Riccardo Stracciari 1875-1955

Riccardo Stracciari fut un des plus grands barytons du XXème siècle en raison d’un contrôle parfait du souffle, de l’épaisseur et de la densité de son timbre, de la facilité du registre aigu, ainsi que de ses qualités d’acteur. Cela explique la longévité de sa carrière qui s’est étendue de 1899 à 1944. Il reste incomparable dans les rôles de Figaro, Rigoletto et Germont.

Né à Casalecchio di Reno près de Bologne, en Italie, Stracciari a d’abord chanté dans le chœur de la troupe d’opérette d’un manager du nom de Giovanni Gargano, en 1894. Il entra ensuite au Conservatoire de Bologne, entreprenant des études vocales avec Umberto Masetti. Il fit ses débuts en 1899, au Teatro Communale, en remplaçant Giuseppe Kaschmann à la dernière minute dans une représentation de l’oratorio La Resurezione di Cristo de Lorenzo Pesori, puis à Rovigo, en Marcello (La bohème). Il chanta dans différents théâtres d’Italie, avant de faire ses débuts à La Scala de Milan en 1904, dans Aida et La Wally. 

Portraits de Riccardo Stracciari
Stracciari et son épouse

Il fit ses débuts au Met de New-York, en 1906, dans La Traviata (rôle de Germont) avec Marcella Sembrich et Enrico Caruso. Au cours de ses deux saisons au Met, ses rôles furent Rigoletto, Ashton, Amonasro, Valentin, Marcello, Sharpless, Lescaut, Alfio, Tonio et Di Luna. Il s’est également produit avec l’Opéra de San Francisco, l’Opéra de Paris (1909), le Teatro Real de Madrid (1909) et le Teatro Colon de Buenos Aires (1913). Il a également connu de grands succès à Covent Garden où il était particulièrement populaire en Rigoletto, Amonasro, Lord Ashton, Rodrigo et le Conte di Luna. Il a chanté pendant six saisons en Russie et pendant neuf saisons en Amérique du Sud. Ses débuts à l’Opéra de Chicago eurent lieu en 1917. C’est là qu’il triompha avec sa caractérisation fougueuse du Figaro du Barbier de Séville de Rossini, rôle qu’il chantera environ 1000 fois au cours de sa carrière. Stracciari s’est également produit largement dans son Italie natale et s’est retiré de la scène en 1944, après cinquante années de carrière. Il eut la douleur de perdre son fils en 1944.

Tenues de scène de Stracciari

À partir de 1940, le pédagogue qu’il était devenu fit bénéficier de son expérience et de sa culture vocale les conservatoires de musique de Naples et de Rome. Il forma un grand nombre de jeunes chanteurs, parmi lesquels la basse bulgare Boris Christoff, Sándor Svéd, Paolo Silveri, Raffaele Arié, Giulio Fioravanti, Mario Laurenti, Fiorella Carmen Forti, Alvinio Misciano, Otello Borgonovo.

Boris Christoff et son professeur Riccardo Stracciari

Stracciari avait chanté très souvent avec la basse Adam Didur, qui le considérait comme un bon ami. En 1945, Didur écrivit à Stracciari depuis sa Pologne natale, lui offrant une chaire au Conservatoire de Varsovie pour enseigner le chant. Les conditions étaient satisfaisantes et Stracciari était tenté d’accepter. Mais sa femme pensait que le climat de la Pologne, si différent de l’air doux de Rome et aussi l’âge et la santé de son mari n’étaient pas optimaux. Il a donc malheureusement mais sagement refusé l’offre.

En plus des nombreux enregistrements de duos et d’airs individuels que Stracciari a réalisés pour Fonotipia Records et Columbia Records avant, pendant et après la Première Guerre mondiale, il a participé, âgé de 53 ans, aux enregistrements de deux intégrales de Rigoletto et du Barbier de Séville, avec Mercedes Capsir et Dino Borgioli sous la direction de Lorenzo Molajoli. Ces deux enregistrements ont une valeur historique particulière en tant qu’illustrations des styles de chant italiens de cette période. 

Il est mort à Rome le 10 octobre 1955 à l’âge de 80 ans.

Giacomo Rimini, Riccardo Stracciari, unknown, Mme Stracciari, Giovanni Zenatello
Cleofonte Campanini, Maria Gay, Eva Tetrazzini, Luisa Tetrazzini, unknown – New Jersey 1917

Stracciari est tenu comme l’un des plus grands chanteurs de tous les temps pour le contrôle absolu de l’émission et du souffle, capable d’éclat, d’une belle agilité, et des plus subtiles nuances. Il est aussi considéré comme le meilleur Figaro et Rigoletto du XXème siècle. Il brilla d’un même éclat dans le répertoire du bel canto (Ashton, Alfonso, di Luna, Germont, Amonasro, etc) et du vérisme (Scarpia, Sharpless, etc), il chanta aussi Wolfram et Valentin avec grand succès.