Tito Gobbi 1913-1984

Tito Gobbi fut un baryton italien, acteur et metteur en scène, également scénographe, costumier, créateur et enseignant. Il fut considéré comme l’un des meilleurs barytons italiens de sa génération. 

Tito Gobbi est né à Bassano del Grappa le 24 octobre 1913. Le jeune Tito a étudié le droit à l’Université de Padoue. Il avait 19 ans lorsque son talent a été découvert par un musicien, ami de la famille, le baron Agostino Zanchetta, qui lui a suggéré d’étudier le chant d’opéra en tant que baryton. Ainsi, en 1932, Gobbi s’installa à Rome pour travailler avec Giulio Crimi (1885-1939), un ténor sicilien qui fut le premier interprète du triptyque de Puccini et du Francesca da Rimini de Zandonai. Tilde (Matilda) De Rensis, fille du musicologue Raffaello De Rensis, qui en 1937 devint sa femme, l’accompagnait au piano lors de la première audition. De ce mariage est née une fille unique, Cecilia, qui s’occupe de l ‘«Associazione Tito Gobbi», un site dédié à la mémoire du défunt baryton. La sœur de Tilde a épousé la grande basse bulgare, Boris Christoff.

En 1935, il monta pour la première fois sur scène à Gubbio en interprétant le comte Rodolfo dans La Sonnambula de Bellini et, peu de temps après, grâce à une audition avec le maestro Gino Marinuzzi, il obtint une bourse au Teatro alla Scala où, entre 1935 et 1936 il prépara de nombreux rôles afin de remplacer les chanteurs malades. Mais cela ne se produisit qu’une seule fois, pour chanter en public une courte phrase du héraut dans l’Orseolo de Pizzetti. Cela va bientôt changer, car il remporta l’année suivante le premier prix du Concours international de chant de Vienne, ce qui lui permit de jouer dans Condottieri, le premier de ses 26 films, et d’obtenir une bourse pour le centre de formation de la Scala de Milan.

En 1937, il fit officiellement ses débuts sur la scène du Teatro Adriano de Rome dans le rôle de Germont (Traviata). Ses débuts suscitèrent l’intérêt du maître Tullio Serafin qui le fit venir au Teatro dell’Opera di Roma où, sous sa houlette, il étudia les partitions et les mises en scène de nombreux rôles mineurs avant d’aborder progressivement les grands personnages, dont certains seront destiné à devenir emblématique de sa carrière comme Scarpia, le marquis de Posa, Renato et Simon Boccanegra.

le 15 janvier 1938, il fut pour le Teatro dell’Opera di Roma le commissaire-priseur dans Gloria de Cilea dirigé par Oliviero De Fabritiis avec Maria Caniglia et Beniamino Gigli, suivi d’Esaù dans Lo stranero de Pizzetti dirigé par Serafin avec Stella Roman et Giacomo Vaghi. Il fut la première sentinelle dans la première de La donna senz’ombra réalisé par Gino Marinuzzi avec Viorica Ursuleac, Giovanni Voyer, Benvenuto Franci, Alessio De Paolis et Giuseppe Taddei. Il fut Escamillo de Carmen réalisé par De Fabritiis avec Licia Albanese, Gianna Pederzini, Giacomo Lauri-Volpi et Carlo Tagliabue. Il chanta le héraut de Lohengrin réalisé par Vincenzo Bellezza avec Pia Tassinari et Ebe Stignani aux Thermes de Caracalla, puis Metifio dans L’Arlesiana de Francesco Cilea réalisé par De Fabritiis avec Licia Albanese, Pederzini, Tito Schipa, Gino Bechi et Giulio Neri et Simon d’Armario dans la première de La nef d’Italo Montemezzi réalisé par Serafin avec Gina Cigna, Mario Basiola et Giuseppe Taddei.

De nouveau à Rome en 1939, il y chanta Sharpless dans Madame Butterfly dirigé par Victor de Sabata, l’évêque et le 1er soldat dans la reprise de Fra Gherardo de Pizzetti avec Taddei, dirigée par Serafin, Don Ottavio dans la première représentation de Il finto Arlecchino de Gian Francesco Malipiero dirigée par Serafin, Pietro dans la reprise de Hänsel et Gretel d’Engelbert Humperdinck encore dirigée par Serafin, Melot dans la reprise de Tristan et Yseult dirigée par De Sabata, Silvio aux Thermes de Caracalla (I Pagliacci), le gardien de la reprise des Maîtres chanteurs de Nuremberg, Terpulòv en première dans le rare opéra Monte Ivnòr de Lodovico Rocca avec Ines Adami-Corradetti.

