Giangiacomo Guelfi 1924-2012

Giangiacomo Guelfi fut un baryton italien, spécialiste de Verdi et de Puccini, réputé autant pour la puissance de sa voix que pour son art des nuances. Il ne doit pas être confondu avec le baryton romain Carlo Guelfi.

Il naquit à Rome le 21 décembre 1924 mais fut élevé à Rosignano Marittimo, la ville d’origine de son père Giovanni, fonctionnaire de la poste.

Portraits de Giangiacomo Guelfi

Après avoir commencé des études de droit, il s’orienta très vite vers le chant à Florence où il travailla sous la direction du légendaire baryton Titta Ruffo dont l’étendue vocale était unanimement admirée. On imagine facilement le plaisir du vieux lion à construire pas à pas avec son jeune élève l’instrument qui allait le distinguer sur les scènes du monde entier.

Guelfi dans divers rôles

En 1950, il remporta le Concours du Théâtre lyrique de Spolète, ce qui lui permit de faire ces débuts, dans ce même théâtre, dans le rôle-titre de Rigoletto.  Le succès remporté fut tel qu’il fut immédiatement engagé sur la scène de la Scala de Milan, y créant Proserpina e lo straniero de Juan José Castro aux côtés de Rosanna Carteri. Ce fut le prélude à une incroyable carrière internationale. Giangiacomo Guelfi s’est produit à Venise, Florence, Rome, Naples, Palerme, Catane et aux Arènes de Vérone dont Il est devenu un habitué.  Il chanta également dans les théâtres les plus célèbres du monde tels que le Coven Garden de Londres, le Colón  ​​de Buenos Aires, et les Opéras de Rio de Janeiro, Berlin, Lisbonne, Londres et Le Caire. Il a tenu les rôle de baryton dans les opéras les plus célèbres tels que Tosca, Aida, Carmen, Cavalleria Rusticana, I due Foscari etc. En 1968, il enregistra une intégrale de Cavalleria Rusticana dirigée par Herbert von Karajan. En plus d’avoir une grande voix, Giangiacomo était doué d’un physique exceptionnel; il mesurait plus d’un mètre quatre-vingt et avait une imposante présence scénique. Son autre qualité notable était sa maîtrise du jeu théâtral. Mais il faut dire que ces qualités furent un handicap pour bien interpréter Rigoletto qui, comme on le sait, est physiquement tout sauf un beau personnage. 

Guelfi dans le rôle du baron Scarpia (Tosca)

Il fit ses débuts américains en 1954 à l’Opéra lyrique de Chicago, puis se produisit au Metropolitan Opera de New-York en 1970. Il participa à la création d’œuvres contemporaines, notamment en interprétant le rôle de Lazaro dans La Fille de Jorio de Pizzetti à Naples en 1954. Il fut surtout connu pour ses interprétations de héros verdiens dans des opéras comme Nabucco, I due Foscari, Attila (à la redécouverte duquel il participa en chantant Ezio en 1951 dans une version de concert), Macbeth, Il trovatore, Les Vêpres siciliennes, La forza del destino et Aïda. Il a aussi été apprécié dans des opéras véristes tels que Cavalleria rusticana, Andrea Chénier, Tosca, et La Fille du Far-West.

Laura Carol, soprano, épouse de Giangiacomo Guelfi

Guelfi fit étonnamment peu d’enregistrements officiels. Il a probablement eut la malchance d’être dans la fleur de l’âge à une époque où l’on ne manquait pas de barytons Verdiens, tels Gobbi, Bastianini, Warren, Merrill ou MacNeil pour ne citer que ceux-là. Par chance, beaucoup de ses grands rôles ont été préservés par des prises de son en direct.

Son épouse, Laura Cagol, dont le nom d’artiste était Laura Carol était également chanteuse d’opéra avec une voix de soprano. Ils eurent un fils, Stefano. 

Il est décédé le 8 février 2012 à Bolzano où il vivait avec son épouse,

Guelfi avait une voix belle et puissante. Dans son ouvrage Voix parallèles Lauri-Volpi définit la voix de Giangiacomo Guelfi comme une véritable trombe marine, ce qui n’est pas sans fondement étant donné la puissance et le volume de ce baryton. Il ne fut toutefois pas qu’une simple machine à produire des sons retentissants. Son excellente technique lui permit une utilisation très correcte de la mezza voce et du chant nuancée avec un contrôle complet sur toute l’étendue de sa tessiture. On peut le constater sur sa mémorable interprétation de I due Foscari dans la reprise de l’opéra de Verdi en 1957, sous la direction de Tullio Serafin à La Fenice de Venise où son timbre dense savait trouver des inflexions mélancoliques sources d’intenses émotions.

Guelfi fut par ailleurs une personnalité extravertie, ayant de nombreux amis, amateur de bonne chère, et riche d’une culture qui dépassait le domaine musical.