Dame Nellie Melba 1861-1931

Nellie Melba, soprano australienne, fut une véritable prima donna assoluta qui régna longtemps en maître à Covent Garden, régentant les engagements des autres artistes.

Née en 1861 sous le nom d’Helen Porter Mitchell, elle était la fille d’un entrepreneur du bâtiment écossais qui avait émigré en Australie, à Melbourne, une ville qui était alors en pleine expansion. Éduquée d’abord par ses tantes, Nellie fut envoyée dans un pensionnat de Richmond avant d’entrer au nouveau Presbyterian Ladies College situé dans l’état de Victoria. Là, elle poursuivit l’étude du chant et du piano. Sa professeure Mme Ellen Christian avait été une élève du grand et très célèbre pédagogue Manuel Garcia père de Maria Malibran et de Pauline Viardot. Cependant, elle rencontra de nombreux obstacles, notamment venant de sa propre famille. Bien qu’appartenant à une famille qui aimait la musique et que son père soutenait les arts à Melbourne, l’idée que l’une de ses filles monte sur scène pour jouer du piano ou chanter en professionnelle ne lui était pas acceptable. Sa fin de collège fut marquée par la mort de sa mère, suivie de celle d’une sœur. David Mitchell fut bouleversé par le décès de sa femme bien-aimée et de sa fille, et décida de changer de vie. Il acheta une sucrerie près de Mackay dans le Queensland, au nord-est de l’Australie. Alors que ses leçons étaient interrompues, le voyage a permis à Nellie de connaître d’autres parties de l’Australie et de rencontrer de nouvelles personnes. La famille Mitchell fut très bien reçue par les habitants de Mackay et Nellie a rapidement chanté et joué du piano lors de fêtes et de petits concerts organisés afin de mettre en valeur son talent.

Alors qu’elle avait 21 ans, elle fit la connaissance de Charles Nisbett Frederick Armstrong . C’était un bel homme, de grande taille, aux yeux bleus et de trois ans son aîné. Un homme qui, bien que fils de baron, avait des manières parfois un peu rustres. Il était le plus jeune de 13 enfants de Frances Fullerton du Hampshire et de Sir Andrew Armstrong de Gallen Priory dans le comté de King (Offlay) en Irlande. Descendant d’Alexander Armstrong de Magerton, la branche de la famille de Sir Andrew avait quitté l’Écosse pour l’Irlande et, en 1750, avait acquis Gallen Priory. Sir Andrew était membre du Parlement britannique mais, après avoir dépensé la majeure partie de sa fortune, a dû démissionner de son siège. Il est décédé alors que Charles n’avait que cinq ans.

Au moment où ils se sont rencontrés, Charles était déjà un homme d’expérience ayant déjà vécu une vie passionnante, ce qui a du grandement attirer Nellie. Elle est tombée amoureuse du grand et bel Irlandais et se mis deux choses en tête: se marier, mais aussi devenir une star de l’opéra, ce qui risquait de ne pas être tout-à- fait compatible. Initialement, David Mitchell s’est opposé au mariage car il pensait que les jeunes gens ne se connaissaient pas depuis assez longtemps. Mais devant l’insistance des amoureux, il donna finalement son consentement, pensant qu’au moins que cela mettrait un terme aux ambitions de chanteuse de sa fille. Ils se sont donc mariés à Brisbane le 22 décembre 1882. Pour leur lune de miel, le couple s’est rendu à Sydney et à Melbourne, puis dans le nord de l’Australie, à Marian, où Charles venait d’être nommé directeur du Marian Sugar Plantation Mill, probablement grâce à l’intervention de son beau-père David.