En 1943 il incarna le baron Scarpia (Tosca) avec Caniglia et Gigli, Ahmed dans Le Mariage de Haura d’Adriano Lualdi, Ismet dans la reprise de Emiral de Bruno Barilli. En 1944 il fut Figaro dans il barbiere di Siviglia. En 1947 ce fut Tonio dans la reprise de I Pagliacci, Jokanaan dans la reprise de Salomé. En 1953 il chanta dans Guglielmo Tell lors de la première représentation de cet opéra aux Thermes de Caracalla avec Antonietta Stella. En 1954 il fut Nabucodonosor dans la première représentation, toujours aux Thermes de Caracalla, de Nabucco avec Gabriella Tucci, Miriam Pirazzini et Boris Christoff. En 1955 il chanta dans Macbeth, en 1957 dans Aida (Amonasro), en 1963 dans Falstaff avec Renato Capecchi et Fedora Barbieri. Au total, pendant trente saisons au Teatro dell’Opera de Rome, il a interprété 67 rôles différents en 400 représentations.

Tito Gobbi et Mirella Freni dans Les noces de Figaro

En 1941, à la Fenice de Venise, il fut Marcello (La bohème) avec Mafalda Favero; en 1942 Sharpless (Madama Butterfly), en 1948 Renato (Un bal masqué) avec Mario Del Monaco et Pirazzini; en 1960 Iago (Otello) avec Del Monaco; en 1961 Sir John Falstaff avec Capecchi, Alfredo Kraus et Barbieri, en 1962 Guglielmo Tell avec Angelo Nosotti et en 1971 le Baron Scarpia.

Au Théâtre Municipal de Florence, en 1941, il fut Idraote dans la première représentation de (Armide) de Gluck avec Fedora Barbieri et Tagliavini et en 1954 Nabucodonosor dans la reprise de Nabucco dirigée par Serafin, avec Anita Cerquetti, Pirazzini et Christoff. Il chanta dans Gianni Schicchi en 1969.

En 1942, au Théâtre Verdi de Trieste, il eut le rôle du Christ dans La Résurrection du Christ de Lorenzo Perosi, suivi en 1943 par Orfeo, par Figaro en 1951 avec Fernando Corena, par Marcello en 1954 et Scarpia à dans une Tosca avec Caniglia, par Macbeth en 1959 et Sir John Falstaff avec Cappuccilli et Barbieri en 1960.

Le 26 décembre 1942, à La Scala, il fut Falstaff avec Fedora Barbieri dirigé par de Sabata et par la suite fut la vedette de la première italienne de Wozzeck d’Alban Berg (dans le rôle titre), l’un de ses chefs-d’œuvre, qu’il chantera plus tard à Naples et à Vienne avec Karl Böhm puis à La Scala avec Dimitri Mitropoulos dans la première représentation en 1952.

Sa dernière représentation de Wozzeck sera enregistrée pour la RAI à Rome en 1954, sous la direction du maestro Nino Sanzogno. En plus de Wozzeck, il a chanté Nebbie de Respighi, accompagné du pianiste Gerald Moore.

Gobbi dans le rôle de Figaro du Barbier de Séville

Au fil des années, son répertoire a commencé à devenir très vaste, comprenant plus de 136 personnages dans plus de 100 opéras de différentes époques, allant de Monteverdi à ses contemporains (Pizzetti, Wolf-Ferrari, Berg, Weill, Respighi, etc. ), sans oublier les personnages de Verdi et des compositeurs véristes dont Ford (Falstaff), Belcore (L’elixir d’amour), Marcello (La bohème), Giovanni De Siriex (Fedora ), le premier doge de Gênes (Simon Boccanegra), le marquis de Posa ou Rodrigo (Don Carlo), Rigoletto, Gianni Schicchi et bien d’autres, aussi bien dans les théâtres italiens qu’à l’étranger.

