Pasquale Amato 1878-1942

Pasquale Amato fut un baryton italien, l’un des plus remarquables de son époque, avec un registre supérieur facile. Authentique virtuose verdien, il eut une réputation internationale mais réalisa une grande partie de sa carrière au Metropolitan Opera où il chanta de 1908 à 1921.

Pasquale Amato

Pasquale Amato est né à Naples le 21 mars 1878. Il fit ses études musicales au Conservatoire San Pietro a Majella de Naples avec Vincenzo Lombardi et Beniamino Carelli. Vincenzo Lombardi était chef d’orchestre, professeur de chant et il contribua aussi à la formation du grand Enrico Caruso. Beniamino Carelli était l’un des professeurs de chant les plus recherchés d’Italie à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle. Il eut aussi comme élèves Giannina Arangi-Lombardi, Francesco Maria Bonini, Maria Capuana, Fernando De Lucia, Franco Lo Giudice, Riccardo Martin et Raimund von zur-Mühlen, entre autres. Son livre, L’Arte del canto: metodo teorico-pratico, reste un texte important sur l’art du chant. Il a également formé sa fille, Emma Carelli, qui eut une carrière réussie en tant que soprano dramatique avant de prendre brillamment la direction de l’Opéra de Rome de 1912 à 1926. Le jeune Pasquale fut donc dès le début entre de bonnes mains.

Pasquale Amato (à gauche),
Francesco Paolo Tosti
et Enrico Caruso en 1914

Il fit ses débuts au Teatro Bellini de Naples à l’âge de 21 ans, en chantant Germont père dans Traviata. Sa carrière fut alors lancée et il a rapidement endossé des rôles tels que Lescaut, Escamillo, Renato et Valentin. Des engagements ont suivi au Teatro Dal Verme de Milan, à Gènes, Salerne, Catane, Monte-Carlo et il s’est produit en Allemagne et en Russie. Il a eu beaucoup de succès dans Maria de Rohan de Donizetti et Zazà de Leoncavallo. En 1904, il chanta pour la première fois à Covent Garden dans le cadre de la tournée de la compagnie du San Carlo où il alterna avec Victor Maurel et Mario Sammarco dans le rôle de Rigoletto. Il connut bientôt un énorme succès en Amérique du Sud et y fit entendre tous ses rôles. 

En 1907, il débuta à La Scala sous la direction d’Arturo Toscanini, où il chanta Golaud dans la première italienne de Pelléas et Mélisande. Il y ajoutera Kurwenal (face à Solomiya Krushelnytska et Giuseppe Borgatti) ainsi que les rôles de La Wally et La Gioconda de Catalani. Sa voix était désormais devenue un instrument de premier ordre et il fut congratulé pour sa polyvalence et son intégrité artistique. 

La Fanciulla del West de Puccini dont la première eut lieu au Met de New-York le 10 décembre 1910 sous la direction d’Arturo Toscanini. En haut Amato dans le rôle de Jack rance. En bas on reconnait les trois vedettes de la soirée: Enrico Caruso (prêt à être pendu), Emmy Destinn et à droite Pasquale Amato.

En 1908, il fit ses débuts, avec le rôle de Germont, au Metropolitan Opera, où il fut rapidement reconnu comme l’un des principaux baryton. Il y chanta régulièrement jusqu’en 1921. En 1910, il était dans la distribution du Met qui y créa La fanciulla del West de Puccini, pour le rôle de Jack rance en compagnie d’Enrico Caruso, Emmy Destinn, et Adamo Didur. Cette même année, il chanta dans Armide (Gluck) avec Enrico Caruso, Olive Fremstad, Louise Homer et Alma Gluck. En 1913, il fut le premier interprète dans le rôle-titre de Cyrano de Bergerac de Damrosch avec Frances Alda et Riccardo Martin, et, deux ans plus tard, il créa Napoléon dans l’opéra comique de Giordano, Madame Sans-Gêne, au côté de Géraldine Farrar. Il chanta souvent au met avec Caruso principalement dans le répertoire italien. Il se montra également dans divers opéras contemporains de Cilea, Giordano, Gianetti.  Ses rôles les plus réussis étaient Luna, Carlos, Ashton, Tonio, Rigoletto et Amfortas. Son répertoire comprenait environ 70 rôles. 