Nellie Melba, son père, David Mitchell,
et une jeune fille (la nièce de Nellie,
Nellie Paterson), à Melbourne, Australie en 1903

La vie à Marian était difficile pour Nellie qui tomba enceinte et souffrit de l’humidité et des pluies constantes du climat des tropiques. Elle était également loin de sa famille et de ses amis, son piano avait souffert de l’humidité et des termites, et elle vivait un style de vie qu’elle n’avait jamais connu auparavant. Quasiment séquestrée dans une maison au toit de tôle, elle s’est ennuyée ferme. Elle a par la suite décrit le Queensland à cette époque comme “positivement barbare”: «Mon mari vivait au cœur du Bush, en tant que directeur d’une plantation de canne à sucre à Port Mackay, et c’est là, après notre lune de miel, que nous nous sommes retirés. Nous avions une petite maison au toit de fer galvanisé, déserte et solitaire, sans autre compagnie que celle des oiseaux et surtout des reptiles. Peu de temps après notre arrivée, il a commencé à pleuvoir et la pluie dans le Queensland est véritablement de la pluie. Il a plu pendant six semaines. Mon piano à moisi; mes vêtements étaient humides; les meubles sont tombés en morceaux; des araignées, des tiques et d’autres insectes odieux pénétraient dans la maison sans parler des serpents, qui avaient l’habitude d’apparaître sous le lit aux moments les plus inopportuns. Il pleuvait et pleuvait, un roulement perpétuel sur le toit; au fil des jours et des semaines, je sentais que j’allais devenir folle, à moins de m’échapper. Ma seule distraction était de m’asseoir sur la véranda et de regarder la luxuriante végétation tropicale, chargée par l’eau, mais si chaude que l’on pouvait réellement voir les feuilles se dérouler. Parfois, j’essayais de me baigner. Mais en marchant vers la rivière, je voyais des serpents verts suspendus aux branches, et même dans l’eau il y avait des sangsues qui se fixaient avec une précision douloureuse sur les mains, les jambes et les bras. Je n’ai pas non plus oublié les histoires, dont j’avais entendu parler, d’un crocodile géant à seulement cent mètres en amont. Se baigner pour moi est devenu une distraction impossible.»

La naissance d’un fils, George Armstrong, n’apaisa pas son ambition grandissante à faire du chant son métier et, le 19 janvier 1884, soit deux mois après cette naissance, elle quitta son rustre de mari pour gagner Melbourne.

La première maison de Nellie et Charles Armstrong au Marian Sugar Mill. Elle a été restaurée et est maintenant le centre d’information touristique de Pioneer Valley Tourism qui promeut ses liens avec Melba.

A Melbourne elle travailla d’arrache-pied avec un professeur nommé Pietro Cecchi et, le 17 mai 1884, elle fit ses débuts lors d’un concert de Liedertafel à l’hôtel de ville de Melbourne. “Elle chante comme une personne sur dix mille”, a écrit la critique australienne. C’est là qu’elle rencontra John Lemmone, un flûtiste qui, plus tard lui servit d’accompagnateur, de manager et d’imprésario et qui sera présent sur son lit de mort.

Elle eut un certain succès en tant que chanteuse professionnelle débutante (elle gagna 750 £ la première année). Mais l’Australie offrait peu de chances pour quelqu’un ayant son implacable ambition. C’est alors qu’elle eut l’occasion d’accompagner son père, nommé commissaire de l’état de Victoria à l’Indian and Colonial Exhibition qui se tenait à Londres en mars 1886. Pleine d’espoirs au début, elle déchanta vite, ne trouvant aucune proposition. Pire, le célèbre compositeur sir Arthur Sullivan lui conseilla de continuer ses études et que, dans un an, il pourrait lui offrir un petit rôle dans The Mikado. Or, il y avait à Paris une enseignante particulièrement réputée à cette époque, la célèbre Mathilde Marchesi. Nellie ne l’ignorait pas. Par l’entremise de Mme Pinschof, l’épouse du consul austro-hongrois à Melbourne, elle-même ancienne élève de celle que l’on appelait “la Marchesi”, Nellie se fit admettre comme élève dans sa classe. En fine connaisseuse, la Marchesi reconnut immédiatement le potentiel de son élève.

Si au cours des sept années d’enseignement à son élève, Pietro Cecchi avait placé sa voix, l’avait rodée aux principaux rôles lyriques italiens et avait gagné sa confiance, c’est la Marchesi qui façonna véritablement la future star. D’abord elle lui fit prendre un nom de scène plus approprié, choisissant une contraction de celui de sa ville natale (Melbourne=Melba). Elle l’introduisit dans les salons parisiens, autant pour faire son éducation sociale que pour lui permettre de faire entendre sa voix. Elle la présenta aux différents compositeurs qui avaient fréquenté son école et il y avait pléthore de noms célèbres comme Leo Delibes, Ambroise Thomas, Jules Massenet et tout particulièrement Charles Gounod. Ce dernier lui fit personnellement répéter ses rôles d’opéra. Nellie garda toujours une vive reconnaissance envers Mathilde Marchesi qu’elle considérait, dans ses correspondances, comme une mère .

