René Maison 1895-1962

René Maison fut un ténor belge de premier plan. Il possédait une voix de fort ténor dramatique. Bilingue comme la plupart des belges, il put, grâce à sa connaissance de l’allemand, gagner les Etats-Unis, où il devint l’une des vedettes du Metropolitan, aux côtés de célébrités comme Flagstad, Marjorie Lawrence, Traubel, ou encore Melchior avec lequel il chanta en alternance.

René Maison naquit le 24 novembre 1895, à Frameries, commune francophone de Belgique, située en Région wallonne dans la province du Hainaut. Il a chanté dès son plus jeune âge, notamment dans l’église locale. Lorsque la Belgique fut envahie par les Allemands pendant la Première Guerre mondiale, les forces ennemies pressèrent fréquemment le jeune René, à peine sorti de l’adolescence, de donner des concerts pour les blessés et de chanter lors des offices pour les morts. Admirant ses possibilités, sa famille l’envoya bientôt étudier le chant d’abord à Bruxelles, puis au Conservatoire de Paris.

Portraits de René Maison

René Maison fit ses débuts à Genève en 1920 avec le rôle de Rodolfo (La bohème). À partir de 1925, il chanta pendant trois saisons à Monte-Carlo dans des rôles plutôt lyriques comme Hoffman et Faust. Son Huon (dans l’Oberon de Weber) mit en valeur ses qualités de fort ténor dramatique ce qui va dorénavant l’orienter vers ce type de répertoire. Toujours à Monte-Carlo, il incarna Don José, Mylio, Werther, Canio, Cavaradossi et Jean Gaussin dans Sapho de Massenet. En 1927, il débuta à l’Opéra-Comique de Paris, dans le rôle du prince Dimitri (Risurrezione de Franco Alfano), aux côtés de la célèbre soprano Mary Garden. Impressionnée, cette dernière intervint pour que le Chicago Civic Opera prenne le jeune ténor sous contrat. De 1927 à 1932, Maison chanta à l’Opéra de Chicago, ajoutant des rôles dramatiques moyennement lourds comme Florestan (Fidelio), Lohengrin et Parsifal.  Il fit ses débuts à l’Opéra de Paris au Palais Garnier en 1929, dans Monna Vanna de Henry Février. Il s’y produisit régulièrement jusqu’en 1940, en Faust, Lohengrin, Radames, Siegmund et Samson. En 1934, il y créa le rôle d’Eumolphe dans Perséphone de Stravinsky. 

René Maison dans Parsifal à Buenos Aires en 1936

Maison fit des débuts à Londres avec Lohengrin le 18 mai en 1931, mais la forte impression qu’il y fit n’eut pas l’occasion de se renouveler car, pour des raisons inexpliquées, il fut remplacé par un ténor allemand, nettement inférieur, pour les deux représentations restantes.

Dans la période qui suivit ses années à Chicago, Maison chanta dans toute l’Europe et l’Amérique du Sud, se produisant, pendant plusieurs saisons, au Teatro Colón de Buenos Aires. 

René Maison dans le rôle de Don José (Carmen)

Ses débuts au Metropolitan de New-York eurent lieu le 3 février 1936, dans le rôle de Walther von Stolzing (Die Meistersinger von Nürnberg). Sa performance fut jugée louable, mais certains critiques trouvèrent que sa voix avait perdu de sa fraîcheur et sonnait un peu mince. Peu après, le 7 mars, il fut un excellent Florestan dans lequel sa musicalité fut très appréciée. Le critique Olin Downes, après avoir été déçu par son Stolzing, fit l’éloge de son Loge (Das Rheingold) l’estimant très supérieur à son Walther. En huit saisons avec le Met, Maison chanta Don José, Lohengrin, Julien, Florestan, Hoffmann, des Grieux, Herodes, ainsi que Samson, entre autres rôles. Pour Samson, dans l’opéra généralement statique de Saint-Saëns, le physique imposant du ténor donna de la crédibilité à un personnage trop souvent sous-dimensionné. Son Hoffman y fut décrit comme excellent et son Erik (Der Fliegende Holländer) de Wagner fut loué à la fois pour son aspect dramatique et sa distinction vocale. Pendant la saison 1937-1938, Maison offrit un puissant Hérode (Salomé). Quand l’opéra Louise fut programmé à l’intention la soprano et star du cinéma Grace Moore, le Julien de Maison fut considéré comme la seule interprétation véritablement française jamais vue au Met.

En 1931, Maison devint le plus jeune chanteur à recevoir la distinction belge de l’Ordre de Léopold. En 1943, il commença à enseigner à la Juilliard School de New York, et de 1957 jusqu’à sa mort, à la Chaloff School de Boston. Parmi ses élèves, il faut signaler le baryton, devenu ensuite ténor dramatique, Ramon Vinay. 

René Maison est décédé au Mont-d’Or, en France, à l’âge de 66 ans. 

Maison possédait une voix puissante et pénétrante, capable de nuances surprenantes, agrémentée d’une diction parfaite comparable à celle de georges Thill. Il avait aussi et surtout une présence scénique impressionnante, puisqu’il ne mesurait pas moins de 1,93m. Il était un acteur discret, dans des rôles souvent grossièrement esquissés, mais un musicien accompli. Ces qualités le rendirent précieux comme remplaçant du grand ténor wagnérien Lauritz Melchior, à l’exception des rôles les plus héroïques.