En 1946, il fut Figaro dans la reprise du barbier, au Teatro Regio di Parma. En 1947, il revint à La Scala pour chanter en italien La damnation de Faust d’Hector Berlioz. La même année également, Rigoletto à Stockholm. Il débuta ainsi une carrière internationale, qui le mena partout dans le monde, donnant la réplique à plusieurs des grands interprètes de l’opéra du XXème siècle comme Maria Callas avec laquelle , il a chanté de nombreuses fois dans Tosca, dont il nous reste deux enregistremants en studio et plusieurs autres en direct.

Il fit ses débuts en octobre 1948 à l’Opéra de San Francisco, comme Figaro puis Marcello (La bohème avec Albanese et Jussi Björling), Belcore dans L’elixir d’amour avec Bidu Sayão et Ferruccio Tagliavini. En 1960 comme Jack Rance (La fanciulla del West) , Simon Boccanegra et Scarpia, en 1962 Iago avec Victoria de los Ángeles et Raina Kabaivanska et en 1964 Gianni Schicchi et Nabucco.

Sa voix est devenue, vers les années cinquante, plus sombre et plus puissante, de manière à lui permettre d’aborder les œuvres de Richard Wagner: Lohengrin, Tristan und Isolde et la Tétralogie. Parallèlement on le vit dans Alceste, Armis et Euridice de Gluck. Il chanta même dans Boris Godounov sous la direction de De Fabritiis .

Son répertoire comprenait également de la musique de la Renaissance et de la musique baroque, par exemple L’Orfeo et Tancredi et Clorinda, tous deux de Monteverdi, Il Pompeo de Scarlatti, et des arias de Carissimi, Scarlatti, Giordani, Vivaldi, Cavalli ainsi que des mélodies napolitaines.

Il a par ailleurs chanté la musique de Weber et de Mozart. Il fut Don Giovanni au Festival de Salzbourg en 1950 puis à l’Opéra de Rome dirigé par Wilhelm Furtwängler avec le Wiener Philharmoniker, aux côtés d’Elisabeth Schwarzkopf et Erich Kunz.

Callas et Gobbi dans Tosca

Entre 1952 et 1964, il réalisa de nombreux enregistrements en studio, notamment au Teatro alla Scala, dont Tosca (de Sabata, 1953, et Prêtre, 1964), Don Carlo (Santini, 1954), Aida (Serafin, 1955), Falstaff ( Karajan, 1956), Le Barbier de Séville (Galliera, 1957), Otello (Serafin, 1960) et bien d’autres. Puis, ce fut Figaro dans Il barbiere di Siviglia (Galliera) et à nouveau, en 1956, avec Luigi Alva et Maria Callas sous la direction de Carlo Maria Giulini. A noter également: Rodrigo (Don Carlo) dirigé par Giulini, mis en scène par Luchino Visconti, Tosca avec Maria Callas et Renato Cioni à Covent Garden en 1964 sous la direction de Carlo Felice Cillario, réalisé par Franco Zeffirelli, suivis immédiatement après Londres, au Lyric Opera de Chicago, par Simon Boccanegra sous la direction de Bruno Bartoletti.

De plus, sous la direction du maestro Herbert von Karajan, il existe deux versions enregistrées de Falstaff, en studio en 1956 et en concert, à Salzbourg, en 1957, avec Rolando Panerai, Elisabeth Schwarzkopf, Anna Moffo, Giulietta Simionato et Fedora Barbieri. Son Falstaff en version concert de 1958 à Chicago dirigé par Serafin est également célèbre. Puis, vers la fin de sa carrière, il fut Don Giovanni avec Colin Davis à Londres en 1967, Ferdinand Leitner à Chicago en 1969 et De Fabritiis à Lisbonne en 1971.

Il fit ses débuts aux arènes de Vérone en 1954 dans le rôle d’Amonasro avec Del Monaco sous la direction de Fausto Cleva.