“La Marchesi” photo de gauche et en compagnie Nellie Melba photo de droite

Melba fit ses débuts au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles, le 13 octobre 1887. Elle eut un succès immédiat interprétant Gilda dans Rigoletto. Par la suite, ce fut dans Traviata et dans Lucia di Lammermoor, puis, le 24 mai 1888, chanta Lucia à Covent Garden. Ce ne fut pas un succès remarquable et après s’être vue offrir un rôle secondaire par la direction du Covent Garden dans un autre opéra, elle fit ses valises et retourna à Bruxelles. Cependant, le passage à Covent Garden ne fut pas inutile. Elle y avait trouvé une alliée en la personne de l’influente Lady de Gray, qui la supplia de revenir. Melba y consentit, mais non sans avoir fait avant cela ses débuts à Paris en tant qu’Ophélie dans Hamlet, le 8 mai 1889. Acclamée par la presse et le public, elle revint ensuite à Covent Garden, où elle apparut avec Jean et Edouard de Reszké dans Roméo et Juliette. Plus tard elle dira: «Je date mon succès à Londres tout à fait distinctement de la grande nuit du 15 juin 1889.»

Nellie Melba

Nellie Melba eut la chance que la plus grande partie de sa carrière coïncide avec l’âge d’or de Covent Garden, même si son directeur, Sir Augustus Harris, l’avait initialement engagée à contrecœur. Harris a monté des productions spectaculaires avec des centaines de figurants, élargissant le répertoire et le public tout en attirant l’aristocratie. Nellie était grisée et, même si certains de ses plus grands triomphes se sont produits ailleurs, notamment à La Scala en 1893 et ​​à plusieurs reprises à New York, c’est à Covent Garden qu’elle est revenue saison après saison, en maintenant un vestiaire permanent dont elle seule détenait la clé. Elle y régna en maître. Personnage puissant dans les coulisses, elle bloqua effectivement un certain nombre de rivales et régenta longtemps le choix des distributions et des ouvrages où elle était affichée. Assistée matériellement par son amie Lady de Gray, Melba évoluait avec aisance dans la haute société. On a dit qu’elle se comportait comme si elle y était née. Bien qu’elle ne fût ni une beauté exceptionnelle ni une grande actrice, Melba avait la présence et la personnalité d’une vraie diva, avec une volonté d’acier. Personne ne la surpassait, et c’était toujours elle qui menait le jeu, souvent à l’aide de jurons corsés. Ses succès sur la scène étaient à l’égal de ses succès dans les salons de la haute société. Beaucoup d’aristocrates, entre autres le fringant prétendant au trône français, le duc d’Orléans, succombèrent à ses désirs sexuels apparemment insatiables, tandis que les hôtesses à la mode rivalisaient entre elles pour inviter à leurs soirées cette créature franche et disponible venue d’un continent lointain (d’où sa brève apparition, sous le personnage de Dame Kiri te Kanawa, dans un épisode de Downton Abbey). Elle disait: «J’ai placé l’Australie sur la carte du monde» et il y avait quelque chose de vrai dans cette déclaration. Mais elle voyait d’un mauvais œil le manque de culture de son pays natal, et ses commentaires acerbes sur ses compatriotes vexèrent certains et nuirent parfois à sa réputation. «Chantez-leur du fumier,» conseilla-t-elle à une chanteuse anglaise qui était sur le point d’aller en Australie pour la première fois, «c’est tout ce qu’ils comprennent». En plus de ses tournées dans des opéras continentaux, elle fut invitée à chanter à Saint-Pétersbourg devant le tsar Alexandre III, à Stockholm devant le roi Oscar II, à Vienne devant l’empereur François-Joseph et à Berlin devant l’empereur Guillaume II. Elle avait également été invitée par la reine Victoria à Windsor. Entre-temps, les conseils amicaux d’Alfred de Rothschild avaient renforcé sa situation financière. Peu de temps après le début du siècle, elle acheta une maison à Great Cumberland Place, à Londres, qui fut son port d’attache pendant plus de vingt ans, employant des ouvriers français pour la remodeler dans le style de Versailles.

