Giulio Neri 1909-1958

Véritable phénomène vocal, Giulio Neri fut l’un des rares chanteurs italiens à posséder une réelle voix de basse profonde au XXème siècle.

Il est né à Sienne en Toscane, le 21 mai 1909.  Il commença à chanter dans sa ville natale où il fut repéré par un noble local qui souhaita lui offrir ses études. Il travailla d’abord à Florence avec Ferraresi. Il remporta un prix lors d’un concours au Mai florentin qui lui permit d’entrer au Conservatoire de musique de Rome où il débuta en 1935 (Teatro Quatro Fontane). Il chanta d’abord de petits rôles, mais dès 1938, après ses débuts à l’Opéra de Rome, il devint rapidement la première basse du Théâtre Royal.

Giulio Neri

Il chanta alors dans toute l’Italie, où il brilla dans le répertoire italien (Oroveso, Baldassare, Sparafucile, Padre Guardiano, Grand Inquisitore, Ramfis, Alvise, Mefistofele… ) et allemand (Roi Heinrich, Roi Marke, Titurel… ), mais est aussi un mémorable Don Basilio dans Il Barbiere di Siviglia

Il chanta dans de nombreux théâtres étrangers: le métropolitain de New-York, le Liceu de Barcelone, Covent Garden de Londres, en Suisse, au Portugal, au Brésil, en Argentine. En 1945 Il chanta un Requiem de Verdi historique avec Beniamino Gigli, Maria Caniglia et Miriam Pirazzini, dirigé par Serafin, dans la Cité du Vatican. 

Giulio Neri dans le rôle de Mephisto.

Sa voix était particulièrement sombre et tonitruante, typique de l’authentique basse profonde. Le timbre était vraiment caverneux, sans ruse aucune de la part du chanteur. C’était un don de la nature. Il pouvait descendre au do1 en gardant intacte l’épaisseur et la densité de ses notes centrales et en créant un effet sonore d’orgue tout à fait incroyable. Cette voix lui permit de jouer avec une grande maîtrise, de nombreux rôles pittoresques et dramatiques, allant sur les tons les plus graves de la voix masculine. Méphistophele (de Boito) était son rôle préféré, en plus des rôles de Baldassare de La Favorita, Le Grand Inquisiteur de Don Carlo, Sparafucile dans Rigoletto, Ramfis dans Aida et aussi Don Basilio du Barbier de Séville. Il a abordé Wagner, Rossini (outre le Barbier, citons Le siège de Corinthe, Guillaume Tell et Mose), mais aussi Moussorgski, Spontini (la Vestale), Stravinsky (Le Rossignol), Monteverdi (L’Orfeo), Berlioz, Alfano (Sakuntala), Gounod (Faust), Ponchielli (La Gioconda), Mascagni (Iris), Massenet (Manon), Borodine (Prince Igor). Au cinéma Il fut l’un des interprètes du film Puccini en 1953 ainsi que Ramfis dans la bande originale du film Aida.

Il tourna un film, mi permette babbo (Vous permettez cher père) avec l’acteur italien Alberto Sorti (qui avait aussi une belle voix de basse profonde) dans lequel ils purent chanter en duo.

Marié à la danseuse classique Laura Lauri, père de deux enfants, il mourut à Rome le 21 avril 1958, brutalement et prématurément, d’une crise cardiaque à l’âge de 48 ans.