Margarete Matzenauer 1881-1963

Margarete Matzenauer (parfois orthographié Margaret Matzenauer ou Margarethe Matzenaur) est une mezzo-soprano hongroise possédant un timbre opulent et une voix d’une grande étendue.

Elle est née dans une famille juive de musiciens le 1er juin 1881 dans la ville de Timisoara dans l’actuelle Roumanie, qui à l’époque se nommait Temesvár et faisait partie de l’empire Austro-Hongrois. C’est pourquoi elle s’est toujours considérée comme hongroise. Son père, Ludwig, était chef d’orchestre et sa mère chanteuse d’opéra. Tout cela peut aider. Matzenauer a commencé sa formation vocale avec Georgine von Januschowsky à Graz avant de poursuivre ses études avec Franz Emerich et Antonia Mielke à Berlin et Ernst Preuse (qu’elle épousa plus tard) à Munich.

Elle fit ses débuts à l’opéra en 1901, avec le rôle de Puck dans Oberon de Weber, au Strasbourg Stadttheater où elle resta jusqu’en 1904. Son succès dans cette production lui permit de recevoir une offre du Hofoper de Munich. De 1905 à 1911, Matzenauer chanta à Munich, élargissant progressivement son répertoire de rôles dramatiques. Elle commença en abordant des rôles majeurs tels que Azucena (Il trovatore), Carmen, Mignon, Waltraute et Erda (L’Anneau du Nibelung) et Ortrud (Lohengrin). Elle atteint d’abord la célébrité en Europe comme contralto et mezzo-soprano, et fut engagée pour le Festival de Bayreuth 1911. L’année suivante elle se produisit au Teatro Colón de Buenos Aires. En 1914, elle était au Covent Garden de Londres et au théâtre des Champs Elysées de Paris. Elle tenta aussi de s’attaquer aux rôles de soprano pure, mais cette expansion vers un répertoire plus aigu ne se révéla pas être un franc succès, en raison de ses limitations dans les notes les plus hautes. 

Matzenauer dans Isolde
Matzenauer dans le rôle de Brangäne
Matzenauer dans le rôle de Brünnhilde avec Weil au Mat en 1912
Matzenauer dans le rôle de Kundry (Parsifal)
Matzenauer dans le rôle d’Ortrud
Matzenauer dans le rôle de Waltraute
Matzenauer dans le rôle de Fricka
Matzenauer dans le rôle de Dalila
Margaret Matzenauer

Matzenauer fit ses débuts comme mezzo, au Metropolitan Opera de New-York dans Aida, le 13 novembre 1911, chantant le rôle d’Amneris lors de la soirée d’ouverture, avec une distribution qui comprenait également Emmy Destinn dans le rôle d’Aida et Enrico Caruso dans celui de Radamès; Arturo Toscanini était à la direction. Le succès fut immédiat. La presse parla d’une «présence imposante», d’une chanteuse avec une voix «superbe, riche et très flexible». Quelques jours plus tard, elle affichait sa polyvalence en apparaissant dans Tristan et Isolde de Wagner, performance qui lui gagna l’admiration du public et des critiques. Plusieurs articles ont mentionné la taille et la beauté de sa voix et le talent artistique avec lequel elle était déployée. Matzenauer resta au Metropolitan Opera pendant 20 ans, endossant des rôles de mezzo et de soprano, et les alternant de semaine en semaine. On retiendra entre autres le rôle d’Eboli dans la première au Met de Don Carlo en 1920, Santuzza, Marina (Boris Godounov), Leonore (Fidelio) et Brünhilde (La Walkyrie). En 1914, elle était dans le casting de la soirée d’ouverture, cette fois comme Ulrica dans Le bal masqué avec l’Amelia d’Emmy Destinn et le Riccardo de Caruso. Pour la troisième année consécutive, Matzenauer ouvrit la saison avec Caruso dans Samson et Dalila le 18 novembre 1915. Elle fut félicitée pour la chaleur de son chant, même s’il était quelque peu éloigné du style français authentique. En janvier 1917, Matzenauer chanta la comtesse des Noces de Figaro, transposant une grande partie de la musique et étant qualifiée de “solide”.

En 1912, elle épousa l’un de ses collègues du Met, le ténor dramatique d’origine italienne, Edoardo Ferrari-Fontana (1878-1936). De ce fait elle acquit automatiquement la citoyenneté italienne. Le mariage se termina par un divorce en 1917. 

