Ester Mazzoleni 1883-1982

Ester Mazzoleni fut une soprano lyrique dramatique italienne, l’une des plus grandes voix du tout début du XXème siècle.

Ester Mazzoleni est né à Sibenik, sur la côte dalmate, le 12 mars 1883, fille de Paolo et Filomena (née Rossini). La ville faisait à époque partie de l’empire Austro-Hongrois, ce qui fut le cas jusqu’en 1918.

Francesco Mazzoleni, célèbre ténor, grand-père d’Ester Mazzoleni

Ester fut élevée dans une famille aisée et amateur d’opéra. Sa cousine était une soprano professionnelle et surtout son grand père, Francesco Mazzoleni (1828-1908) était un ténor de renommée internationale dont la voix fut considérée comme la plus puissante qui ait jamais existé. Verdi, Rossini, Liszt et Thalberg l’ont honoré de leur amitié et le théâtre principal de Sibenik porta son nom jusqu’en 1945.

La petite Ester fut initiée au chant dans le couvent de Santa Anna à Pise puis de Notre Dame de Sion à Trieste, où elle se produisait lors de cérémonies religieuses et de spectacles annuels. Elle avait une sœur, Ida et deux frères, Giovanni et Enrico. Bien qu’ayant pris des cours de chant avec le maestro Ravasio, elle se destinait à la peinture. C’est dans ce but qu’elle se rendit avec son père à Milan au début de 1906. mais suite à une rencontre fortuite avec le maestro Rodolfo Ferrari, directeur du théâtre Costanzi à Rome, qui résidait dans leur pension, Ester fut invitée à se rendre dans la capitale pour une audition avec la compagnie du Costanzi. L’audition fut couronnée de succès et déboucha sur un contrat qui lui permit de faire ses début au Costanzi, le 24 janvier 1906, comme Leonora dans Il trovatore de Verdi. Au cours de la même saison elle fut Rachel (La juive de Halévy) le 24 mars et Fricka (Das Rheingold de Wagner) le 3 avril en compagnie de Giuseppe Borgatti et Giuseppe De Luca.

Ester Mazzoleni et Nazzareno De Angelis dans les Vêpres siciliennes de Verdi

En novembre 1906, elle se produisit au théâtre Dal Verme de Milan et au théâtre Petruzzelli de Bari (Un bal masqué, Sibérie, jana). La même année, elle chanta à la Politeama Umberto de Lecce, au théâtre Verdi à Brindisi, au théâtre Regio de Parme (Lorely) et à la Politeama Rossetti de Trieste (Aida, Loreley).

Ester Mazzoleni, à gauche dans Norma; à droite dans Tosca.

Elle fit ses débuts avec succès au Teatro alla Scala de Milan le 18 janvier 1908, avec le rôle d’Isabella dans Christophe Colomb de Franchetti dirigé par Toscanini. Après une Forza del destino fraichement accueillie en mars de la même année, elle fit ses débuts avec succès au théâtre Massimo de Palerme avec La Gioconda de Ponchielli. Elle triompha ensuite à la Scala le 19 décembre 1908 dans le rôle de Giulia (La vestale de Spontini), qu’elle renouvela à l’Opéra de Paris en janvier 1909, au théâtre Colón de Buenos Aires en mai 1910 et au théâtre Verdi de Trieste entre décembre 1910 et janvier 1911. Toujours à La Scala, elle chanta dans la première représentation italienne de Medea de Luigi Cherubini avec De Angelis, le 30 décembre 1909. Elle chanta encore Yseult et Norma au Teatro Comunale de Bologne en 1910. Elle repris de nombreuses fois ce rôle de Norma.

Quelques rôles d’Ester Mazzoleni
Ester Mazzoleni

Ester Mazzoleni eut le mérite de remettre à l’honneur certaines oeuvres un peu oubliées de Verdi ou du répertoire bel canto. Tout au long de sa carrière, elle fut une interprète réputée d’Aida, mais aussi d’opéras comme La Forza del Destino, Un Bal masqué, Don Carlo (dans lequel elle fit ses débuts en Elisabetta au théâtre La Fenice de Venise en avril 1912), I Lombardi alla prima crociata, Fernando Cortez de Spontini (rôle d’Amazily) à la Scala. En 1917, elle ajouta à son répertoire Ernani (Elvira) et Traviata et surtout Lucrezia Borgia de Donizetti (elle fut Lucrezia pour la première fois le 22 février 1917 à La Scala), rôles dont elle fut plus tard une interprète adulée.

En août 1913, elle inaugura les saisons d’opéra des arène de Vérone avec une interprétation d’Aida qui resta dans les mémoires. En 1918, elle fit une tournée de février à mai, en Espagne et au Portugal, principalement dans des rôles de Verdi et Puccini (Tosca, La bohème, Falstaff). En juin 1919, elle fut protagoniste de Suor Angelica de Puccini au théâtre Colón de Buenos Aires.

Parmi les oeuvres peu connues qu’elle contribua à populariser, il faut aussi citer Dejanice de Catalani, en février 1920 au Teatro Regio de Turin, Gli ugonotti (Meyerbeer) et Tristan und Isolde (Wagner). Elle chanta également dans quelques premières mondiales de compositeurs encore moins connus: Pampa d’Arturo Berutti (23 août 1919 au théâtre Colón à Buenos Aires), La figlia del re d’Adriano Lualdi (18 mars 1922 au théâtre Regio de Turin), La Festa d’amore de Pietro Ferro (le 16 mai 1928, au Circolo della Stampa de Palerme). 

Ester Mazzoleni âgée.

A la suite de son mariage avec un notaire de Palerme, Giovan Battista Cavarretta en 1925, elle s’installa à Palerme dans une charmante villa de la via Marchese Ugo, qui fut ensuite été vendue et a maintenant disparu. Peu après son mariage, elle annonça sa retraite de la scène en 1926 et, tout en continuant à donner des concerts jusqu’en 1939, elle occupa la chaire d’art scénique et de chant au conservatoire Bellini de Palerme. De 1939 à 1942, elle occupa le poste de professeur de scène lyrique à l’Académie de musique Chigiana de Sienne. En 1947, elle y enseigna l’art vocal de concert. En 1942, elle participa à la commission technique pour la réforme des méthodes d’enseignement du chant à la demande du ministère de l’Éducation nationale.

Ester Mazzoleni est décédée à Palerme le 17 mai 1982 à l’âge de 99 ans. En sa mémoire, l’association des Amis de l’Opéra “Ester Mazzoleni” fut crée à Palerme, pour conserver ses archives musicales. Cette association attribue chaque année le prix “Une vie pour l’opéra” à des personnalités de l’art lyrique.

Ester Mazzoleni  avait une voix cristalline et corsée, dotée d’une large tessiture qui lui permit de mener de front les répertoires romantiques et verdiens, ainsi que des ouvrages modernes. Elle eut le grand mérite, avant Rosa Ponselle et Maria Callas de soutenir de son autorité et de son tempérament exceptionnel certains ouvrages rares du passé.