Nikolai Fignier 1857-1918

Bien que la fin de sa carrière empiétât sur les premières années du XXème siècle, Nikolaï Fignier fut l’un des plus grands ténors russes du XIXème siècle. Ténor lyrique et dramatique, il régna sur le Théâtre Mariinsky jusqu’en 1903. Il forma une longue association artistique avec son épouse la mezzo-soprano Medea Mei-Figner. Nikolaï et Medea eurent chacun une carrière séparée avant leur mariage, et de nouveau après leur divorce en 1904, mais pendant les quinze années de leur mariage, entre 1889 et 1904. Ils ont presque toujours chanté dans les mêmes représentations.

Nikolay Nikolayevich Figner est né à Nikiforovka, près de Kazan, le 21 février 1857. Il était le frère de la célèbre révolutionnaire de la « Volonté du Peuple », Vera Figner (1852-1942). Il a rejoint la marine russe en tant qu’aspirant de marine et atteint le grade de lieutenant, prenant sa retraite militaire en 1881 pour étudier le chant au Conservatoire de Saint-PétersÀPryanishnikova, Vassily Samus, et le baryton belge Camille Everardi.

Il se rendit ensuite en Italie, où il fit ses débuts à Naples dans Philémon et Baucis de Gounod en 1882. Il chanta au Théâtre San Carlo de Naples puis dans divers théâtres italiens pendant un certain nombre d’années. Au cours de cette période italienne, Figner eut l’occasion d’étudier avec l’éminent professeur de chant Francesco Lamperti.  Figner se produisit aussi à Madrid, à Bucarest et à Londres, au Royal Opera House de Covent Garden. Il voyagea aussi en Amérique du Sud durant cette période. Le 4 novembre 1886, à Turin, il tint le rôle de ténor principal lors de la création mondiale de la version révisée d’Edmea d’Alfredo Catalani pour ce qui fut la première direction d’Arturo Toscanini en Italie après son premier triomphe en Amérique du Sud. Au cours de ses tournées Nikolaï chanta des rôles tels que Arnold dans Guillaume Tell de Rossini, le Duc de Rigoletto de Verdi et Carlo dans Linda di Chamonix de Donizetti. C’est au cours des représentations de cet opéra qu’il fit la connaissance de la mezzo Medea Mei. Ils eurent une liaison. Nikolaï la ramena en Russie en 1887 et ils se marièrent deux ans plus tard, formant une célèbre équipe de mari et femme de chanteurs d’opéra qui furent actifs en Russie entre 1889 et 1904.

Medea Mei-Figner, née Amedea Mei Zovaide (1859-1952) naquit à Florence le 4 mars 1859 et étudia avec Bianchi, Carozzi-Zucchi et Panofka. En 1874, elle fit ses débuts à Sinaluga avec le rôle d’Azucena dans Il Trovatore de Verdi. Au cours des neuf années suivantes, elle chanta dans divers théâtres italiens puis fit des tournées à Madrid, Barcelone, Londres, Bucarest, la Russie et l’Amérique du Sud. À cette époque, son répertoire comprenait Amneris, Ulrica, Leonora (dans La Favorita) et Carmen. D’abord mezzo-soprano, elle commença à évoluer pas à pas vers le répertoire soprano. Elle chanta Valentine dans Les Huguenots, Charlotte dans Werther et Margherita dans Mefistofele. C’est à Milan qu’elle rencontra son futur mari, Nicolaï. Initialement catholique, elle fut reçue pour son mariage, le 20 février 1889, dans l’Église orthodoxe. Par la suite, Nikolaï prit l’habitude de se produire uniquement dans les opéras où Médée chantait également.

