, Londres, Salzbourg, Vienne, Munich, Barcelone, Madrid, Bilbao, Tokyo, Sydney, Pretoria, Caracas, Buenos Aires, Rio de Janeiro, Las Palmas, Ténérife; et dans tous les théâtres italiens tels que Teatro alla Scala, Verdi de Trieste, San Carlo de Naples, Arena de Vérone, Maggio Fiorentino, Opéra de Rome, Fenice de Venise, Petruzzelli de Bari, Carlo Felice de Gênes, Regio de Parme, Regio de Turin, Sferisterio di Macerata, Torre del Lago au Festival Puccini, Massimo di Palermo, Olimpico di Vicenza et bien d’autres. 

On retiendra également, à La Scala en 1983, son rôle de Gerard dans André Chénier, un spectacle dont il existe un enregistrement vidéo. En 1989, il incarna pour la dernière fois dans le théâtre milanais dans le rôle de Scarpia (Tosca).

Cappuccilli dans divers rôles

Sa carrière se poursuivit jusqu’en 1992, date à laquelle, au lendemain d’une représentation de Nabucco dans les arènes de Vérone, alors qu’il revenait chez lui à Venegono, dans les collines au nord de Milan, il subit un grave accident de voiture. Pour des raisons qui n’ont jamais été bien établies, sa Jaguar s’est renversée plusieurs fois juste à côté de la sortie d’autoroute. Il a été transporté à Niguarda dans le coma et hospitalisé en soins intensifs.

Piero Cappuccilli

Sa forte constitution lui a permis, en juillet de l’année suivante, de fouler à nouveau la scène, aux Thermes de Caracalla pour triompher une fois de plus dans Aida. «J’ai perdu du poids», a-t-il plaisanté avec ses amis qui l’entouraient attentivement dans le vestiaire. «J’ai fait un régime sans le vouloir et j’ai atteint le poids idéal ….. Bien sûr, il aurait été préférable de me casser la jambe, ou les deux, au lieu de subir un terrible choc au crâne … Mais ma tête est dure!»

Il fut cependant contraint à se retirer de la scène. Il s’est ensuite consacré à l’enseignement.

Il est mort dans sa ville natale de Trieste, à l’âge de 78 ans laissant dans le deuil son épouse, Graziella, et ses trois enfants, Patrizia, Giovanni et Pier Paolo; et deux petits-enfants.

Il a laissé une impressionnante discographie. Il a enregistré Lucia di Lammermoor trois fois, d’abord avec Maria Callas en 1959, puis avec Margherita Guglielmi et enfin avec Beverly Sills en 1970. D’autres enregistrements notables incluent Rigoletto, face à Ileana Cotrubas et Plácido Domingo dirigé par Carlo Maria Giulini, Macbeth, face à Shirley Verrett, et Simon Boccanegra, face à Mirella Freni et Nicolai Ghiaurov, tous deux dirigés par Claudio Abbado. Il avait précédemment enregistré Simon Boccanegra sous Gavazzeni avec à Katia Ricciarelli. Il a également enregistré Don Carlo, Il trovatore et Aida avec Herbert von Karajan.

Cappuccilli

Cappuccilli fut très admiré en tant que baryton-Verdi, où sa belle voix douce, étendue et homogène , sa technique vocale fine, son élégance musicale et sa présence sur scène firent merveille. Doté d’un timbre plein et chaleureux, sa voix flottait sur le souffle, rendant possible une grande ampleur et solennité au phrasé. Ses notes aiguës sont d’une perfection classique et la diction est impeccable. Il était capable d’émettre des si bémol aigus, comme dans la cabalette du rôle de Ezio dans Attila, E guettata la mia sorte, qui était régulièrement bissée par le public. Son souffle parfaitement contrôlé et son incroyable légato furent étudié par nombre de ses collègues célèbres.

C’était un homme serein. Un artiste discret qui en plus de vingt ans de présence à La Scala, ne provoqua jamais la moindre dispute. Pour lui, chanter était comme «plonger dans la mer». Homme au style de vie simple, il n’aimait pas les mondanités et en dehors du théâtre, il ne vivait que pour sa famille.