Nazzareno De Angelis 1881-1962

Nazzareno De Angelis fut une basse italienne, particulièrement associée aux rôles de Verdi, Rossini et Wagner. Ce fut une voix stupéfiante par sa puissance, sa ductilité et son étendue mais aussi par sa longévité, puisque sa carrière a duré de 1903 à 1959. Il fut considéré comme la meilleure basse italienne entre 1910 et 1930.

De Angelis est né à L’Aquila, dans les Abruzzes le 17 novembre 1881, fils de Giovanni et Clorinda Ovidi. Enfant, il commença sa vie musicale comme soprano, d’abord à l’école de San Salvatore à Lauro puis à la chapelle Giulia de Rome et à la Chapelle Sixtine du Vatican. Lorsque à la puberté sa voix mua, il étudia le chant à l’Accademia di Santa Cecilia à Rome avec le docteur Faberi. Il posséda une large gamme vocale pendant plusieurs années ce qui fit que lui et ses professeurs étaient incertains de son vrai type de voix, et étudia donc les parties de baryton et de basse. Finalement, il devenait clair que même si la partie supérieure de sa voix était produite librement et facilement, il était plus à l’aise pour chanter dans la tessiture de basse inférieure. De Angelis passa ses deux dernières années à l’Accademia à travailler ce répertoire et à se produire dans plusieurs récitals.

Il fit ses débuts en mai 1903 au Teatro Comunale de L’Aquila dans Linda di Chamounix (rôle du préfet) suivi dans la même salle d’un opéra intitulé Le educande di Sorrento de Emilio Usiglio.

En apprenant son énorme succès, la direction du Teatro Quirino de Rome l’engagea immédiatement et, début juillet, il fit ses débuts dans Norma (Oroveso). Il fit ensuite Il Spettro dans Hamlet de Ambroise Thomas avec l’Ophélie de Maria Barrientos et le Hamlet de Battistini, suivi de Rigoletto dans le rôle de Sparafucile). En 1904, après une douzaine de représentations de La Gioconda au Teatro Lirico de Milan, il se produisit à Santa Maria Capua Vetere comme Colline (La bohème) et au Quirino pour La Favorita, Il Barbiere di Siviglia (Don Basilio), Carmen (Zuniga), Ernani, Norma et Rigoletto. Carlo Galeffi fut son Rigoletto dans plusieurs représentations. 

De Angelis fit une tournée aux Pays-Bas en 1905 chantant des rôles aussi variés que le Dr Grenvil (Traviata), Zuniga (Carmen), Sparafucile (Rigoletto), Ferrando (Il Trovatore), Fouquier-Tinville (Andrea Chénier), Tom (Un Ballo dans Maschera), Angelotti (Tosca), Basilio et Raimondo (Lucia di Lammermoor). La compagnie donna des représentations à Amsterdam, Rotterdam et La Haye.

Nazzareno De Angelis

À l’automne 1905, il se produisit à Mirandola dans le rôle d’Alvise (La Gioconda), au Teatro Reinach de Parme (Rigoletto et Faust), et au Teatro Regina Margherita de Cagliari (Alvise) suivi des premières représentations historiques de Mefistofele. Le Teatro Reinach de Gaspare Nello Vetro dit de son Faust: «Le jeune Nazzareno De Angelis, maintenant au début de sa carrière, a reçu les plus grands applaudissements et a dû répéter son Dio dell Or à chaque représentation.» À la première, les applaudissements furent interminables et lui ont procuré un contrat pour le très important Teatro Petruzzelli de Bari, où il a ajouté Lohengrin et Iris à son répertoire.

