Maria Caniglia 1905-1979

Maria Caniglia est considérée comme la plus grande soprano dramatique italienne des décennies 1930 et 1940, prenant place entre Claudia Muzio et Renata Tebaldi.

Née le 5 mai 1905 à Naples, elle étudia le chant au Conservatoire de San Pietro a Majella dans sa ville natale avec l’éminent professeur Agostino Roche. Roche eut aussi comme élève Ebe Stignani avec qui Caniglia chantera souvent par la suite. Il pensait que la voix de Caniglia la destinait aux rôles dramatiques et lyrico-spinto et il la forma en ce sens. Cependant, lorsqu’elle auditionna pour La Scala en 1929 devant trois chefs distingués, Ettore Panizza, Carlo del Campo et Gino Marinuzzi, ils lui conseillèrent tous de se concentrer d’abord sur le répertoire lyrique. Elle suivit cependant les conseils de son professeur et ne tarda pas à travailler les rôles de spinto, faisant ses débuts l’année suivante au Teatro Regio de Turin comme Chrysothemis (Elektra).

Peu après suivirent les rôles de Magda (La campana sommersa de Respighi) à Gênes, Elsa (Lohengrin) à Rome et Maria (Lo straniero de Pizzetti). Devant le succès, Caniglia s’est rapidement vue attribuer d’autres rôles à La Scala, comme les rôles principaux dans La notte di Zoraima de Italo Montemezzi et Le maschere de Mascagni, suivis de rôles wagnériens dont Senta (Der fliegende Holländer) et Sieglinde (Die Walküre). Elle régnera comme soprano principale à La Scala jusqu’en 1951, remportant un succès notable dans les rôles-titres de Lucrezia de Respighi et Iphigénie en Tauride de Gluck en 1937.

Caniglia et Gigli dans Il Trovatore à la Scala en 1940

Caniglia fit ses débuts à Paris en 1935 puis au Festival de Salzbourg la même année en tant qu’Alice Ford (Falstaff) sous la direction de Toscanini. Elle créa le rôle de Roxane dans le Cyrano de Bergerac d’Alfano à Rome en 1936 et chanta Aida lors des premières représentations en plein air des Thermes de Caracalla à Rome en 1937, année où elle se produisit également pour la première fois au Teatro Colón de Buenos Aires et au Covent Garden de Londres. Elle était désormais une star internationale reconnue, chantant à Vienne et à Prague, aux festivals de Vérone et au Maggio Musicale de Florence, ainsi que dans les principaux opéras italiens. Elle chanta tout le répertoire italien et participa à l’exhumation d’œuvres oubliées de Gluck et Spontini, ainsi que Poliuto de Donizetti et Oberto de Verdi.

Portraits de Maria Caniglia

En novembre 1938, elle fit ses débuts au Metropolitan Opera de New-York dans le rôle de Desdemona (Otello) aux côtés de Giovanni Martinelli, et enchaîna rapidement avec des rôles comme Aida, Alice Ford, Tosca et Amelia (Simon Boccanegra), le tout au cours de la même saison. Elle ne devait jamais y revenir en raison de la confiscation par le gouvernement italien des passeports des artistes leur interdisant de se produire aux États-Unis et en Grande-Bretagne pendant la Seconde Guerre mondiale. 

En 1939, Caniglia épousa le compositeur, violoniste et chef d’orchestre Pino Donati, qui dirigea également les compagnies d’opéra du Festival de Vérone, de Bologne et de Chicago à différentes époques. Il est toujours resté à ses côtés formant avec elle un couple voyageant de théâtres en théâtres, mais uni par la passion de la musique et un dévouement total à l’art lyrique.

Tenues de scène de Maria Caniglia

 

Après la guerre, elle chanta à Buenos Aires dans le rôle de Norma et d’Adriana Lecouvreur pendant la saison 1947-1948 et fut la vedette de la compagnie de La Scala lors de sa tournée à Londres en 1950.

