Maria Stader 1911-1999

Maria Stader était une soprano suisse d’origine hongroise. Ce fut l’une des sopranos helvétiques les plus renommées du XXème siècle, avec Lisa Della Casa et Edith Mathis. Handicapée par sa petite taille elle n’a pas pu exploiter la carrière d’opéra qu’elle méritait vocalement mais est devenue une référence comme récitaliste et en particulier pour ses interprétations de Mozart et de Bach.

Elle naquit à Budapest le 5 novembre 1911 sous le nom de Maria Molnár. Pendant la première guerre mondiale, la vie en Hongrie était particulièrement difficile et la nourriture devint rare et rationnée. Les parents Molnár eurent de la peine à nourrir leurs cinq enfants. Maria et Elisabeth, sa sœur cadette, présentèrent rapidement des signes de sous-alimentation. De plus, elles devinrent orpheline à la fin de la guerre et furent prise en charge par la Croix-Rouge. En 1919, l’Armée du Salut organisa un séjour en Suisse pour les deux fillettes, pour tenter de palier à leur malnutrition. A Zurich, la famille d’accueil de Maria fit les démarches nécessaires pour que ce séjour de trois mois fût prolongé. Elle put ainsi séjourner en Suisse pendant neuf mois. De retour à Budapest, Maria, tomba malade et dut subir une opération. La famille qui l’avait accueillie fit tout son possible pour qu’elle puisse retourner en Suisse. Mais en raison de difficultés avec le bureau de l’immigration, Maria n’obtint pas l’autorisation de rester dans le canton de Zurich. Lorsque la police de l’immigration du canton de Zurich exigea le retour en Hongrie de Maria, sa famille d’accueil chercha pour elle une nouvelle famille dans un autre canton. C’est ainsi que Maria arriva dans la famille Stader qui résidait à Romanshorn, sur les rives du lac de Constance. Elle fut officiellement adoptée en 1922 par Hans Stader et son épouse.

Deux amies très proches: Maria Stader et la célèbre harpiste Clara Haskil

Elle commença alors des études de chant à Saint-Gall, avec Mathilde Baerbach-Keller, avant de les poursuivre, à partir de 1933, avec le père de cette dernière, Hans Keller, à Karlsruhe. À partir de 1935, elle prit des cours chez l’alto Ilona Durigo à Zürich, qui la présenta à Hermann et Lily Reiff qui fut une une élève de Frantz Liszt. La maison des Reiff était un lieu où se rencontraient beaucoup d’artistes parmi lesquels , entre autres l’immense chef d’orchestre Fritz Busch. C’est par l’intermédiaire de ce dernier que Maria Stader put aller suivre des cours avec la contralto Therese Schnabel-Behr, épouse du grand pianiste Artur Schnabel qui parachèvera sa formation à New-York. À partir de 1938 Maria Stader suivit en plus des cours à Milan avec la célèbre soprano dramatique Giannina Arangi Lombardi. Mathilde Baerbach l’introduisit aussi auprès du couple Schulthess-Geyer. La violoniste Stefi Geyer l’aida aussi beaucoup dans sa carrièreElle attira l’attention du public en remportant, à l’âge de 16 ans, le premier prix du premier Concours international d’exécution musicale de Genève en 1939. La première guerre mondiale freina toutefois le début d’une carrière qui s’annonçait brillante. La paix revenue, elle fit quelques apparitions sur les scènes lyriques, notamment dans le rôle de la reine de la nuit de la Flûte enchantée de Mozart durant la saison 1949-1950 du Covent garden de Londres. Mais le monde du théâtre qui exige un fort tempérament dramatique ne lui correspondait pas, d’autant plus qu’en tant que petite femme (elle mesurait 1,44m), elle était trop petite pour les scènes d’opéra et devait parfois se tenir debout sur un tabouret. Elle s’orienta donc vers les concerts et les récitals ainsi que vers les enregistrements pour la radio et le disque. Elle triompha au festival de Salzbourg, ce qui lui valut, en 1950, la médaille Lilli Lehmann décernée par le Mozarteum. Elle reçut par la suite la médaille d’argent Mozart de la ville de Salzbourg, l’Ordre autrichien du mérite pour les arts et les sciences ainsi que la médaille d’or Hans Georg Neagell de la ville de Zurich. 