Au printemps 1906, il partit pour sa première tournée sud-américaine, se produisant à Santiago du Chili et à Valparaiso de juin à novembre. Il y chanta neuf rôles avec un énorme succès. Le 16 août, la région subit un tremblement de terre si violent que les représentations furent suspendues jusqu’au 1er septembre. L’opéra de Valparaiso fut presque entièrement détruit. De Angelis participa à plusieurs prestations organisées à la hâte pour les victimes du tremblement de terre. Parmi ses nouveaux rôles figuraient Marcel (Gli Ugonotti) et Lodovico ambassadeur de Venise dans Otello qu’il chanta avec le grand ténor portoricain Antonio Paoli, rival du grand Caruso. L’accueil qu’il recevait était de plus en plus enthousiaste et, avant la fin de la saison, il accepta avec joie de revenir. Cet accord fut honoré en 1908 et 1909. El Mercurio a put dire de lui: «…. à la fin du Prologue à Mefistofele, De Angelis a reçu une énorme et très sincère ovation…il nous a rappelé à nouveau à quel point il était superbe en Mefistofele».

Le 15 janvier 1907, il fit ses débuts à La Scala comme Alvise dans La Gioconda et fut admiré pour la première fois dans Tristan und Isolde, dans La Wally et comme Aquilante de Bardi dans la première mondiale du Gloria de Cilea. Malgré des disputes récurrentes avec la direction du théâtre, y compris une interruption de quatre ans, il chantera vingt-quatre rôles en douze saisons. Cette même année lui offrit deux autres débuts très importants, Alvise au Teatro Verdi de Florence avec Eugenia Burzio et le roi Marke au Teatro Comunale de Bologne avec Amelia Pinto, Giuseppe Borgatti et Giuseppe Pacini. Tristan und Isolde a tenu quinze représentations et fut suivit par Iolanta de Tchaïkovsky. Il participa à 8 opéras au cours de la saison 1908 dont Gli Ugonotti avec Hariclea Darclée, et Cristoforo Colombo de Franchetti avec Ester Mazzoleni, dirigé par Toscanini dans une série de 16 représentations, suivi par une reprise de La Forza del Destino. Le 19 décembre 1908, De Angelis et Mazzoleni participèrent à la production historique de La Vestale de Spontini qui fut donnée 16 fois puis à nouveau à Paris. Toujours avec Ester Mazzoleni, et toujours à la Scala, ils donnèrent I Vespri Siciliani de Verdi et, le 30 décembre 1909, ils firent sensation dans Médée de Cherubini. En mars 1910, ils chantèrent dans ce qui sera leur dernier opéra ensemble, L’Africaine de Meyerbeer. Cette série ininterrompue de triomphes personnels reste l’une des plus légendaires de toutes les histoires associées au théâtre de Milan. Entre autres soirées mémorables à La Scala, la première mondiale de L’Amore dei Tre Re de Montemezzi, le 10 avril 1913, avec De Angelis dans le rôle d’Archibaldo, qu’il créa plus tard au Colón de Buenos Aires, au Costanzi de Rome, à Rio de Janeiro, au Teatro Verdi de São Paolo et à Trieste. On note qu’il retourna sur le continent sud-américain au cours des années 1910, 1911, 1912, 1914, 1919 et 1926. Il a chanté Mefistofele dans tous les théâtres où il s’est produit.

Le 31 mai 1910, De Angelis fit ses débuts au Teatro Colón  de Buenos Aires dans Lohengrin avec Solomiya Krushelnytska, Luisa Garibaldi, Dygas et Riccardo Stracciari, et termina sa saison avec Aida (aux côtés de Giannina Russ, Garibaldi, Giovanni Zenatello, Norma (avec Russ, Garibaldi et Dygas), Mefistofele (avec Krushelnytska et Dmitri Smirnov) et Gotterdammerung (avec Krushelnytska et Dygas).

En août, la troupe s’est rendue à Montevideo pour une saison de trois semaines. Après quoi De Angelis s’est rendu à Chicago pour les seules performances qu’il donna aux États-Unis. Le 3 novembre 1910, il chanta dans la représentation inaugurale de la Chicago Civic Opera Company dans le rôle Ramfis; le casting comprenait Karolewicz, de Cisneros, Bassi, Sammarco et Dufranne. Il a ensuite chanté Colline (La bohème) avec John McCormack, Raimondo (Lucia di Lammermoor) et Ashby (La Fanciulla del West). Le 18 janvier 1911, lors d’un gala de clôture, il fut Ashby avec Carolina White, Caruso et Sammarco. Il est curieux que De Angelis ait accepté un contrat avec Chicago pour d’aussi petits rôles alors qu’il était déjà devenu la plus importante basse de La Scala et des théâtres d’Amérique du Sud.