En 1951, Caniglia quitta La Scala, estimant que la discipline qui en avait fait une grande entreprise dans les années 1930 et 1940 s’était étiolée.  Elle y avait chanté une vaste gamme de rôles, dont les principaux rôles de soprano dans Traviata, Andrea Chénier, Lohengrin, Il trovatore, Poliuto, Un ballo in maschera, Manon Lescaut, Aida, Adriana Lecouvreur, Tannhäuser, Otello, La forza del destino et La Wally.

Ayant quitté Milan, elle devint la soprano spinto principale de l’Opéra de Rome tout en chantant régulièrement un peu partout en Europe: Berlin, Zagreb, Ljubljana etc. Comme ses enregistrements ultérieurs l’attestent clairement, elle fut remarquablement active jusqu’à sa retraite en 1959, après avoir chanté Tosca, son dernier rôle, au Caire.

Elle est décédée à Rome le 16 avril 1979.

On se souvient de Maria Caniglia à travers l’existence du Concours international de chant Maria Caniglia à Sulmona, ville des Abruezzes, région d’origine de la famille Caniglia. Le théâtre de Sulmona porte maintenant son nom. Il fut construit entre 1931 et 1933, et Maria Caniglia y chanta lors de son inauguration.

Caniglia avait une voix exceptionnellement naturelle, particulièrement agréable, avec un superbe vibrato, possédant à la fois douceur et une remarquable puissance si nécessaire, ainsi qu’une grande expressivité. De 1930 à 1950, elle fut l’une des chanteuses les plus acclamées d’Italie et, avec Arangi-Lombardi et Stignani, l’une des dernières grandes voix napolitaines. Son tempérament généreux la conduisait parfois à une surestimation dramatique et sa technique lui faisait parfois défaut dans le registre le plus élevé, mais elle était toujours d’une présence vivante, toujours déterminée à tout donner dans la performance. A l’époque où Tebaldi et Callas divisaient le public de La Scala, Caniglia était devenue la Prima donna Assoluta à Rome.

Maria Caniglia et Franco Corelli dans Tosca en 1955


Même si son tempérament et son profil scénique n’étaient pas particulièrement enclins à se plonger dans des problèmes d’interprétation et de style trop complexes, Maria Caniglia est à juste titre considérée comme l’une des chanteuses d’opéra les plus populaires et de tous les temps. Maîtresse d’un répertoire riche, varié et courageux. car, en tant qu’italienne elle fut une interprète mémorable de Wagner ce qui n’est pas si courant; les voix wagnériennes et la technique de leur formation étant particulières, spécifiques et différentes de celles convenant, par exemple, à l’opéra italien ou français. Dans ce répertoire, Caniglia fut acceptée et applaudie même par le public allemand le plus traditionnel. En tant que soprano dramatique elle fut une interprète idéale de Verdi pour Aida, Luisa Miller, Un bal masqué, Don Carlos, Il Trovatore. Mais elle fut aussi une grande soprano lyrique pour Tosca, Manon, Adriana Lecouvreur. Elle brilla tout autant dans la renaissance d’oeuvres oubliées comme Iphigénie en Aulide, Poliutoi, La vestale, ainsi que le premier opéra de Verdi, Oberto conte di San Bonifacio. D’importants compositeurs italiens ont écrit pour elle dans les années trente: Italo Montemezzi, Franco Alfano, Ottorino Respighi. Maria Caniglia a donné sa voix à la bande originale du film Manon Lescaut et est apparue dans les films Follie dell’opera et Le vent m’a chanté une chanson.

Elle chanta avec les plus grands artistes de l’époque, en particulier avec Beniamino Gigli et Gino Bechi, avec qui elle forma, un trio très populaire dans les années quarante, surnommé «trio Lescano». Elle a travaillé sous la direction des plus grands chefs d’orchestre italiens de l’époque, tels que de Sabata, Ghione, Guarnieri, Gui, Marinuzzi, Panizza, Santini et Serafin.

Ses enregistrements complets pour HMV (tous avec Gigli) et le label Cetra incluent plusieurs de ses rôles principaux, et tous donnent une idée claire de ses grands pouvoirs vocaux et dramatiques. Pour Columbia, Cetra et Voce del Padrone, elle a enregistré de nombreux disques et quelques œuvres complètes: Un bal masqué, La force du destin, Andrea Chénier, Tosca, ainsi que le Requiem de Verdi.