Josef Greindl 1912-1993

Josef Greindl était une basse d’opéra allemande, l’un des des plus grands chanteurs de son temps particulièrement réputé pour ses interprétations de rôles wagnériens à Bayreuth à partir de 1943, mais remarquable aussi dans les rôles straussiens et mozartiens.

Josef Greindl naquit à Munich le 23 décembre 1912 et étudia à l’Académie de musique de Munich de 1932 à 1936, où il suivit l’enseignement de Paul Bender et d’Anna Bahr-Mildenburg. Il eut un premier contact avec le public en 1935 dans une représentation du Freischütz de Weber, mais il fit ses véritables débuts professionnels dans le rôle de Hunding (La Walkyrie), sur la modeste scène du théâtre de Krefeld en 1936 dont il faisait partie de la troupe. Ce rôle de Hunding, l’époux de Brünnhilde, membre du clan des Neidingen, marqua sa carrière et les spectateurs pour toujours: il devint en effet incontournable dans ce rôle, avec toute sa noirceur et sa froide brutalité.

Partenaires dans Der fliegende holländer (le Vaisseau fantôme): Anja Silja, Thomas Steward, Josef Greindl (dans le rôle de Daland) à Bayreuth le 5 juillet 1965.

De 1938 à 1942, il appartint à la troupe de l’Opéra de Düsseldorf où il interpréta tous les plus grands rôles de basse, dans la plupart des répertoires, mais avec une prédilection pour celui de Wagner, dans lequel il excellait. C’est durant ces premières années de guerre qu’il fut remarqué par Heinz Tietjen, alors directeur artistique du Festival de Bayreuth auprès de Winifred Wagner, la belle fille du compositeur. Tietjen le fit venir au Städische Oper (plus tard Deutsche Oper) de Berlin (1942-1948) où il donna un total de 1369 représentations. Parallèlement, il fut membre de l’Opéra d’Etat de Vienne de 1956 à 1969.

C’est tout naturellement qu’il fit, à 31 ans, son entrée au Festival de Bayreuth dans le rôle de Pogner (les Maîtres-Chanteur de Nuremberg) dirigé par Wilhelm Furtwängler. Cette première prestation sur la scène si prestigieuse de Bayreuth révéla l’artiste au monde entier et celui-ci devint en une année la basse profonde que toutes les scènes lyriques les plus réputées au monde s’arrachaient: Paris, Milan, Londres, Buenos Aires, même le Metropolitan Opera de New-York.  Et partout, il triomphait. Greindl devint membre du parti nazi assez tardivement, en 1939. Il était  considéré par Hitler comme l’une des figures emblématiques de Bayreuth et du chant wagnérien. Il fut ainsi inclus dans la très discutée « Gottbegnadeten List », la «liste de ceux qui ont été choisis par Dieu». Il s’agissait d’une liste établie par le ministère du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande et par Adolf Hitler lui-même en 1944. Sur trente-six pages, elle rassemblait les artistes les plus importants du régime nazi. Son nom provient de l’acte d’enregistrement de la liste par le ministère du Reich.

Sa carrière fut incroyablement brillante. Sa tessiture de basse d’une profondeur inouïe le caractérisa et le démarqua d’emblée; elle fit sa renommée, et lui permit également de s’épanouir dans un large médium ainsi que dans des aigus pleins de vaillance. Ses qualités étaient donc vocalement exceptionnelles, et elles l’étaient tout autant scéniquement. Il incarnait avec le même talent la bonhomie dans le rôle de Hans Sachs que la sagesse et la noblesse dans le rôle de Gurnemanz. Sa grande valeur artistique joua sans aucun doute en sa faveur au lendemain de la guerre, et permit que l’on «oublia» ses prises de position dans l’Allemagne du IIIème Reich. 

Peu après la guerre, en 1948, Greindl rejoignit la troupe de l’Opéra du «Berlin allié», celui de l’Ouest, et se produisit régulièrement au Festival de Salzbourg, de 1949 à 1952, où il fit briller sa voix tout comme son talent d’acteur.