Elle avait une mémoire exceptionnelle et elle sauva la direction du Met le 1er janvier 1912, lorsque, avisée avec seulement avec quelques jours d’avance pour remplacer une Olive Fremstad malade, elle chanta le rôle de Kundry dans Parsifal, rôle très exigeant qu’elle n’avait jamais chanté avant. 

Matzenauer (au centre) dans le rôle de la Comtesse dans les Noces de Figaro de Mozart avec Frieda Hempel et Géraldine Farrar

Au cours de ses années au Metropolitan Opera, Matzenauer s’est aussi déplacée occasionnellement pour chanter à Boston de 1912 à 1914, à Buenos Aires en 1912 et à Londres où elle interpréta pour la première fois le rôle d’Ortrud en 1914, puis celui de Kundry. Ces rôles assurés en une seule saison en ont fait l’un des principaux mezzo-sopranos allemands du moment et seul le déclenchement de la Première Guerre mondiale l’a empêchée d’avoir une relation plus longue avec ce théâtre.

De gauche à droite dans les rôles de Mignon, Carmen, Santuzza et Amneris

Elle fit ses adieux au Met le 17 février 1930 dans le rôle d’Amneris, mais elle continua à chanter ailleurs dans des opéras et à donner des concerts.  En 1924, elle participa au Royal Albert Hall de Londres à un concert du dimanche avec le pianiste Solito de Solis.  En 1936, elle joua le rôle de Madame Pomponi dans la production de Columbia Pictures M. Deeds Goes to Town. 

Edoardo Ferrari-Fontana
et Margaret Matzenauer en 1915,
au Metropolitan Opera de New-York

Elle enseigna à Los Angeles, puis suspendit sa retraite le temps de chanter Dalila dans une représentation en plein air au Lewisohn Stadium de New-York. Après quelques années de retrait de la vie musicale elle donna un récital au Carnegie Hall en 1938. Bien qu’elle ait alors 56 ans, le New-York Times pouvait encore faire des commentaires sur son “somptueux timbre et sa résonance opulente” et sur la “force et la sensibilité de sa musicalité”. Après cela, elle enseigna à New-York et en Californie. Elle fit sa toute dernière apparition sur scène dans une comédie à Broadway, Vicki, en 1942. 

Matzenauer s’est marié trois fois: la première fois avec Ernst Preuse, un professeur basé à Munich, puis plus tard, le 26 juin 1912 à l’Italian Club de Buenos Aires avec le merveilleux ténor dramatique, Edoardo Ferrari-Fontana. Ils divorcèrent en 1917. Son dernier mari fut son chauffeur.

Elle mourut le 19 mai 1963 âgée de 82 ans, au Sherman Way Convalescent Hospital de Van Nuys, en Californie.

Chanteuse extraordinaire et une force pour elle-même, Margarete Matzenauer a chanté des rôles dramatiques dans les registres de mezzo-soprano et de soprano. Bien que beaucoup aient estimé que sa voix était à son meilleur dans le mezzo, elle a chanté pendant une assez longue carrière avec une voix essentiellement intacte malgré le nombre considérable de représentations de soprano wagnérienne qu’elle a données.

Dans sa jeunesse, c’était une voix très large de clarté et de grande chaleur dans les registres inférieurs avec quelques pics brillants au sommet. Ces notes les plus hautes étaient des produits de sa jeunesse plutôt qu’une partie intrinsèque de sa gamme naturelle, mais même ainsi, Matzenauer les maîtrisait complètement quand elle voulait ajouter un petit frisson insoupçonné à ses interprétations. En 1907, sa tessiture était extrêmement étendue, couvrant près de trois octaves. Vers la quarantaine, sa voix devint celle d’un contralto profond, assez profond pour qu’elle préférât chanter «O Don Fatale» en 1926 dans la tonalité basse. La technique vocale de Matzenauer était basée sur une formation de type allemand et présentait certains inconvénients typiques de cette méthode à savoir notamment un registre supérieur parfois serré. Mais elle connaissait très bien sa voix et l’égalisation des registres était excellente. C’était une voix large bien épanouie surtout dans ses dernières années, et a pu être comparée à celle d’Ernestine Schuman-Heink. Le ténor Giacomo Lauri-Volpi la mentionne dans son ouvrage Voci parallele comme l’un des trois seuls vrais contraltos qu’il eut la chance de rencontrer tout au long de sa carrière (les autres étant Gabriella Besanzoni et Matilde Blanco Sadun).