Luisa Tetrazzini 1871-1918

Luisa Tetrazzini fut l’une des plus grandes sopranos colorature de tous les temps.

Luisa Tetrazzini naquit le 29 juin 1871, à Florence.  Elle aurait commencé à chanter à l’âge de 3 ans en étudiant d’abord avec sa sœur Eva Tetrazini Campanini (1862-1938) qui était une brillante soprano dramatique, puis avec Ettore Contrucci et Matelda Ceccherini au Conservatoire de Florence (l’Instituto Musicale). En 1890, après une annulation imprévue de la soprano programmée, elle débuta au pied levé dans le rôle d’Ines de l’Africaine de Meyerbeer, à Florence, où elle reçut un bon accueil. Elle chanta alors en province et à Rome avec de plus en plus de succès, ce qui l’amèna en tournée en Amérique du Sud (1993-1995), en Espagne (1897), en Russie à Saint Petersbourg jusqu’en 1899-1903, au Mexique (1903-1906). Puis elle débuta à San Francisco en 1905. Son répertoire se composait principalement de rôles lyriques et colorature comme Violetta, Philine, Oscar, Gilda et Lucia. Le directeur général du Metropolitan Opera de New York, Heinrich Conried, a pris une option sur ses services à ce moment-là, mais ne l’a finalement pas engagée.

La véritable gloire ne vint qu’en 1907 avec ses débuts au Royal Opera House de Londres qui en fit subitement une super-star internationale. Elle s’y produisit régulièrement jusqu’en 1912, s’illustrant aussi dans les rôles de colorature comme Lucia di Lammermoor, Rigoletto, la Sonnambula, les Pêcheurs de perles et les Huguenots. Dès lors, elle fut tenue pour le successeur de Nellie Melba dans ce théâtre Londonien et fut considérée comme la plus grande cantatrice italienne de l’après Adelina Patti. Malgré cela, Toscanini ne voulut pas d’elle à la Scala en raison de sa propension aux ornementations exubérantes, comme cela était en pratique au XIXème siècle.

Elle débuta à New-York, non pas au Metropolitan, mais au Manhattan Opera d’Oscar Hammerstein, en 1908, dans le rôle de Violetta.  Elle resta fidèle à Hammerstein et ne chanta au Met que pour une seule saison, en 1911-12. Après quelques difficultés juridiques, ses négociations en 1904 avec le Metropolitan Opera échouèrent l’empêchant de s’y produire. Un contrat a bien été signé avec Heinrich Conried mais l’accord financier semble ne pas avoir été  finalisé. Lorsque Luisa est revenue brusquement à San Francisco, Conried tenta d’obtenir une injonction judiciaire pour l’empêcher de chanter, mais il la perdit. Elle tint alors une conférence de presse et déclara:  «Je chanterai à San Francisco même si je dois y chanter dans les rues, car je sais que les rues de San Francisco sont libres.» Cette sortie est devenue célèbre. Après avoir gagné son procès, son agent a finalement annoncé qu’elle chanterait bel et bien dans les rues de San Francisco.  Et, par une veille de Noël de 1910, au coin du marché de Kearney près de la fontaine de Lotta, Tetrazzini monta sur une plate-forme de scène dans une robe blanche étincelante et, entourée de deux à trois cent mille habitants et admirateurs, et donna un récital pour la ville qu’elle aimait.

Et par une veille de Noël de 1910, au coin du marché de Kearney près de la fontaine de Lotta, Tetrazzini monta sur une plate-forme de scène dans une robe blanche étincelante, entourée d’une foule d’environ deux à trois cent mille habitants et admirateurs, et donna un récital pour la ville qu’elle aimait.

On la retrouve à Boston en 1911 et 1914 et à Chicago en 1911 et 1913. Elle chanta pour les troupes italiennes pendant la première guerre mondiale, puis se produisit essentiellement en concert avant de se retirer de la scène en 1934. Elle se tourna ensuite vers l’enseignement, à Rome et à Milan.