Quelques opéras chantés par Pasquale Amato. De haut en bas et de gauche à droite: Prince Igor, Thaïs (avec Géraldine Farrar), Francesca de Rimini, madame Sans Gêne (rôle de Napoléon), Manon Lescaut, Armide, Le barbier de Séville (Figaro), Paillasse, Carmen.
Ci-dessus: Cyrano, Scarpia (Tosca), Iago (Otello), Christophe Colomb.

En 1913, il eut l’honneur de participer à la commémoration du centenaire de Verdi au théâtre de Busseto. Il y chanta dans Traviata et Falstaff sous la direction de Toscanini. Parmi les autres rôles d’opéra importants qu’Amato a chantés en Italie avant la Première Guerre mondiale, citons Amonasro dans Aida, Marcello dans La bohème, le titre dans Rigoletto, ainsi que Golaud dans Pelléas et Mélisande, Kurwenal dans Tristan und Isolde, Scarpia (Tosca) et Barnaba (La Gioconda). De retour aux Etats-Unis, par bateau en octobre 1912, avec ses camarades baryton Titta Ruffo, Antonio Scotti, William Hinshaw et la soprano Lucrezia Bori, il reçut une large couverture médiatique. Il donna alors Un ballo in maschera avec Caruso, Emmy Destinn, Margarete Matzenauer et Frieda Hempel, et avec eux de nouveau dans Mefistofele d’Arrigo Boito. Dans La Gioconda, il chanta à nouveau aux côtés de Emmy Destinn et de Margarethe Arndt-Ober. Amato a été particulièrement admiré comme Escamillo dans Carmen de Bizet aux côtés de Geraldine Farrar, Caruso et Alda, lorsque l’opéra a été relancé avec succès en 1914. Toujours en 1914, il interpréta le rôle de Manfredo (en face d’Adamo Didur et Lucrezia Bori) dans L’amore dei tre re de Montemezzi, lorsque cette nouvelle œuvre arriva à New-York. En 1916, il donna la première interprétation américaine du rôle de Giovanni dans Francesca da Rimini de Riccardo Zandonai (face à Alda et Giovanni Martinelli), et en 1918 celle de Gianetto (avec Farrar, Caruso et Didur) dans la Lodoletta de Mascagni.

Le programme extrêmement chargé d’Amato au Met a eu des conséquences néfastes sur sa voix et sa santé en général. Ayant trop abusé de sa voix dès le début de sa carrière et chantant semble-t-il avec trop de tension musculaire, un déclin vocal fut perceptible dès 1912, à l’âge de 43 ans. Il se retira en Italie dans les années 1920, pour se détendre et récupérer. Mais en raison de ses problèmes vocaux et de soucis de santé ayant nécessité une opération sur les reins, il commença à connaître quelques échecs. Les organisateurs du Teatro della Pergola de Florence durent même le remplacer dans Otello par le jeune Spartaco Marchi. A partir de 1921 son activité s’est cantonnée à des théâtres de province et en petites tournées. Il chantera encore Germont en 1933 à l’Hippodrome de New-York pour le 25ème anniversaire de ses débuts américains. C’est alors qu’il se retira de la scène, devenant chef du département d’opéra et d’études vocales de l’Université de Louisiane en 1935 où il enseignera jusqu’à sa mort survenue le 12 août 1942 à 64 ans à Jackson Heights, Queens.

La voix de Pasquale Amato était très personnelle, facilement reconnaissable. Selon Michael Scott dans The Record of Singing, il avait une sonnerie et une tonalité vibrante unique qui ne pouvait être confondue avec celle produite par aucun autre baryton. Il possédait à son apogée une superbe voix de baryton haute et large.  Il chantait avec un legato doux et une articulation parfaite. Son phrasé était varié et éloquent dans Rigoletto, Falstaff, Un Bal masqué, Tosca, La Gioconda, Paillasse, des oeuvres dans lesquelles il fit preuve d’une étendue dans l’aigu presque digne d’un ténor ainsi que d’une émission douce dignes des meilleures traditions du bel canto. On a put dire qu’il chantait avec une combinaison inimitable du style bel canto de Mattia Battistini et de la splendeur héroïque de Titta Ruffo. Il était en outre un excellent acteur, dominant toute la scène de sa présence.

Amato a réalisé un certain nombre d’enregistrements d’opéra extrêmement impressionnants en Amérique pour la Victor Talking Machine Company. On y trouve des duos avec Caruso, Johanna Gadski et d’autres stars du Met. Son enregistrement Victor de 1914 de “Eri tu” (de Un Ballo in Maschera), par exemple, est considéré par de nombreux critiques comme la meilleure version de l’aria jamais gravée sur disque.