Le 23 mai 1911, De Angelis chanta au Colón  le Landgrave de Tannhaüser avec Pasini-Vitale, Ferrari-Fontana et De Luca. Il y a chanté dans dix opéras, dont ses premières représentations dans Don Carlo avec Agostinelli, Garibaldi, Constantino et Ruffo, La Sonnambula avec Barrientos et Bonci et I Puritani avec Barrientos, Bonci et De Luca. Le Colón  l’accueillit l’année suivante pour sept opéras, dont le rôle de Frère Laurent (Roméo et Juliette) de Gounod avec Lucrezia Bori et Giuseppe Anselmi. Il revint à Buenos Aires en 1919 comme Basilio, Mefistofele, Galitzky, Mose et Archibaldo au Teatro Coliseo.

De Angelis dans le rôle de Moïse en 1915

De Angelis dans Mefistofele, qui sera son rôle de prédilection

Il débuta en 1911 au Costanzi de Rome. La soprano Emma Carelli qui venait de prendre en mains la direction du théâtre voulut débuter par une saison exceptionnelle en l’honneur du cinquantième anniversaire de l’unification de l’Italie. On y donna notamment Macbeth (Verdi), Don Sebastiano (Donizetti) et la première italienne de La Fanciulla del West avec Eugenia Burzio et Giovanni Martinelli. On y applaudit aussi Le Ballet Russe de Serge Diaghilev pour les premières locales des Sylphides et Giselle avec Nijinsky. Toscanini en personne dirigea plusieurs opéras. Au milieu de toutes ces stars, De Angelis fit ses débuts en Don Basilio avec la distribution stellaire de Graziella Pareto, Umberto Macnez, Titta Ruffo et Giuseppe Kaschmann. Le théâtre était rempli de famille, d’amis, de collègues l’ayant connu au Vatican et au Conservatorio, et d’anciens professeurs. Le journal Dal Costanzi all’Opera déclara que «ce fut une soirée de grandeur et de raffinement au-delà de toute critique». Il Giornale d’Italia a rapporté que «De Angelis a convaincu un public difficile qu’il était vraiment un artiste de premier ordre…. Les applaudissements tumultueux qui accueillirent les chanteurs se sont transformés en rugissements à chaque fois qu’il est apparu devant le grand rideau». Le chanteur devait dire à Paolo Silveri plusieurs années plus tard que ce fut la soirée la plus émouvante de sa carrière.

Emma Carelli qui dirigea avec brio le théâtre Costanzi de Rome de 1911 à 1920

Il revint à Rome au cours de treize saisons supplémentaires, dans dix-sept rôles. Mémorable fut aussi la soirée du 10 octobre 1911 au cours de laquelle De Angelis chanta Mefistofele au Costanzi pour la première fois. Ce rôle sera son préféré et le suivra tout au long de sa carrière. Le public de la première a applaudi pendant près d’une heure et les critiques du lendemain furent parmi les plus élogieuses jamais vues: «Ce chanteur et magnifique acteur peut vraiment prétendre être la plus grande basse actuelle sur la scène lyrique. Une puissance extraordinaire, une voix excellente, une diction claire et parfaite et une technique irréprochable ont été complètement confirmées hier soir. Son succès a été énorme.» (Il Corriere d’Italia). Son triomphe fit la une des journaux de toute l’Italie et on lui demanda immédiatement de chanter le rôle dans pratiquement tous les théâtres italiens. En l’espace de quatre mois, il chanta Méphisto au Regio de Turin, au Verdi de Trieste et au San Carlo de Naples, où il donna quatorze représentations. Le succès se répéta à la Fenice de Venise, au Carlo Felice et Politeama de Gênes, au Grande de Brescia, au Verdi de Padoue, au Massimo de Palerme et aux Arènes de Vérone. En 1918, De Angelis chanta ce même rôle pour la première fois à La Scala avec Linda Cannetti, Elena Rakowska et Beniamino Gigli et, en 1920, au Dal Verme de Milan, il participa à une quinzaine de représentations de l’opéra avec Hina Spani dans le rôle de Margherita. Tant et si bien, qu’en 1923, il ne chantait pratiquement plus que ce seul rôle.

