Mary Garden 1874-1967

Mary Garden était une soprano lyrique écossaise très populaire au cours du premier tiers du XXème siècle dont la carrière se fit essentiellement en France et en Amérique.

Mary Garden

Elle est née à Aberdeen en Ecosse, le 3 janvier 1874. Elle passa son enfance aux Etats Unis où elle obtint la citoyenneté américaine. Ses parents, tous deux d’Aberdeen en Écosse, étaient Robert Davidson Garden (né le 19 juillet 1855) et Mary Joss Garden (née Joss, le 23 février 1860) qui avait alors 14 ans à la naissance de Mary. Elle commença ses études de chant d’abord à Chicopee dans le Massachusetts, puis à Hardford dans le Connecticut et à Chicago en 1888 lorsqu’elle avait 14 ans. Là, elle étudia avec Sarah Robinson-Duff. En 1896, avec le soutien financier de riches mécènes, David et Florence Mayer, elle put poursuivre ses études à Paris où elle travailla avec Jacques Bouhy (1848-1929), baryton belge créateur du rôle d’Escamillo dans l’opéra Carmen, et Lucien Fugère (1848-1935, basse de l’Opéra bénéficiant d’une carrière exceptionnellement longue (il chantait encore à 85 ans). Elle travailla enfin avec la fameuse enseignante Mathilde Marchesi, qui avait appris le chant auprès de Manuel Garcia grand théoricien du chant (père de Maria Malibran et de Pauline Viardot). Elle était la plus célèbre enseignante de son temps, connue avant tout pour avoir formé un nombre surprenant de grandes chanteuses, mais aussi pour avoir été la personne qui a transmis la technique du bel canto au XXème siècle.

Sibyl Sanderson (1864-1903)

En 1899, Garden commença à travailler avec la soprano américaine Sibyl Sanderson (1864-1903) qui était particulièrement associée au répertoire français et dont la grande beauté, les dons d’actrice, mais aussi la voix exceptionnellement étendue (trois octaves) lui valurent une grande popularité. Sibyl Sanderson l’ayant prise en amitié présenta Mary à Albert Carré, le directeur de l’Opéra Comique. Ce dernier, impressionné par sa voix, l’invita à rejoindre sa troupe en 1900. C’est là, le 10 avril 1900, qu’elle va débuter en remplaçant au pied levé Marthe Rioton dans le rôle de Louise, l’opéra de Gustave Charpentier. Marthe Rioton avait été la créatrice du rôle mais avait déclaré forfait après la première. Mary Garden fit sensation dans ce rôle et fut louée pour l’étendue, la flexibilité de sa voix et ses capacités de comédienne pour lesquelles elle fut surnommée “la Sarah Bernhardt de l’opéra”.

A partir de 1901, elle poursuivit pendant deux ans une liaison avec André Messager. Elle a affirmé que lorsque le directeur de l’Opéra-Comique Albert Carré lui a demandé de l’épouser, elle a répondu qu’elle avait quelqu’un d’autre dans sa vie; et c’était Messager. Cette relation fut quelque peu tumultueuse, mais ils sont restés amis jusqu’à sa mort.

Après ses débuts, Mary Garden devint rapidement l’une des principales sopranos de l’Opéra-Comique. En 1901, elle participa à deux premières mondiales, Marie dans La Marseillaise de Lucien Lambert, et Diane dans La fille de Tabarin de Gabriel Pierné. La même année, elle chanta le rôle-titre dans Thaïs de Massenet à Aix-les-Bains, ainsi que les deux rôles-titres dans Manon de Massenet et Madame Chrysanthème de Messager à l’Opéra de Monte-Carlo… tout cela grâce à la préparation de Sibyl Sanderson. La réputation de Mary Garden était telle à l’époque que son nom de famille est devenu un nom commun. Par exemple, pendant un certain temps, Sophie Tucker était présentée comme «the Mary Garden of Ragtime». En 1907, Oscar Hammerstein la fit venir à New York pour la faire jouer avec sa Manhattan Opera Company.

Mary Garden dans Melissande à gauche et dans Louise à droite
Mary garden dans Salomé
avec “la tête de Jean-Baptiste”

Très vite, elle élargit son répertoire et Claude Debussy lui confia en 1902 la création de Pelléas et Mélisande, quitte à se fâcher avec Maurice Maeterlinck, l’auteur du livret, qui voulait réserver le rôle de Mélisande à sa compagne Georgette Leblanc. Elle ne se laissa pas enfermer dans ce rôle en demi-teinte et incarna avec le même succès la voluptueuse et cruelle Salomé de Richard Strauss, le 10 mai 1910, où son baiser sur la tête coupée de Jean-Baptiste choqua la morale d’un certain nombre de spectateurs, encore plus que sa danse des sept voiles (qu’elle exécuta dans un bodystocking).  Elle excella dans le répertoire français dont elle possédait parfaitement la langue. Elle interpréta le rôle-titre lors de la première new-yorkaise de l’opéra de Jules Massenet, Cléopâtre, le 23 janvier 1919. Elle créa également à l’Opéra Comique La reine Fiamette de Leroux en 1903, Aphrodite d’Erlanger en 1906, ainsi que des premières locales: Hélène de Saint-Saëns, Résurrection d’Alfano en 1927. Elle chanta aussi Manon et le rôle de Jean du Jongleur de Notre Dame, un rôle de ténor remanié pour elle par Massenet. On peut encore citer Violetta, Tosca, Carmen, etc.