En 1955, au Royal Opera House de Londres il chanta encore Scarpia (Tosca) avec Tagliavini et Renata Tebaldi, Rigoletto en 1956, Rodrigo en 1958 (Don Carlo) avec Jon Vickers, Boris Christoff et Fedora Barbieri dirigés par Giulini, Macbeth en 1960 avec Amy Shuard, Falstaff en 1961 avec Mirella Freni, Otello (Iago) en 1962 avec Del Monaco et Kabaivanska dirigés par Georg Solti, et en 1963, Don Giovanni avec Freni, Le Mariage de Figaro (Almaviva) avec Mirella Freni et Teresa Berganza dirigés par Solti. Citons encore Michele en 1965 dans Il tabarro, Gianni Schicchi et Simon Boccanegra dont il fut également le producteur. Jusqu’en 1974, il a participé à 48 représentations à Londres.

De nouveau à La Scala en 1956, il fut Lord Inferno dans la première mondiale de L’ipocrita felice de Giorgio Federico Ghedini avec Graziella Sciutti. Il fut aussi Jack Rance dans la première de La fanciulla del West avec Franco Corelli, en 1957, et Sir John Falstaff dans la première de Falstaff avec Panerai, Schwarzkopf, Moffo et Barbieri dirigés par Karajan. En 1959 il y chanta Marcello (La bohème) et Gianni Schicchi avec Renata Scotto ainsi que Iago (Otello) en soirée de gala pour l’ouverture de la saison avec Del Monaco mais aussi Scarpia dans la première de Tosca avec Tebaldi et Di Stefano. En 1961 il fut Rodrigo dans Don Carlo avec Boris Christoff, Nicolai Ghiaurov et Christa Ludwig et en 1962 Michele dans la première de Il tabarro avec Clara Petrella.

Tito Gobbi dans quelques uns de ses rôles
Gobbi dans Rigoletto

À l’Opéra de Chicago, en 1955, il chanta Amonasro (avec Doro Antonioli, Astrid Varnay et Tebaldi dirigés par Serafin), Marcello (avec Giuseppe Di Stefano et Tebaldi dirigés par Serafin), Rigoletto (avec Björling) et Michele dans Il tabarro (avec Carlo Bergonzi). En 1956 il y chanta Jack Rance (avec Del Monaco dirigé par Mitropoulos), Carlo dans André Chénier (avec Del Monaco) puis Scarpia avec Björling et Tebaldi. En 1957 il chanta Iago (avec Del Monaco et Tebaldi dirigés par Serafin), Tonio dans I Pagliacci (avec Del Monaco et Cornell MacNeil), le comte Almaviva des Noces de Figaro (avec Walter Berry, Anna Moffo et Simionato dirigés par Solti), Michonnet dans Adriana Lecouvreur (avec Tebaldi, Di Stefano et Simionato), Rodrigo dans Don Carlo (avec Jussi Björling, Anita Cerquetti et Boris Christoff dirigés par Solti). En 1958, il y incarna Sir John Falstaff avec Tebaldi, Simionato et Moffo dirigés par Serafin, Gianni Schicchi et Figaro. En 1959 il fut Simon Boccanegra avec Richard Tucker; Renato (Un bal masqué) avec Di Stefano et Birgit Nilsson; en 1960 De Siriex (Fedora), qu’ il chanta et mit en scène. Toujours à Chicago, on le vit les années suivantes: dans Nabucco en 1963, Simon Boccanegra en 1965, Otello en 1966, Falstaff en 1968, Don Giovanni et Il barbiere di Siviglia en 1969, Gianni Schicchi en 1970, Tosca en 1971, Un bal masqué en 1972 et André Chénier en 1979.

Gobbi et Mario Del Monaco
dans Otello


Au Metropolitan Opera de New-York, il fit ses débuts en 1956 en Scarpia avec Di Stefano et Corena sous la direction de Mitropoulos puis en Rigoletto dirigé par Cleva. Suivirent: Iago avec Del Monaco et Tebaldi en 1958, Sir John Falstaff en 1966. Toujours au Met, il fit ses débuts de metteur en scène en 1978 dans Tosca avec Shirley Verrett, Luciano Pavarotti, Cornell MacNeil et Corena sous la direction de James Conlon.

Au Wiener Staatsoper il fait ses débuts en 1957 dans le rôle de Sir John Falstaff avec Panerai, Alva, Schwarzkopf, Moffo et Simionato dirigés par Karajan. En 1958 il y donna Tosca avec Tebaldi dirigée par Karajan et Otello. En 1959 il y chanta Amonasro avec Tebaldi, Simionato, dirigés par Karajan.

