Antonio Paoli 1871-1946

Antonio Paoli était un ténor portoricain. Au sommet de sa gloire, il était connu comme « le roi des ténors » tout autant que « le ténor des rois ». Paoli fut considéré comme l’un des chanteurs d’opéra les plus remarquables de tous les temps possédant l’une des voix les plus lyriques et les plus puissantes, supérieure même à son rival contemporain, Enrico Caruso.

Il naquit le 14 avril 1871 à Ponce, une petite ville de la côte sud de Porto Rico qui était à l’époque la capitale financière et culturelle de l’île. Il montra un intérêt précoce pour le chant, après avoir assisté à un concert du ténor italien Pietro Bacceri dans le Teatro La Perla de Ponce. Les parents de Paoli contribuèrent à le soutenir et à le guider pendant sa jeunesse, mais décédèrent malheureusement alors qu’il n’avait que 12 ans. Paoli est ensuite allé vivre avec sa sœur Amalia, qui s’était installée en Espagne.

Elle-même chanteuse, la sœur de Paoli, Amalia, s’employa à ce qu’il obtienne une bourse de la reine d’Espagne María Cristina. En 1882, il put commencer des études grâce à cette bourse, au Real Monasterio del Escorial. Mais à cette époque, l’Italie était un passage obligé pour la formation d’un chanteur d’opéra. Amalia lui permit d’obtenir une deuxième bourse pour étudier le chant en Italie. Il fut alors formé à l’École de La Scala de Milan. 

Il put alors faire ses débuts à Paris, deux ans plus tard, en 1897, dans l’opéra Guillaume Tell de Rossini. Le talent exceptionnel de Paoli lui apporta rapidement la célébrité à travers l’Europe. Il y effectua une tournée qui lui valut à la fois les éloges de la population et les honneurs des princes, des rois et des empereurs.

Après un passage à Covent Garden, il entama une tournée internationale de concerts où, une fois de plus, il fut acclamé par la critique.  Il s’est produit notamment dans les pays suivants : Argentine, Brésil, Canada, Chili, Colombie, Cuba, Haïti, Porto Rico, Venezuela et États-Unis. 

Paoli fit l’acquisition d’une villa à Porto Cereso, près de Lugano où naquit son fils Antonio Arnaldo. Après avoir chanté pour le roi Alphonse XII et la famille royale d’Espagne, Paoli retourna aux États-Unis où il se produisit dans diverses villes, dont New York, Boston, Philadelphie, Albany, Providence, Grand Rapids, New London, Detroit, Cleveland, Indianapolis, Buffalo, Pittsburgh, Syracuse et Chicago.

En 1905, il se produisit au Grand Théâtre du Conservatoire de Saint-Pétersbourg, en Russie. Le tsar Nicolas II assista à l’une de ses représentations. Après l’avoir invité à venir chanter au Palais d’Hiver, le Tsar lui décerna la médaille de la Croix de Saint-Mauricie et lui conféra le titre de Kammersanger. Le 5 septembre 1907, Paoli donna un récital privé pour le pape Pie X à la chapelle Sixtine au Vatican. La même année, il fut nommé « chanteur de la cour royale » par Guillaume II d’Allemagne. Il fut en outre le premier artiste d’opéra à enregistrer en 1907 l’intégralité d’un opéra (I Pagliacci), choisi par Leoncavallo. 

Il fut invité en 1908 à l’inauguration du nouvel opéra de Buenos Aires (Teatro Colón) où il donna notamment Otello. En 1910, il fut nommé premier ténor de La Scala de Milan. Il continua à se produire dans le monde entier : en Grèce, en Palestine, en Pologne, en Égypte, en Espagne et en particulier en Italie, où il établit sa résidence permanente.

En 1914, juste avant le début de la Première Guerre mondiale, tous les grands opéras d’Europe furent fermés laissant Paoli dans des difficultés financières notamment à la suite de mauvais investissements. Pire encore, il avait perdu sa voix.   II dut vendre ses propriétés en Italie et acquit une petite maison de campagne en Espagne où il se retira ; l’Espagne, étant restée neutre dans le conflit. 

Pour gagner sa vie, Paoli devint boxeur professionnel. Après une période de formation en Espagne, il s’installa en Angleterre pour commencer sa nouvelle “carrière”. Il fut invaincu lors de ses cinq premiers combats mais se brisa le poignet droit lors du sixième, ce qui mit fin à sa carrière de boxeur.