Maria Stader. Portraits

Elle fit ses débuts aux États-Unis en 1954, se produisant avec le Philharmonique de New-York, l’Orchestre de Philadelphie et l’Orchestre de Cleveland. En 1956, elle donna en Israël, avec l’Orchestre philharmonique d’Israël dirigé par Ferenc Fricsay, Lucia di Lammermoor de Donizetti et Judas Maccabaeus en version de concert.  Elle est apparue dans pratiquement tous les grands festivals musicaux du monde. Elle a d’abord attiré l’attention du public lorsqu’elle fut invitée par Pablo Casals à se produire au festival de Prades. Aux États-Unis, elle se produisit à plusieurs reprises avec tous les grands orchestres ainsi qu’à la télévision. Elle chanta ainsi avec l’Orchestre de Philadelphie (à Philadelphie et à New-York), le Chicago Symphony Orchestra, ainsi que des Masterclasses et des récitals au Aspen Music Festival. Maria Stader a également chanté au Japon, en Afrique du Sud et en Amérique du Sud.

Hans Erismann, époux de Maria Stader

En 1939 elle épousa Hans Erismann, qui était à l’époque le directeur de musique de Weinfelden et plus tard le chef de chœur du Züricher Stadttheater. 

Parmi ses amis, Maria Stader comptait par exemple le politicien suisse Walther Bringolf, le réalisateur Emil-Edwin Reinert ainsi que de nombreux musiciens dont particulièrement Clara Haskil et Ferenc Fricsay (dont elle fut l’égérie après avoir fait sa connaissance par l’intermédiaire de Rolf Liebermann). Maria Stader a également chanté sous la direction d’autres chefs célèbres dont Eugen Jochum, Josef Krips, Eugene Ormandy, Pablo Casals, George Szell, Rafael Kubelik, Bruno Walter, Hermann Scherchen, Otto Klemperer, Karl Richter, Ernest Ansermet et Dean Dixon. Elle était également une amie du réalisateur français Emil-Edwin Reinert et elle correspondait régulièrement avec Albert Schweitzer.

Maria Stader

Stader s’est d’abord fait connaître pour ses interprétations de Mozart et ses collaborations avec le chef d’orchestre Ferenc Fricsay sur des œuvres telles que Don Giovanni, Le nozze di Figaro, L’enlèvement du sérail (deux versions 1954 et 1960), Exsultate, jubilate, la Grande messe en ut mineur ainsi que le Requiem de Verdi. Au cours de sa carrière, Stader s’est forgée une réputation d’interprète exceptionnelle de Bach, en particulier avec Karl Richter et Ferenc Fricsay. Elle a enregistré le Requiem d’Antonín Dvořák avec Karel Ančerl et l’opéra Fidelio de Beethoven (comme Marzelline) avec Hans Knappertsbusch. Elle a presque toujours chanté ses rôles d’opéra dans les studios d’enregistrement et rarement, voire jamais, sur scène à cause de sa petite taille. Elle préférait le répertoire des concerts, mais, même en concert, elle devait souvent se tenir sur une plate-forme ou une estrade pour être bien vue par le public. Cela lui a sans doute permis d’éviter les tensions ressentie par de nombreux chanteurs d’opéra et de préserver sa voix fraîche et délicate jusque dans les années 1960. 

Elle se produisit pour la dernière fois au Philharmonic Hall à New-York dans le Requiem de Mozart le 7 décembre 1969, avec une voix toujours aussi fraîche.

Jusqu’en 1951, elle enseigna au Conservatoire de Zurich (fusionné en 1999 dans l’École de musique, d’art dramatique et de danse (HMT), elle-même fusionnée en 2007 avec l’Université des arts de Zurich et y a ensuite donné des masterclasses. Maria Stader a publié son autobiographie Nehmt meinen Dank (Merci) en 1979 et donna son dernier concert en 1969 à Zurich, au cours duquel elle était accompagnée par le célèbre pianiste hongrois Geza Anda. Stader a également publié un manuel sur les airs de Bach qui a été traduits en anglais en 1968.

Elle est décédée à Zurich le 27 avril 1999 à l’âge de 88 ans.

Maria Stader était réputée pour la clarté radieuse et la finesse de sa voix, dont elle conserva la fraîcheur de timbre jusque dans les années 1960. Soprano de concert du plus haut rang, elle fut la soliste préférée de plusieurs des plus grands chefs d’orchestre du monde. Cela ne veut pas dire que le monde de l’opéra était hors de portée de son art. Ses disques conservent beaucoup d’exemples d’interprétations qui vont de Bach et Mozart à Gluck et Puccini. Mais dans les oeuvres de Bach et de Mozart, elle a établi des normes d’interprétation incontournables dans les années d’après-guerre.