De nouveau à Salzbourg en 1961, il fut Simon Boccanegra avec Panerai. Au Grand Théâtre de Genève en 1963, il fut encore Scarpia avec Régine Crespin et Di Stefano et en 1966, Iago dans Otello, avec José van Dam et Gwyneth Jones.

Tito Gobbi dans le rôle de Scarpia (Tosca); à gauche avec Maria Callas; à droite avec Renata Tebaldi.

Le rôle qu’il a le plus chanté est celui du baron Scarpia (environ neuf cents représentations) dans Tosca, aux côtés de Renata Tebaldi et de Maria Callas. Un autre rôle de prédilection fut celui de Iago dans Otello (environ cinq cents représentations) successivement avec Ramón Vinay, Jon Vickers et Mario Del Monaco. Avec ce dernier dans les années 50, sous la direction d’Alberto Erede, il obtient un énorme succès, disponible en DVD.

Tito Gobbi avec Maria callas. A gauche en 1965 dans Tosca; à droite à Moscou en 1970.

Le 5 juillet 1965, il incarna encore Scarpia au Covent Garden de Londres avec Maria Callas  dont ce sera l’ultime apparition sur une scène d’opéra. Il existe une captation du deuxième acte de cette Tosca, constituant un précieux témoignage qui permet d’apprécier toute l’intensité du jeu de ces deux artistes de légende. Gobbi et Callas avaient auparavant chanté Tosca ensemble dans un enregistrement EMI classique de 1953 fait à Milan, avec Giuseppe Di Stefano comme Cavaradossi et Victor de Sabata à la baguette. Cet album de 1953 a été réédité sur un disque de gramophone de longue durée et, plus tard, sur CD. Il est considéré par beaucoup comme le meilleur enregistrement d’un opéra complet jamais réalisé. Gobbi était un ami proche, un bon collègue et un admirateur de Maria Callas. Il a été interviewé à plusieurs reprises sur leurs différentes collaborations scéniques, notant dans son livre que «avec Maria, ce n’était pas de la scène mais de la vie».

En 1966, Tito Gobbi provoqua un scandale en annulant sa participation au Don Carlo de Verdi qu’il devait chanter à l’Opéra de Paris. Il fera ses adieux au public en 1979, entamant ensuite une carrière de metteur en scène, tout en se consacrant à l’enseignement. 

Tito Gobbi et Luciano Pavarotti


Au cours des années 1960, Gobbi s’est plongé dans la mise en scène. Au total, entre 1965 et 1982, il a réalisé la production d’une dizaine d’opéras différents. Les dix opéras ont été montés au total près de quarante fois par des compagnies d’opéra en Europe et en Amérique du Nord, notamment pour le Lyric Opera de Chicago pour lequel il a dirigé neuf des dix versions.

À la retraite, Gobbi s’est tourné vers l’écriture et a produit deux livres, dont le premier, Tito Gobbi: Ma vie (La mia Vita), autobiographie parue en 1979. Cinq ans plus tard, il a écrit Tito Gobbi et son monde de l’opéra italien dans lequel il a analysé de nombreux opéras dans lesquels il a joué ou qu’il a dirigé (ou les deux) et a fourni des informations de base sur eux, leurs compositeurs et les productions elles-mêmes. Dans le cas de Tosca, il y consacre un chapitre à un examen analytique de chaque personnage de l’opéra (même les plus mineurs) et, pour le rôle de Scarpia, il déclare: «Je peux prétendre le connaître plutôt bien … » Il consacre trois pages à un examen détaillé du personnage tel qu’il l’a observé et joué pendant de nombreuses années.

Gobbi est décédé d’un cancer le 5 mars 1984 à Rome, à l’âge de 69 ans. 