Bien que Charles Armstrong ait navigué avec Melba en Europe, il rejoignit l’armée et parfois rendit visite à sa femme et à son bébé à Paris. Il ne voulut pas divorcer. Mais lorsque la liaison de sa femme avec le duc d’Orléans fut rendue publique, il finit par déposer une demande de divorce pour adultère. L’affaire fut finalement discrètement abandonnée car des pressions diplomatiques ont peut-être été exercées. Le scandale fut suffisant pour envoyer le duc faire un safari de deux ans en Afrique. Charles Armstrong, après avoir emmené leur fils en Amérique, a finalement divorcé au Texas en 1900. Il mourut le 4 novembre 1948 à l’âge de 90 ans.

Dame Nellie Melba
La pêche Melba d’Escoffier
Auguste Escoffier

En 1899, alors qu’elle était au sommet de sa renommée, un de ses plus grands admirateurs lui prépara un cadeau particulier. Six ans auparavant, le grand chef cuisinier français, Auguste Escoffier (1846-1935), avait été ému par sa voix élégiaque dans le Lohengrin de Wagner, au point de créer un dessert élaboré, où le cygne, qui joue un rôle important dans l’intrigue de cet opéra, était représenté par une sculpture en glace, remplie de crème glacée à la vanille et de pêches, le tout saupoudré de sucre glace. Melba avait gracieusement exprimé son plaisir à la vue de cette concoction baroque. Peu après, à l’occasion d’une soirée de gala pour l’inauguration du nouveau Carlton Hotel sur le Pall Mall de Londres, où Nellie Melba devait être l’invitée d’honneur, Escoffier reprit ce concept, en abandonnant la sculpture en glace mais en introduisant une purée de framboises pour compléter les fruits et la crème glacée. La «prima donna» fut à nouveau enchantée. La Pêche Melba était née. À l’époque, les pêches étaient un luxe impossible pour la plupart des budgets de ménagères, et rien ne pouvait être plus éloigné des pêches que le pudding anglais proprement indigeste à base de suif et de raisins secs. Mais la recette fut appréciée du public après 1907, quand Escoffier la publia, sous sa forme caractéristique laconique et sans fioritures, dans son bestseller A Guide to Modern Cookery:  «Pocher les pêches au sirop vanillé. Les dresser en timbale sur une  couche de glace à la vanille et les napper de purée de framboises.» Des variantes de la recette originale – dont certaines ne seraient pas approuvées par Escoffier – remplacent les pêches par des poires ou des abricots, et la purée de framboises par de la gelée de groseilles. Mais quelle que soit la tendance, ce plat ne fut jamais vraiment démodé. La même chose pour les toasts Melba, ces tranches de pain grillées, puis recoupées en deux et re-grillées, qui deviennent une base minimale pour y tartiner du beurre, du fromage ou du pâté, ou pour accompagner de la soupe. Ce n’était pas strictement une invention d’Escoffier, car ce toast apparaît dans le livre de cuisine du quinzième siècle de Bartolomeo Platina, mais Escoffier l’avait inscrit dans le régime de Melba alors qu’elle récupérait après une maladie causée par une épuisante tournée en Amérique…

Dame Nellie Melba

Elle revint chaque saison à Covent Garden jusqu’en 1914 (sauf 1909 et 1912), puis en 1919, 1922-1924 et 1926. Jusqu’en 1926, elle chanta dans les principaux opéras d’Europe et des États-Unis, où elle brilla dans Lakmé de Delibes, en Marguerite dans Faust de Gounod, en Violetta dans La Traviata de Verdi, dans Lucia, dans Ophélie et en 1914 dans le rôle de Desdemone d’Otello au théâtre des Champs Elysées. Elle créa deux rôles écrits pour elle: Hélène de Bamberg en 1892 à Covent Garden, et Hélène de Saint-Sans en 1904 à Monte-Carlo. En janvier 1900, Gustav Malher alors directeur, l’invita à l’Opéra de Vienne.

