Albert Alvarez 1861-1933

Albert Alvarez était un ténor lyrico-spinto français.

Albert Raymond Gourron dit Albert Alvarez naquit à Cenon, près de Bordeaux, le 16 mai 1861. Il était le fils de Jean Gustave Gourron, charcutier puis contrôleur de boucherie, et de Marie Eulalie Amouroux.

Il fut d’abord musicien militaire tenant l’emploi de cornet au café-concert de la Pépinière, lorsqu’on l’engagea à tirer parti de sa superbe voix de ténor. Il travailla dans ce but et, après s’être produit à Lyon d’abord, à Marseille ensuite, il fut découvert, par la grande cantatrice Nellie Melba, lors de ses tournées en province, où il chantait depuis plusieurs années. Il fut engagé à l’Opéra, où il débuta avec un immense succès dans Faust le 14 mars 1892. Sa voix claire et puissante et ses belles qualités de comédien lui valurent la faveur du public.  Alvarez prit possession successivement de tous les rôles du répertoire, jouant tour à tour : Roméo, Lohengrin, Samson, Siegmund, Tannhäuser, Radamès, Rigoletto, Fernand (la Favorite), Sigurd, Raoul de Nangis (les Huguenots), le Cid, Jean de Leyde (le Prophète), etc.

Sa première création fut le petit rôle de Nicias, dans Thaïs, en 1894. L’année suivante, il fut Mirko dans la Montagne Noire, d’Augusta Holmès qui connut un éphémère succès, et Merowig dans Frédégonde, de Guiraud (achevé par Saint-Saëns), qui ne fut pas plus heureux, tout comme en 1896, Jean dans Hellé, d’Alphonse Duvernoy. Mais, en 1897, Raoul des Huguenots, et surtout, en 1898, Jean, du Prophète, furent de vrais triomphes. Il venait alors de créer, coup sur coup, le beau Guillaume du Messidor d’Alfred Bruneau, dans une très lyrique évocation (1897) et le rude Gautier de la Burgonde, de Vidal (1898). Les reprises de Patrie (Karloo), du Cid (Rodrigue), d’Otello, où il fut d’un pittoresque achevé, du Trouvère (Manrique) et de Slammbô (Mathô), furent autant de succès. Il créa également le rôle d’Hercule dans Astarté, de Xavier Leroux (1901), et celui de Bar-Koleba dans le Fils de l’étoile, de Camille Erlanger (1904). Sa dernière création fut celle de Tristan dans Tristan et Isolde (à la fin de la même année. Il occupa, à l’Opéra de Paris, pendant une quinzaine d’années, une place des plus remarquables, entre Jean de Reszké et Ernest Van Dyck.

Entre temps, Alvarez se produisit à Londres, à Covent-Garden, dans le répertoire italien. Un différend, qui s’éleva entre lui et l’administration de l’Opéra, lui fit quitter ce théâtre et accepter un engagement pour l’Amérique, où il fut accueilli avec enthousiasme. De retour en France, il donna une série de représentations à l’Opéra-Comique, où il incarna Don José (Carmen) et Des Grieux (Manon), puis revint enfin à l’Opéra.

Il semblait avoir pris une retraite définitive quand la Gaîté lyrique (sous la direction des frères Isola) l’engagea à revenir à nouveau sur les planches. On remonta pour lui Martha, de Flotow, dans le rôle de Lionel qui avait, disait-il, marqué, en province, ses premiers pas dans la carrière. Ce furent ses dernières apparitions parisiennes en 1910.

Alvarez fut un superbe ténor, de haute taille, de beau visage, doué d’une voix puissante, surtout dans le médium, dont le timbre était particulièrement riche. Il lui fallait, pour être mis en pleine valeur, des rôles de prestance, représentatifs, somptueux. En 1902, il se fit construire un hôtel particulier de style néo-gothique par l’architecte Albert Sélonier au 23 ter boulevard Berthier à Paris 17ème. Il se retira et s’installa dans une petite propriété aux environs de Nice.

 Il épousa à Marseille, le 22 avril 1891 Marie Thérèse Emilie Magdeleine Ferchat puis, à Paris, le 17 janvier 1910 Hélène Benjamin fille d’Henri Marie Benjamin, vétérinaire, et de Marie Marthe Charlotte Barry. Il est décédé le 27 janvier 1933 à soixante-et-onze ans, à son domicile, 147 avenue de Suffren à Paris 15ème.