Ferdinand Frantz 1906-1959

Ferdinand Frantz fut un baryton-basse allemand parfaitement adapté aux oeuvres de Richard Wagner et fut considéré comme l’un des meilleurs Wotan (Der Ring des Nibelungen) de sa génération.

Il naquit le 8 février 1906 à Cassel. Enfant, il chanta dans une chorale de sa ville natale et à l’âge de seize ans fut sélectionné pour chanter une partie solo. Parfois considéré comme un autodidacte, Il étudia toutefois le chant pendant quatre ans et fit ses débuts sur scène en 1927 au Kassel Staatstheater dans le rôle d’Ortel (Die Meistersinger von Nürnberg). Au départ, il se concentra sur les rôles de basse à travers ses engagements d’abord à Halle, puis à Chemnitz de 1932 à 1937, et avec le Staatsoper de Hambourg de 1937 à 1942, où il participa à la création de l’opéra Das Opfer de Winfried Zillig, en 1937.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, entre 1940 et 1942, Frantz chanta au festival d’opéra en plein air de Zoppot des rôles wagnériens: Daland (Der fliegende Holländer), le Landgrave (Tannhäuser )et Pogner (Die Meistersinger von Nürnberg). Il chanta également une grande variété de rôles à l’Opéra d’État de Vienne en 1940 et 1941.

En 1943, il rejoint le Staatsoper de Munich dont il resta membre tout le reste de sa carrière et où il va acquérir une renommée internationale. Là, il commença à s’orienter vers les rôles de baryton-basse.

Ferdinand Frantz dans le rôle de Wotan

Après la guerre, il se produisit en tant qu’invité par les opéras d’État de Dresde et de Vienne, le Festival de Salzbourg de 1948 en Don Pizarro (Fidelio) et l’Opéra de Paris en 1950 dans le rôle de Wotan. Il chanta encore Wotan à La Scala de Milan dans le Ring de Furtwängler, en 1950.

Frantz fit ses débuts au Metropolitan Opera le 12 décembre 1949 dans le rôle de Wotan (Die Walküre). Inconnu le premier soir, il fit immédiatement sensation avec sa noble allure, sa compréhension du style Wagner et une voix volumineuse capable de garder le cap dans les longs monologues du troisième acte. Quelques jours plus tard, le Met eut l’occasion de se féliciter que Frantz soit venu à New-York avec sa femme, la soprano dramatique Helena Braun (1903-1990). Helen Traubel n’ayant pas pu chanter Brünnhilde le 21 décembre et Astrid Varnay s’étant engagée dans une version concert d’Elektra avec le New-York Philharmonic, Braun fut recrutée pour sauver la soirée. Le mari et la femme représentant le père (Wotan) et la fille (Brünnhilde) ont suffisamment fasciné le public et la presse pour que leur photo fasse la Une des journaux new-yorkais. Au cours de la première des trois saisons au Met, Frantz a également chanté son robuste Kurwenal et un jeune Hans Sachs. Bien que nouveau dans ce dernier rôle à l’époque, Frantz fut considéré comme l’un des meilleurs interprètes du rôle. La saison suivante, il revient chanter Wotan, Kurwenal et un incisif Don Pizarro. Pour sa dernière saison au Met en 1954, il chanta Hermann (Tannhäuser) et Gurnemanz (Parsifal) et toujours le Wotan de Die Walküre

Portraits de Ferdinand Frantz

En 1953, Frantz fit ses débuts à Londres avec le Staatsoper de Munich en visite. Son Jupiter dans Die Liebe der Danae de Strauss fut jugé noble et imposant, sans toutefois parvenir à faire oublier le magistral Hans Hotter qui avait chanté le rôle les saisons précédentes. Plus tard dans la saison, Frantz y chanta Wotan dans des représentations du cycle complet du Ring, sa participation ayant été spécifiquement demandée par le chef d’orchestre Fritz Stiedry. Les critiques ont commenté favorablement sa dignité et son sens de la musique.

Tout au long de cette période, il continua à être actif en tant qu’invité, à Rome (1952), à Florence et Monte-Carlo (1953), à Bologne (1954) à Barcelone (1955) et au Festival de Salzbourg en 1955 où il chanta Morone dans Palestrina de Pfitzner. 

Parmi les autres rôles de son répertoire figuraient Escamillo (Carmen), Kaspar (Der Freischütz), Kontschak (Prince Igor), Méphistophélès (Faust (Gounod), Orest (Elektra) et Sarastro (Die Zauberflöte), indiquant sa large gamme vocale. 

Ferdinand Frantz est décédé prématurément, encore en activité, d’une crise cardiaque le 25 mai 1959 à Munich.

Ferdinand Frantz fut l’un des derniers représentants de cette classe extraordinaire de chanteurs capables de faire vivre, avec autorité vocale, les rôles héroïques écrits par Richard Wagner pour baryton-basse. Sa voix offrait un registre inférieur lourd avec une solide assise et un registre aigu incisif comme un javelot, ce qui correspondait à une catégorie vocale entièrement nouvelle. En raison de sa voix endurante et capable des nuances les plus subtiles, il fut considéré comme l’un des meilleurs Wotan et Hans Sachs de son temps. Au cours des années 1950 cependant, son organe pourtant puissant commença à montrer des signes d’usure de plus en plus manifestes.

Frantz a souvent travaillé avec Wilhelm Furtwängler, chantant Wotan à La Scala en 1950 et avec la radio italienne en 1953. Ces deux cycles ont été enregistrés et sont de splendides exemples de son chant. On l’entend également dans les captations des Ring de Rudolf Moralt (1949) et de Fritz Stiedry (1951).