Le cercle des intimes de Melba comprenait de plus en plus d’Australiens et elle gardait un contact étroit avec sa famille. En 1902, son retour tant attendu au pays eut lieu, pour une tournée de concerts dans tous les États d’Australie et en Nouvelle-Zélande. A partir des concerts de Sydney et de Melbourne, elle récolta 21000 £, établissant un nouveau record du monde pour l’époque. Le voyage en train de Melba fut un chemin royal vers le sud jusqu’à Melbourne, où des milliers de personnes la suivaient pour l’acclamer. Pour l’Australie nouvellement fédérée, Melba représentait le glamour, le succès et la reconnaissance internationale. Melbourne en particulier comprenait qu’elle avait rendu la ville célèbre.

Melba revint en Europe en 1903, mais retourna plusieurs fois en Australie. En 1909, elle fit une tournée dans l’outback australien. Une «tournée sentimentale» au cours de laquelle elle parcourut 10000 miles (16 093 km), apparaissant dans de nombreuses villes reculées. Plus elle tournait, plus l’adulation semblait profonde: il y avait des banquets, des discours, même de petites foules dans les gares au bord du chemin. Elle se déplaçait avec un entourage composé de son manager, d’une femme de chambre et d’un valet, ainsi que de deux petits pianos à queue. Lors de cette visite, elle commença également à promouvoir ce qu’elle considérait comme la bonne façon de chanter, à savoir la méthode Marchesi modifiée par elle-même. La même année, elle acheta une propriété à Coldstream près de Lilydale, Victoria, et employa l’architecte John Grainger (père du compositeur Percy Grainger) pour concevoir Coombe Cottage. Au cours des années 1911, 1924, 1928 elle amena la Melba-Williamson Opera Company en Australie.

Basée en Australie pendant la Première Guerre mondiale, elle travailla sans relâche afin de collecter des fonds pour des œuvres caritatives de guerre notamment par la vente aux enchères de drapeaux animée à la fin de ses concerts. Elle a probablement recueilli jusqu’à 100000 £ pour l’effort de guerre. Elle a également donné des concerts de soutien en Amérique du Nord. Pour ses services rendus à l’effort de guerre, elle est devenue Dame Commandeur de l’Ordre de l’Empire britannique en 1918.

Pendant cette période, elle créa une école de chant gratuite au Melbourne Conservatorium of Music à Albert Street, rebaptisé plus tard Melba Memorial Conservatorium of Music. Ses cours d’interprétation sont devenus célèbres et ont attiré des étudiants de tout le pays. Elle voyageait souvent à Lilydale pour enseigner celles qu’elle appelait ses «filles de Melba». En 1920 elle devient la première artiste de renommée internationale à participer à des émissions radiophoniques directes.

En 1906-1907, comme elle était mécontente du Metropolitan, elle l’abandonna pour le Manhattan Opera House récemment ouvert, qu’elle ressuscita financièrement avec une saison triomphale. Peu de temps après cette tournée américaine, elle contracta une pneumonie et, bien qu’elle ait rempli son engagement à Covent Garden, elle jugea nécessaire de se rendre en Australie pour des vacances. Pendant son absence, Luisa Tetrazzini, dix ans plus jeune, donna une saison triomphale à Covent Garden. A son retour, Melba a tenu bon, même si, de temps en temps, elle devait maintenant accepter d’alterner les rôles. Le succès de Tetrazzini était encore plus grand en Amérique, où elle finit par s’installer. Alors, bien qu’elle ne soit plus contestée, Melba a été sensibilisée à la nature précaire de sa primauté et devint désormais de plus en plus soucieuse de développer ses liens avec sa patrie.

Dame Nellie Melba

En 1926, elle donna un certain nombre de représentations soi-disant «finales». Nellie Melba a chanté “officiellement” pour la dernière fois en juin 1926. C’était à Covent Garden pour son récital d’adieux et ce jour-là, la radio balbutiante diffusait en direct la voix d’une légende. Les airs d’Otello de Verdi et ceux de La Bohème de Puccini ont mis fin à 40 ans de scène. Toutefois, en 1927, elle chantait encore à l’ouverture du Parlement de Canberra. Elle ne pouvait pas supporter d’être loin des projecteurs, et elle continua ainsi à chanter en public, même quand elle était bien au-delà de la jeunesse, en donnant des représentations d’adieux répétées, qui devinrent l’objet de plaisanteries. Les dernières années avant sa mort en 1931, elle se retira dans sa propriété en Australie, où elle jouissait d’un statut quasi royal.