Elle fut une partenaire privilégiée de Enrico Caruso et de Ettore Bastianini. Elle possédait une technique vocale phénoménale qui lui permettait de surmonter n’importe quel défi vocal avec une facilité presque insolente. Elle avait une parfaite maîtrise des trilles, staccati et autres ornements vocaux de toutes sortes. Elle avait également un registre supérieur brillant, s’étendant jusqu’au contre mi. Contrairement à de nombreuses autres sopranos coloratures de cette époque, comme Amelita Galli-Curci, les notes aiguës de Tetrazzini n’étaient pas fines et délicates, mais pleines et sonnantes. Sa capacité à interpréter des passages complexes de staccato était étonnante. Sa voix avait une chaleur et un volume vocal que l’on ne retrouve pas souvent chez les coloratures, ainsi que l’on peut en juger sur bon nombre de ses enregistrements. Elle a fait ses premiers enregistrements en 1904, mais ses plus grandes performances se retrouvent parmi ses disques EMI enregistrés à Londres. On peut apprécier sa technique dans les enregistrements d’airs de Lucia di Lammermoor, Dinorah et de Barbiere di Siviglia. On trouve d’excellents exemples de sa chaleur lyrique dans les airs des Pêcheurs de perles, Peer Gynt, La Traviata et Don Giovanni. Ses meilleurs enregistrements incluent une interprétation spectaculaire de Io son Titania de Mignon d’Ambroise Thomas et Saper vorreste de Un ballo in maschera de Verdi, dans lequel la personnalité de Tetrazzini saute véritablement aux oreilles de l’auditeur. Dans un registre différent, son enregistrement de Addio del passato de La Traviata est très émouvant et démontre également son beau legato, tout comme son Ah non credea mirarti de La Sonnambula. Ses Una voce poco fa et Ah non giunge, réalisés pour le label Victor, restent, après toutes ces années, inégalés pour leur joie et leur ornementation spectaculaires.

Son registre inférieur était fort, mais son médium était faible et peu développé, avec une qualité que certains critiques décrivaient comme «infantile» et que le ténor John McCormack a comparé à «des lamentations d’un enfant en bas âge». Elle était toutefois la seule cantatrice italienne de son temps capable d’aborder le répertoire léger et lyrique avec égal succès.  

Tetrazzini était petite et corpulente et elle n’était pas vraiment une actrice. Si son piètre jeu scénique (caractéristique partagée par la plupart des cantatrices italiennes de son temps) lui ont valu quelques critiques, elle était une bonne musicienne et avait une personnalité considérable, qualités qui sont évidentes dans les nombreux disques qu’elle a enregistrés. Sa technique vocale époustouflante lui a permis de conserver sa voix pratiquement inchangée jusqu’à sa mort.

Au cours de sa carrière, elle reçut des cachets exceptionnellement élevés pour l’époque et a amassé une assez grande fortune qui a été en grande partie dilapidée par son troisième mari, l’obligeant à continuer à donner des concerts. Ses dernières années connurent des difficultés financières mais, contrairement à ce qui a été écrit sur elle, elle ne vécut pas la fin de sa vie dans le dénuement complet et possédait encore à sa mort un bon nombre de ses bijoux. Elle est toujours restée joyeuse et aimable, malgré les circonstances. Elle disait souvent: « Je suis vieille, je suis grosse, mais je suis toujours la Tetrazzini ».

Elle est décédée à Milan le 28 avril 1940. L’État a payé ses funérailles.

Elle a laissé des souvenirs, My life of song (1921) aidé dans sa rédaction par Fred Gaisberg, et un ouvrage de technique vocale : How to sing (1925).

Luisa Tetrazzini
Luisa Tetrazzini
Luisa Tetrazzini
Luisa Tetrazzini et sa nouvelle Baker électrique