Portraits de Josef Greindl

S’il ne fut pas de la réouverture du Nouveau Bayreuth en 1951, il y fut invité par Wieland Wagner dès l’année suivante, en 1952, où il partagea le triomphe avec le ténor Wofgang Windgassen. Il devint dès lors un «pilier du Festival». Sur une période qui s’étala sur près de vingt ans, il fut Hagen, Gurnemanz, Marke, Fasolt, Titurel ou bien encore Fafner, le Landgrave Hermann et Henri l’Oiseleur. Greindl était devenu irremplaçable à la grande époque de Wieland Wagner. A Bayreuth, il participa à pas moins de trois Ring successifs, ceux de: Furtwängler en 1953, de Keilberth en 1958 et de Böhm en 1966. Il est souvent apparu en Fafner, Hunding et Hagen au cours d’un même Ring, ce qui a fait de lui le seul chanteur de la distribution à avoir chanté les quatre soirées. 

Greindl dans divers rôles

Au Festival de Salzbourg, il fut invité de 1949 à 1952 comme Sarastro (Zauberflöte), en 1950 comme Rocco (Fidelio), et dans plusieurs œuvres mozartiennes: le Commandeur dans Don Giovanni, Osmin (L’Enlèvement au sérail) et Sarastro (La Flûte enchantée) y ajoutant quelques récitals. En août 1949, il participa lors du Festival de Salzbourg à la création d’Antigone de Carl Orff, et en décembre 1948 au Städtischen Oper Berlin à la création de Circé de Werner Egk. En 1959, au Städtischen Oper de Berlin, il participa, dans le rôle de Moses, à la première représentation sur scène allemande de Moses und Aron d’Arnold Schoenberg. Il chanta par ailleurs à Londres, à Paris, à La Scala de Milan et au Teatro Colón de Buenos Aires où il remporta de grands succès. Il débuta en novembre 1952 au Metropolitan Opera de New-York dans le rôle de Heinrich ( Lohengrin). Mais il n’y chanta qu’une seule saison (1952-1953) pour deux rôles de wagnériens.

A partir des années 60, il prit le risque d’élargir son répertoire aux rôles de baryton-basse bien que sa belle voix de basse commença à s’user dans les aigus. Ce fut malgré tout avec le même succès: il fut un inoubliable Hans Sachs (à Bayreuth de 1960 à 1964); il fut également un sombre Hollandais du Vaisseau fantôme et un grand Wotan (le Wanderer dans Siegfried).

Distingué par le prix de la critique allemande en 1960, Greindl consacra ses dernières années d’une vie dédiée au chant, à l’enseignement au Conservatoire de Saarbruck (à partir de 1961), avant d’intégrer en 1973 celui plus prestigieux de Vienne, en Autriche. C’est dans cette ville qu’il s’éteignit le 30 avril 1993.

Sa discographie abondante (dont le sommet est constitué par son Ring de 1958 avec Hans Knappertsbusch), dans lequel il interprète les rôles de Fafner, Hunding et Hagen, est dominée par le répertoire wagnérien, mais pas uniquement. On y trouve des rôles d’opéra de Gluck, Verdi, Richard Strauss, Schoenberg , Smetana, Weber, Flotow, Berg, Orff, Cimarosa, Lortzing et Beethoven; lied de Schubert, Schumann et Carl Loewe. On y trouve de la musique sacrée de Bach, Haendel, Heinrich Schütz, Haydn, Mozart, Beethoven, Verdi, Schubert, Dvorak et Rossini.

Greindl avait une voix semblable à celle d’une carrière de gravier, massive, large, profonde, rugueuse et à la sonorité plus grise que noire. Avec une voix plus douce et moins tranchante que celles de Gottlob Frick ou Kurt Böhme, il est néanmoins devenu une personnalité majeure dans les rôles de basse allemands les plus lourds dans les années 1950 et 1960. Un large vibrato dérangeait certains auditeurs, mais Greindl était un artiste suffisamment averti pour atténuer cet effet dans tous les passages et sa présence faisait le reste. Son Hagen dégageait le mal, tandis que son Sarastro avait une chaleur et une dignité qui clarifiaient le rôle comme peu d’autres le faisaient.

La voix aussi imposante que la stature, Josef Greindl est sans doute l’un des plus purs représentants de l’école de chant allemande et l’un des plus parfaits interprètes du grand répertoire germanique. Noblesse et rigueur marquent la carrière sans faux pas de la grande basse bavaroise. Il est considéré comme l’un des plus grands chanteurs wagnériens de son temps.