Titi Gobbi avait une voix qui, sans être puissante, était bien colorée, moelleuse et délicate dans la mezza voce, flexible dans le légato et soutenue par de remarquable qualités d’interprétation et de présence scénique. Il avait de sérieux problèmes dans les aigus, qu’il affrontait sans les placer correctement dans les résonateurs et qui étaient toujours ouverts et engorgés, ce qui les rendait plus proches de hurlements que du chant. Ces graves lacunes techniques ont compromis la fin de sa carrière. Mais il fut surtout exceptionnel pour sa capacité de pénétrer à fond la psychologie de ses personnages dont il étudiait le contexte méticuleusement. Il avait une manière remarquablement subtile d’utiliser sa voix pour illustrer le drame et l’émotion de la musique. S’il manquait à sa voix la beauté d’un Robert Merrill ou la puissance d’un Lawrence Tibbett, il l’a plus que compensé par une fluidité et une expressivité qui le rendaient inégalé en tant qu’acteur-chanteur. il savait jouer sur la couleur des notes et mettre en relief les mots pour cerner au mieux toute la complexité des personnages qu’il savait faire vivre sous les yeux du spectateur. Il s’est imposé sur les scènes internationales les plus prestigieuses en interprétant magistralement de grands rôles verdiens comme Falstaff, Iago, et Scarpia. A l’instar de Maria Callas dont il a été un des partenaires privilégiés, Tito Gobbi est un «chanteur-acteur » qui a durablement marqué le public par ses talents de tragédien.

Titi Gobbi et l’art du maquillage
Tito Gobbi à Moscou en 1970 pour le jury du concours Tchaikovsky

De nombreux documents subsistent sur l’art de Tito Gobbi: des compilations d’arias et deux œuvres complètes, ainsi que de nombreux enregistrements «live». Il y a aussi quelques films, en particulier ceux d’opéra des années 40 et 50: Le Barbier de Séville, Rigoletto (film de 1946), La Force du Destin, PagliacciTragic Love (avec Gina Lollobrigida), L’elixir d’amour, Cavaleria rusticana, etc. À cette époque, ces films musicaux et d’autres ont beaucoup contribué à la popularité des chanteurs d’opéra. Il y a aussi un récital-interview, où il chante tous ses plus grands succès, réalisé par Armando Gatto, et quelques vidéos d’airs d’opéra publiées par la BBC. Il est venu chanter jusqu’à l’âge de 65 ans pour Gianni Schicchi dirigé par Lorin Maazel, en 1978 et l’année suivante en tant que “narrateur” dans Le Villi. Tito Gobbi a réalisé des disques exclusivement pour Decca Records et EMI, sauf Le Villi et Gianni Schicchi pour CBS, Otello et Cavalleria rusticana pour RCA et La bohème pour Deutsche Grammophon.

L’album Tosca, avec Maria Callas, Giuseppe Di Stefano, Tito Gobbi, l’orchestre et le chœur du Teatro alla Scala, dirirgé par Victor De Sabata pour le 1953 Columbia / EMI a été honoré avec le Grammy Hall of Fame Award 1987.

Son étude de personnage avait une forte connotation visuelle: il dessinait chaque personnage avec une petite caricature. La caractérisation du personnage se faisait à partir du livret complet, c’est-à-dire du personnage inséré dans le contexte, par rapport aux autres, de toutes les sources littéraires, de l’étude de la période historique, etc. Ce type de vision du théâtre l’a conduit facilement à la mise en scène et à l’enseignement. Il dirigea, à partir de 1973, diverses masterclasses, en Amérique (Rosary College et Juilliard School) et dans divers pays européens, en Italie à Florence (Villa Schifanoia) et à Asolo, formant un grand nombre d’artistes. Lui-même voulait que les jeunes aiment le travail, comme en témoignent ces phrases: «Je pense et je crois qu’il est de mon devoir de transmettre aux jeunes générations ce que j’ai eu la chance d’apprendre en plus de quarante ans de carrière. Je ne pense pas que la richesse de l’expérience que j’ai accumulée devrait disparaître avec moi.»

«Mon objectif est d’affiner le talent des jeunes chanteurs pour en faire des interprètes, les chanteurs-comédiens que Verdi voulait. J’enseigne en laissant de la place au développement de la personnalité artistique des élèves et à leur interprétation. “

Il existe des enregistrements de ses leçons publiés par l’Associazione Musicale Tito Gobbi. Parmi ses passe-temps, il y avait le dessin et la peinture, avec les matières et les techniques les plus variées: combinant cette capacité à un sens de l’humour fin, il réalisa également des caricatures amusantes; il aimait la cuisine, les voitures et les animaux: parmi ses «animaux de compagnie», il y avait aussi un lion.