Giuseppe Giacomini 1940-

Giuseppe Giacomini est un ténor dramatique italien. Véritable phénomène vocal, doté d’une voix riche, puissante et d’une exceptionnelle tessiture, il est considéré par ses fans, qui le surnomment Bepi, comme le plus grand ténor italien du XXème siècle. Curieusement, malgré une carrière des plus brillantes et une voix vraiment extraordinaire, il n’a jamais atteint la renommée mondiale de certains de ses collègues, peut-être plus médiatiques. N’ayant pas le sex appeal d’un Corelli, il est certainement le plus sous-estimé des grands ténors. Giacomini fut pourtant l’un de ces chanteurs qui s’améliorent avec l’âge et conserva une voix toujours rayonnante et sans aucune altération du timbre après trente ans de carrière, ce qui est un fait rarissime, comme l’a bien souligné Roland Mancini.

Giuseppe Giacomini. Portraits

Giacomini est né le 7 septembre 1940 à Veggiano près de Padoue. Il étudia le chant avec Elena Ceriati, Marcello del Monaco et Vladimiro Badiali, mais est essentiellement considéré comme un autodidacte.  Il remporta divers concours de chant dont celui de Vercelli où il put ainsi débuter, en 1966, comme Pinkerton dans Madame Butterfly. En 1969, il se produisit dans les rôles de Turiddu (Cavalleria rusticana) et Des Grieux (Manon Lescaut) à Parme et à Modène. 

Son premier engagement hors d’Italie eut lieu en 1970 à Berlin, où il interpréta le rôle principal du ténor de Des Grieux dans Manon Lescaut (qu’il donna aussi à Bordeaux en 1972). Il a ensuite chanté dans Il tabarro à Lisbonne (1971), Tosca à Barcelone (1972) et Vienne (1973), puis au Staatsoper de Munich en 1973. En 1974, il fit ses débuts américains à Buenos Aires au Teatro Colón dans Madame Butterfly (Pinkerton) et dans Il tabarro (Luigi). Giacomini revint en Italie avec un énorme succès dans les plus grandes maisons: La Scala (La Forza del Destino en 1974 et La Bohème en 1975, le Teatro San Carlo de Naples, le Teatro Regio de Turin, Opera di Roma, etc. 

Giacomini fit ses débuts en Amérique du Nord en tant que Dick Johnson dans La fanciulla del West à Hartford (Connecticut) en 1975, et débuta au Metropolitan Opera l’année suivante dans La forza del destino, ouvrage avec lequel il s’affirma progressivement sur toutes les scènes. Il reviendra au Met durant six saisons consécutives.

Giacomini dans Otello
Giacomini, à gauche dans La force du destin avec Leontyne Price; à droite avec Martina Arroyo dans Aida
Giacomini en scène

Il chanta à Paris (Palais Garnier) en mai 1976, Alvaro dans La Forza del Destino. Cette performance lui valut plusieurs autres contrats les années suivantes dans le grand répertoire italien: Macbeth, Don Carlo, Il trovatore, Pagliacci et Tosca qu’il chante à Barcelone, à Vienne et au Staatsoper à Munich. Ce n’est qu’après le succès de ces Tosca qu’il fit sa première apparition à Covent Garden en 1980 avec La Fanciulla del West).

Dès lors, il fut considéré comme le meilleur ténor lyrico-spinto italien et va s’attaquer à des rôles plus lourds, de ténor dramatique: Turandot, Pagliacci, Il Tabarro, Carmen, André Chénier. Il s’affirma également comme un ténor verdien idéal pour la beauté de son timbre et de son phrasé dans les rôles phares de Manrico (Il trovatore), Radames (Aida), Don Carlo et en particulier Otello qu’il aborde avec succès à San Diego puis à Vérone (1990); un rôle où il est désormais sans rival.

Giacomini et Renata Scotto dans Don Carlo de Verdi au Metropolitan Opera de New-York en 1979

Il a chanté dans le monde entier, y compris pour la famille royale britannique à Covent Garden (1988) et devant Mikhaïl Gorbatchev à Moscou. Il a accumulé de nombreuses récompenses et est commissaire de l’Ordre di San Gregorio Magno. Il participa à la première mondiale de La Lupa de Marco Tutino à Livourne en 1990. Il a également chanté lors du centenaire de la première de Manon Lescaut de Puccini au Teatro Reggio de Turin. Il a participé à la fameuse mise en scène historique de Aida devant les pyramides du Caire en 1987 et fut Calaf à Séoul à l’occasion de l’ouverture des Jeux Olympiques de 1988. Giacomini a fait une tournée en Chine en 2010, où il a travaillé avec l’Orchestre Philharmonique de Shanghai sous la direction de M. Muhai Tang. Il a donné un récital dans la nouvelle salle de concert de Tianjin le 17 septembre 2010. On lui attribua également la renaissance d’opéras rares comme Fausta de Donizetti (Rome, 1981) et Medici de Leoncavallo (Francfort, 1993). Il est aussi honoré du titre de Kammersänger du Staatsoper de Vienne, sans oublier le Gold Viotti, le prix Giovanni Zenatello, la médaille d’or Mascagni et le prix Giovanni Martinelli. Il est également Commendatore de l’Ordine di San Gregorio Magno, un ordre italien de chevalerie. 

Giuseppe Giacomini

Ses dernières performances eurent lieu à Oslo, Zurich et Londres dans le rôle de Mario Cavaradossi en 2000. Même s’il a pris officiellement sa retraite en 2000, il a continué à faire des apparitions sporadiques dans le monde entier.

La voix de Giacomini, à la fois riche et sombre, est celle d’un ténor dramatique et lyrico-spinto. Il fut l’héritier de la grande tradition spinto de Franco Corelli et Mario Del Monaco. Il fut la quintessence du ténor italien héroïque: avec ses notes aiguës résonnantes et brillantes comme de l’acier. Sauf certains soirs… des soirées que tous les chanteurs connaissent, bien sûr, mais que Giacomini connut un tout petit peu plus souvent que d’autres.

Parlant de la couleur de sa voix, il précise: «la couleur ne vient pas vraiment des résonances de la tête, mais de la partie inférieure du visage. La partie supérieure de la tête n’est responsable que de la projection et de la luminosité du son. Mais une voix qui ne frappe que dans les cavités de la tête est toujours blanche ou incolore. La couleur est donnée dans la partie inférieure.»