Elle fut appelée après son mariage soit Medea Mei-Figner (la forme de son nom utilisée dans la plupart des livres de référence occidentaux) ou simplement Medea Figner. De plus, elle reçut le patronyme d’Ivanovna et fut parfois désignée sous le nom de Médée (ou Médeya) Ivanovna (Mei-)Figner. Elle fit ses débuts le 8 mai 1887 à l’Opéra impérial de Saint-Pétersbourg (le théâtre Mariinsky) tenant le rôle de Valentine dans Les Huguenots de Meyerbeer. Ne connaissant pas le russe à cette époque elle chanta en italien pendant ses deux premières saisons à Saint-Pétersbourg. Elle finit par maitriser la langue russe à un point tel que les locuteurs natifs ne pouvaient pas dire qu’elle ne l’avait appris qu’à l’âge de 30 ans.

Ils rejoignirent tous deux l’Opéra impérial de Saint-Pétersbourg, où ils eurent une carrière très réussie. Les Figner étaient tous deux considérés comme des comédiens exceptionnels : leur première apparition ensemble dans Carmen produisit une ovation sans précédent dans l’histoire de l’opéra russe.

Le couple était très aimé de la famille du tsar et ils étaient invités dans tous les salons élégants de la Russie impériale. Ils exercèrent une grande influence sur la vie musicale russe de leur époque. Le compositeur Tchaïkovsky se lia d’amitié avec eux, au point de dédier aux deux artistes son opéra La Dame de Pique, qu’il venait d’achever dans sa propriété de campagne à Klin. Lors de la première à Saint-Pétersbourg (1890) Nikolaï chanta le rôle d’Hermann et Medea Mei-Figner celui de Liza. Ils ont également créé les rôles principaux dans la première de Iolanta de Tchaïkovsky en 1892. Ils ont chanté également lors de la création de deux opéras du compositeur et chef d’orchestre tchèque Édouard Nápravnik : Dubrovsky en 1895 et Francesca da Rimini en 1902.

Si Medea passa une bonne partie de sa vie en Russie elle demeura une chanteuse de formation italienne. Elle se produisit principalement dans des opéras italiens et français. Notamment, en Mimi dans la première représentation en Russie de La bohème de Puccini, rôle pour lequel elle fut entraînée personnellement par Puccini.

En 1903, le couple de chanteurs divorça. En 1904, elle effectua une dernière tournée d’opéra en Amérique du Sud puis poursuivit sa carrière au Théâtre Mariinsky de Saint-Pétersbourg jusqu’à sa performance d’adieu dans le rôle de Carmen en 1912. Elle quitta finalement la Russie en 1930 et s’installa à Paris où elle décéda en 1952.

Parmi d’autres opéras dans lesquels les Figner se produisirent en couple on doit citer: L’Oprichnik, Eugène Oneguine de Tchaïkovsky (le Lensky de Nikolaï n’aurait été surpassé que par l’interprétation de Leonid Sobinov), Aida, Traviata et Otello de Verdi, Faust et Roméo et Juliette de Gounod, Fra Diavolo d’Auber et les premières russes de la Cavalleria rusticana de Mascagni, de Tosca de Puccini et de I Pagliacci de Leoncavallo.

Curieusement, ils n’ont jamais chanté d’œuvres écrites par Rimski-Korsakov, qui était le compositeur d’opéra le plus prolifique de la Russie tsariste. Il a été suggéré que la raison de cette lacune dans leur répertoire était personnelle : ils avaient demandé à Rimski-Korsakov d’écrire un opéra pour eux, ou d’apporter quelques modifications à son œuvre existante May Night, mais le compositeur aurait refusé, ce qui put avoir offensé les Figner.

En 1917, Nikolaï déménagea en Ukraine, où il enseigna au Conservatoire de Kiev. L’artiste, jadis idolâtré, perdit la plupart de ses biens lors de la Révolution russe de 1917 et mourut dans la pauvreté à Kiev le 13 décembre 1918, à l’âge de 61 ans. Il est inhumé à Kiev au cimetière de Baïkovo.

Maître d’une technique accomplie, Nikolaï Fignier avait une voix polyvalente, très lyrique, pénétrante et douce.