Une autre importante prise de rôle fut celle de Moïse dans l’opéra Mose (Moïse et Pharaon) de Rossini au Teatro Quirino de Rome, le 4 avril 1915. Le casting comprenait Giannina Russ, Adele Ponzano, Luigi Pieroni et Alessandro Dolci, et a été dirigé par Mascagni. Il reprit le rôle à Florence, au Teatro Goldoni de Livourne, à la Comunale de Bologne et au Dal Verme de Milan. 

A gauche la statue de Moïse par Michel-Ange telle que l’on peut la voir dans la basilique saint-Pierre-aux-liens à Rome; à droite la création du même personnage par De Angelis. On notera le souci étonnant de la ressemblance.

Du fait de la guerre, il fut enrôlé dans les forces armées italiennes et dut interrompre sa carrière. Il revint sur la scène du Costanzi de Rome en février 1918 et y chanta Mose le 23 avril. Le Rome Dal Costanzi all’Opera nota: «Lors de la soirée de clôture, qui a présenté la dixième représentation de Mose, De Angelis a remporté l’un des plus grands succès de sa carrière.» La Tribuna a déclaré: «La grande basse a reçu une ovation peut-être sans précédent. Sa performance était monumentale et le public a sut apprécier.» Au cours des années suivantes, De Angelis chanta Mose à La Scala, Buenos Aires, Rosario, Montevideo, Rio de Janeiro, Sao Paolo, Bergame, Gênes, Ferrare, Trieste, Turin, Ancône, et, pour la dernière fois en 1925 au Arènes de Vérone.

En 1919, De Angelis repartit en tournée à Buenos Aires, Montevideo, Rio de Janeiro et Sao Paolo pour le rôle de Don Basilio avec la soprano espagnole Angeles Ottein, le ténor Tito Schipa et le baryton belge Armand Crabbe. Lors de cette tournée, il chanta pour la seule fois de sa carrière Prince Igor et Il Guarany.

En 1921, il fut Don Basilio à Spolète avec l’inimitable Conchita Supervia et, en 1922, à La Scala dans une production somptueuse avec la grande Elvira de Hidalgo, le ténor américain Charles Hackett et le baryton Carlo Galeffi. En 1925, il fit à la fois ses débuts suisses et ses adieux dans le rôle de Don Basilio à Lugano.

De Angelis fut aussi une grande basse wagnérienne. Ses rôles étaient au nombre de sept: le roi Marke dans Tristan und Isolde, Wotan dans Das Rheingold et Die Walküre, le roi Henry dans Lohengrin, Hagen dans Götterdämmerung, le Landgrave dans Tannhäuser et Gurnemanz dans Parsifal. En 1914, il chanta vingt-sept fois Gurnemanz lors de la première saison de Parsifal à La Scala et créa l’opéra au Teatro Colón de Buenos Aires en mai suivant. En janvier 1922, il retourna à La Scala pour onze représentations dans un casting qui comprenait Helene Wildbrunn, Amadeo Bassi, et le quatrième soir Apollo Granforte. Il fut Gurnemanz à Paris, en mai de la même année, puis participa à Die Walküre à Rome, La Scala, Naples, Rio de Janeiro et Sao Paolo ainsi que à Das Rheingold à Bologne, Rome et La Scala. Au cours de l’hiver 1938, il chanta Hagen, dans le premier Ring jamais joué entièrement en italien. L’entreprise était supervisée par Tullio Serafin et les quatre opéras furent diffusés dans toute l’Italie. Les dernières performances de De Angelis dans Wagner furent pour Gurnemanz au San Carlo de Naples en avril 1938. Concernant ses performances dans le Ring, Il Messagero nota le 25 janvier: «De Angelis a chanté avec une énorme résonance. Son exploit était difficile à imaginer, chanté avec la plus grande expression, vigueur et dynamisme.» Pour Il Piccolo le 27 janvier: «Il a maintenu un niveau d’excellence tout au long de ce rôle très long et difficile qui était exceptionnel.»