Elle est décédée à Sydney le 23 février 1931 des suites d’une infection cutanée consécutive à une intervention sur la face. Elle est enterré au cimetière Lilydale à Victoria.

Elle laissa un héritage évalué à £ 67 511. Parmi ses legs, 8 000 £ ont été versées au Albert Street Conservatorium pour une bourse de chant, «dans l’espoir qu’une autre Melba puisse surgir». Parmi les portraits peints, ceux de Rupert Bunny et John Longstaff sont les plus connus; les deux se trouvent à la National Gallery de Victoria.

A ses débuts la voix de Nellie Melba était celle d’une soprano de virtuosité qui la fit briller dans les rôles de Rosina, Gilda, Lucia, et Violetta. Elle était assez belle et sa technique prodigieuse tant du point de vue de l’émission que de l’agilité lui permettait d’admirables fioritures. Son goût musical, la pureté de son style, une diction parfaite compensaient la froideur de son jeu d’actrice. Par la suite elle aborda des rôles plus lyriques comme Marguerite, Mimi, Desdémone et ensuite Aïda, Nedda et Elsa de Lohengrin (Covent garden 1894). Elle s’attaqua même au rôle de Brünnhilde de Siegfried. Ce fut son seul véritable échec, montrant tout de même les limites de sa voix. De même que bien qu’elle ait prétendu que Puccini avait écrit le rôle de Madame Butterfly pour elle et qu’elle l’avait étudié avec lui, quelque chose dans le rôle lui avait échappé et elle ne l’a jamais chanté. George Bernard Shaw, alors critique musical, a d’abord trouvé Melba «dure, superficielle, auto-suffisante et tout à fait antipathique», mais en 1892, après la rupture avec le duc d’Orléans, il l’a reconnue non seulement comme une brillante chanteuse, mais comme une soprano dramatique…

Sa voix conserva sa fraîcheur et sa pureté jusqu’à la fin de sa carrière. «Un bon chant», a-t-elle déclaré, «est un chant facile». Il n’en demeure pas moins qu’elle a chanté avec une apparente facilité, produisant une voix que Sarah Bernhardt a décrite comme étant du “cristal pure”, et que la soprano Mary Garden admirait pour la façon dont elle quittait la scène et semblait planer dans l’auditorium comme une rayon de lumière. Pour Percy Grainger: «Sa voix m’a toujours fait penser aux paysages de l’Australie». La nature lui avait donné un larynx et des cordes vocales presque parfaits. Sa tessiture était de trois octaves jusqu’au contre fa, tandis que ses registres étaient si bien unis que même un éminent spécialiste de la gorge pensait qu’ils en étaient un seul. Une mesure scientifique de son trille a produit vingt pieds d’ondulations entre des lignes parfaitement parallèles. Les instrumentistes l’admiraient, notamment pour la façon dont, malgré son tempérament impérieux, elle cherchait scrupuleusement à réaliser les intentions du compositeur. Son émission sans effort, sa technique de souffle, sa virtuosité étaient d’une maîtrise rarement égalée.

Une splendide constitution et un caractère tenace, alliés à des pouvoirs exceptionnels de concentration et d’attention aux détails, étaient les éléments d’une personnalité charismatique qui ont permis à Melba de rester si longtemps à la pointe du monde musical. A une occasion, son intervention directe sur la scène a empêché la panique lors d’un début d’incendie dans une production du Barbier de Séville à San Francisco en 1898.

À partir de 1904, Melba a commencé à enregistrer plus d’une centaine de disques. En 1920, elle est également devenue la première artiste de renommée internationale à participer à des émissions radiophoniques directes. Avec Adelina Patti, elle est une des premières cantatrices dont la voix fit l’objet d’enregistrements phonographiques. Nellie Melba reste le grand soprano qui lie XIXème et XXème siècles à travers tradition et modernité d’un chant fait pour la scène comme pour le micro. Elle publia Melodies and Memories en 1925, et en 1926, elle devint présidente du Conservatoire de Melbourne. En 2008 le conservatoire privé, Melba Memorial Conservatorium of Music, a cessé d’enseigner et est devenu le Dame Nellie Melba Opera Trust.