Au Covent Garden de Londres, elle chanta Manon en 1902, et y fit la création mondiale de Chérubine de Massenet. Au Manhatan Opera, elle fit la création américaine de Thaïs en 1907, ainsi que Le Jongleur en 1908, Sapho en 1909 et Griselidis en 1910. Elle fut également la créatrice de Gismonda à Chicago en 1919.

Mary Garden
Mary Garden

Elle s’installa à Chicago à partir de 1910 jusqu’à sa retraite au début des années 1930. Dans les années 1910-1913, elle a chanté avec le Chicago Grand Opera. En 1915, elle a travaillé avec la Chicago Opera Association, et a été directrice de cette compagnie au cours de sa dernière année de fonctionnement (1921-1922). Bien qu’elle n’ait été directrice que pendant un an, elle fut responsable de la production de la première mondiale de L’Amour des trois oranges de Prokofiev pour laquelle elle dépensera une fortune et imposera la version en français. Le rôle de Léandre y fut interprété par le grand Hector Dufranne. A cette époque, elle a joué dans deux films muets, Thais (1917) et le rôle de Dolores Fargis dans The Splendid Sinner (1918) pour Sam Goldwyn. À partir de 1922, elle fut directrice et star du Chicago Civic Opera, auquel elle est restée fidèle pendant près d’une décennie. Parmi les nombreux rôles qu’elle a incarné avec le Chicago Civic Opera il faut citer Charlotte dans Werther (1924) ainsi que deux premières américaines: Katyusha dans Risurrezione de Franco Alfano (1925, en Français) et l’héroïne de Judith d’Arthur Honegger (1927). En 1930, elle a chanté en première mondiale le rôle de Camille de Hamilton Forrest, un opéra basé sur le roman La dame aux camélias de Alexandre Dumas. En 1926, elle participa à la toute première émission de radio de la NBC.

Mary Garden

Elle fit ses adieux à la scène en 1934 dans le rôle de Katyusha dans la Risurrezione de Franco Alfano à l’Opéra-Comique. Après 1934, elle passa la plupart de ses 30 dernières années en Écosse, près de sa maison familiale d’Aberdeen. Elle a également travaillé comme découvreuse de talents pour la MGM et a consacré son temps à des conférences sur Claude Debussy. Entre 1949 et 1955, elle a écrit plusieurs livres, dont L’Envers du décor, Souvenirs de Mélissande et une autobiographie, Mary Garden’s Story (1951). Pendant une grande partie de sa vie, elle a ouvertement encouragé les jeunes chanteurs et même secrètement fourni des fonds pour qu’ils reçoivent une formation de qualité. Elle a continué à soutenir les jeunes artistes après sa retraite grâce à des masterclasses, permettant souvent aux artistes en herbe d’y assister gratuitement.

Mary Garden

Comme le montrent à la fois son autobiographie et l’ouvrage de Michael Turnbull, Mary Garden était l’archétype de la diva et savait ce qu’elle voulait. Elle eut bon nombre de querelles avec divers collègues dont elle sortit invariablement victorieuse, finissant à la longue par régner en maître sur l’opéra de Chicago. Elle était d’une grande beauté et sa vie personnelle flamboyante faisait souvent l’objet de plus d’attention que ses performances musicales. Ses relations avec les hommes, réelles ou imaginaires, ont fait la une des journaux à scandale.

En 1909, la filiale américaine des parfums Rigaud a signé avec Mary Garden un contrat pour le lancement d’une ligne de parfums et de soins cosmétiques à son nom. Une vingtaine de produits seront créés et vendus sous son nom jusqu’à la fin des années 1920.

Mary Garden est décédée à Inverurie, près d’Aberdeen, le 3 janvier 1967, où elle a passé les 30 dernières années de sa vie. Un prix de chant lyrique au Festival international de la jeunesse d’Aberdeen est décerné en son nom. Il y a un petit jardin commémoratif qui lui est dédié à l’extrémité ouest d’Aberdeen, avec une petite pierre gravée et un banc.

Mary Garden a réalisé environ 40 enregistrements entre 1903 et 1929 pour G&T, Columbia et Victor. Ils continuent d’être réédités et présentent un grand intérêt pour les amateurs d’enregistrements historiques. Les quatre enregistrements de 1904 qu’elle a réalisés en compagnie de Claude Debussy à Paris sont d’un intérêt particulier. Il existe également un petit nombre d’enregistrements réalisés à partir d’émissions radio. 

Mary Garden fut une personnalité étonnamment moderne d’actrice-chanteuse, au physique séduisant, préoccupée avant tout par la qualité de la diction et caractérisée par une intuition musicale remarquable et une incontestable beauté vocale.