De Angelis dans Les vêpres siciliennes de Verdi

Parmi les opéras de Verdi, il a chanté Zaccaria Nabucco, Silva Ernani. Ferrando Il Trovatore, Grenvil Traviata, Sparafucile Rigoletto, Tom Un Ballo in Maschera, Padre Guardiano La Forza del Destino, Procida I Vespri Siciliani, Fiesco Simon Boccanegra, Philippe II Don Carlo, Ramfis Aida and Lodovico Otello. Fait intéressant, il a chanté beaucoup moins de représentations de Verdi que de Wagner. En fait, dans aucun opéra de Verdi, en dehors d’Aida, il n’a chanté plus de vingt-cinq représentations, et une seule pour Simon Boccanegra à La Scala en 1933. Ce fut son dernier nouveau rôle.

Il a chanté à plusieurs reprises dans le Requiem de Verdi, à La Scala en 1913 sous la direction de Toscanini, au Teatro Augusteo de Rome en 1913 et 1922, et en 1924 à Vicence et aux Arènes de Vérone. 

En 1927, De Angelis ne donnait en moyenne pas plus de 20 représentations par an, mais il continuait à faire des enregistrements à un rythme prodigieux. En 1934, ses seules apparitions furent Mefistofele à Plaisance et, environ un an plus tard, Oroveso, Gurnemanz et Padre Guardiano au Carlo Felice de Gênes. Après une absence de trois ans, il retourna au Teatro Reale de Rome en janvier 1938 pour Mefistofele et le Ring. Il a été rapporté qu’il a donné des récitals occasionnels jusque vers 1959. Il consacra ses dernières années d’activité à donner des cours de chant à des élèves de Milan et de Rome. Il fut également l’auteur de romans et de musique pour cordes et publia un volume de sonnets. Il a passé sa vieillesse dans sa ville natale Aquila où il mourut le 14 décembre 1962. Il était le grand-père des militants nationalistes Nanni et Marcello De Angelis.

De Angelis a chanté dans cinquante-sept opéras et a donné plus de quinze cents représentations.

Les enregistrements de De Angelis sont prodigieux, s’étalant de 1907 au début des années 30. Ils sont couronnés par la performance titanesque de Mefistofele réalisée en 1931 pour Columbia, publié sur CD par les Naxos Records en 2003, avec Favero, Arangi-Lombardi et Melandri. Il avait déjà 50 ans lorsqu’il a enregistré cet opéra et chantait depuis 28 ans. 

De Angelis succèda aux célèbres basses de la fin du XIXe siècle Francesco Navarini et Vittorio Arimondi et anticipa la montée en puissance dans les années 1920 d’Ezio Pinza et Tancredi Pasero.

De Angelis en Mephisto

De Angelis possédait l’une des voix de basse les plus impressionnantes produites par l’Italie. il avait une présence dominante sur scène en rapport avec à sa voix large. Il était capable de varier son riche timbre grâce à une inflexion subtile et était un maître du phrasé, notamment dans le répertoire du bel canto. Lauri-Volpi dans son ouvrage Voci parallele qualifie sa voix de «impétueuse, clignotante, frémissante … reine des grandes scènes de 1910 à 1930.» Les legato des longs passages en cantabile (comme dans Celeste man placata dans Mose ou Dormiro sol nel manto mio régal dans Don carlo) ressemblaient plus à la sonorité veloutée de dix violoncelles qu’a celle d’une voix humaine. Quant à ses aigus, on a dit qu’il savait catapulter dans les salles, note après note des roulades massives et lumineuses comme des bolides enflammés (Bruno Barilli).

Il pouvait être noble et émouvant dans les rôles wagnériens, fier et combattif dans Les Vêpres siciliennes, terrible dans Mefistofele ou tonnant Orovese dans Norma. Son rôle de prédilection fut cependant Moïse de Rossini, dont il était parvenu à conquérir, après l’avoir étudié assidument, le fameux trille fluide, granitique et cristallin de la grande scène Eterno, immenso, incompressibil Dio; prouesse qui restera longtemps inégalée, ainsi qu’en atteste l’enregistrement sur disque.