Dame Nellie melba
Nellie Melba en couverture du Time Magazine du 18 avril 1927
Dame Nellie Melba

63 thoughts on “Dame Nellie Melba 1861-1931”

  1. This design is steller! You certainly know how to keep a reader entertained.
    Between your wit and your videos, I was almost moved to start my
    own blog (well, almost…HaHa!) Wonderful job.
    I really loved what you had to say, and more than that,
    how you presented it. Too cool!

  2. My brother suggested I might like this web site. He was totally right.

    This submit truly made my day. You can not consider simply how
    much time I had spent for this information! Thanks!

  3. Hi, i read your blog occasionally and i own a similar one and i was just wondering if you get a
    lot of spam responses? If so how do you prevent it, any plugin or anything you can recommend?
    I get so much lately it’s driving me insane so any assistance is very much appreciated.

  4. Hi I am so grateful I found your blog, I really found you by accident, while I was researching on Bing for something
    else, Anyhow I am here now and would just like to say cheers for a marvelous post and a all round
    enjoyable blog (I also love the theme/design), I don’t have time to look over it all
    at the minute but I have bookmarked it and also included your RSS feeds, so when I
    have time I will be back to read much more, Please do keep up the great jo.

  5. Write more, thats all I have to say. Literally, it seems as though
    you relied on the video to make your point. You clearly know what youre talking about, why throw away your intelligence on just posting videos to your
    weblog when you could be giving us something informative to read?

  6. I do not even know how I ended up here, but I thought this
    post was good. I don’t know who you are but definitely you’re going to a famous blogger if
    you aren’t already 😉 Cheers!

  7. Hey very nice site!! Man .. Beautiful .. Superb .. I will
    bookmark your web site and take the feeds also?
    I’m glad to search out so many helpful info here in the put up, we need develop extra techniques on this regard, thanks for sharing.
    . . . . .

  8. Please let me know if you’re looking for a author
    for your blog. You have some really great articles and I feel I
    would be a good asset. If you ever want to take some of
    the load off, I’d really like to write some content for your blog in exchange for a link back to mine.
    Please blast me an e-mail if interested. Thank you!

  9. Definitely imagine that that you stated. Your
    favourite justification appeared to be on the internet the easiest factor to be aware of.
    I say to you, I definitely get annoyed at the same time as folks
    think about issues that they plainly do not recognize about.

    You controlled to hit the nail upon the top and also defined out the entire
    thing with no need side effect , people can take a signal.
    Will likely be again to get more. Thanks

  10. I loved as much as you will receive carried out right here.
    The sketch is tasteful, your authored subject matter stylish.
    nonetheless, you command get bought an impatience over that you wish
    be delivering the following. unwell unquestionably come more formerly again as
    exactly the same nearly very often inside case you shield this hike.

  11. It’s remarkable to pay a quick visit this website and
    reading the views of all mates concerning this article, while I
    am also zealous of getting familiarity.

  12. Its like you read my thoughts! You appear to grasp so much about this, like you
    wrote the e book in it or something. I believe that you just
    could do with a few percent to force the message home a little bit, but other than that, this is wonderful blog.
    A fantastic read. I will certainly be back.

  13. May I just say what a comfort to find someone that truly knows what
    they’re talking about on the net. You actually understand
    how to bring an issue to light and make it important.
    More people really need to read this and understand this
    side of the story. I was surprised that you aren’t more popular given that you definitely possess the gift.

  14. This design is steller! You most certainly know how to keep a reader
    entertained. Between your wit and your videos, I was almost moved
    to start my own blog (well, almost…HaHa!) Wonderful
    job. I really loved what you had to say, and more
    than that, how you presented it. Too cool! cheap flights http://1704milesapart.tumblr.com/ cheap flights

  15. What’s Happening i am new to this, I stumbled upon this I’ve found It
    positively helpful and it has aided me out loads. I’m hoping to contribute
    & aid other users like its aided me. Great job.

  16. My brother suggested I may like this web site. He used to be totally right.
    This post truly made my day. You cann’t consider simply how a lot time I had spent
    for this information! Thank you!

Leave a Comment

Your email address will not be published.