Il resta quelques mois avec son frère Carlos aux Philippines. Après sa malheureuse carrière de boxeur, il subit une opération aux cordes vocales.  Tous les observateurs pensaient que sa carrière d’opéra était terminée. Il continua cependant ses exercices de chant avec sa sœur Amalia, qui avait emménagé avec lui dans sa résidence espagnole. 

Par un véritable miracle Paoli parvint à revenir sur scène en janvier 1917 et interpréta l’opéra Samson et Dalila au Théâtre Constanzi de Rome. Étonnamment, sa voix semblait meilleure que jamais et il put reprendre sa carrière lyrique. Elvira de Hidalgo, qui devint plus tard la professeure de chant de Maria Callas, raconta : « Personne ne se doutait que Paoli reviendrait sur scène; nous savions tous qu’il avait perdu sa voix. Les gens étaient venus pour le voir échouer ; j’ai vu des gars avec des tomates et des œufs pourris, prêts à les jeter dès la première erreur. Mais quand il arriva pour son premier air le public est devenu fou et s’est levé dans une standing ovation. La voix de Paoli sonnait comme l’une de ces trompettes que l’on s’attend à entendre le jour du jugement dernier ; énorme. Il a dû répéter deux fois chacun de ses airs ce soir-là, parce que le public l’exigeait furieusement. Il a joué pendant sept nuits consécutives avec le théâtre à sa capacité maximale. J’ai assisté à chaque représentation. Chaque soir, il a chanté mieux que le la veille. J’ai toujours rêvé de chanter avec Paoli, mais je ne pense pas que ma voix était assez bonne ou assez forte pour chanter avec lui. Je pense qu’il était le plus grand ténor de tous les temps. »

Paoli continua à se produire en Italie, en Amérique du Sud et aux États-Unis. Il retourna à Porto Rico en 1923. À l’époque, sa sœur Amalia résidait à San Juan où elle dirigeait une école de chant (l’Academia Paoli).

Antonio donna quelques représentations autour de l’île et se rendit à la Brooklyn Academy of Music, au Manhattan Opera House et au Metropolitan Opera House de Philadelphie. 

Il chercha à chanter au Metropolitan Opera de New-York, mais il se pourrait que son concurrent Enrico Caruso qui était actionnaire du célèbre opéra, s’y soit opposé. Dans History of the Tenor, Sydney Rhys Barker écrit que Paoli et Caruso étaient amis, mais que leur rivalité était due au fait que Paoli avait été choisi par l’Opéra de Paris, en raison de sa haute stature physique et de sa meilleure présence scénique. 

Bien que Barker affirme également que Paoli eut beaucoup de succès à Paris car il apprit rapidement à parler le français, il est fort probable qu’il parlait déjà français en arrivant parce que son père, Domingo Paoli Marcatentti, était originaire de Corse (de nombreux immigrés corses à Porto Rico ont enseigné le français leurs enfants et, dans certains cas, l’italiens également). Sa mère, Amalia Marcano Intriago, était originaire de l’ile Margarita, au Venezuela.

Depuis les États-Unis, le ténor se rendit à Curaçao, à Cuba, en Colombie, en Haïti et en Équateur.

Même avec cet agenda chargé, la situation financière de Paoli resta tendue. Après avoir vécu à New-York pendant presque toute l’année 1927, il décida de retourner à Porto Rico pour vivre et travailler avec sa sœur Amalia. Il donna des cours de chant à l’Academia Paoli au cours des deux décennies suivantes. Il aida également à produire Otello au Théâtre municipal de San Juan. Il y tint ce rôle pour la dernière fois en 1928.  Ce fut sa dernière représentation d’opéra.

En 1929, il perdit sa femme Joséphine et un an plus tard, épousa Adelaida Bonini, une Italienne de Rimini. Il l’appelait affectueusement Adina. Un accident vasculaire cérébral en 1938 le laissa temporairement sans voix et paralysé, mais il finit par recouvrer la santé et la voix. Il chanta pour la dernière fois en 1942, pour la commémoration du premier anniversaire de la mort de sa sœur, Amalia. 

Paoli mourut d’un cancer de la prostate, à San Juan le 24 août 1946 à l’âge de 75 ans. Le 13 avril 2005, les restes de Paoli et ceux de sa deuxième épouse Adina Bonini (décédée en mai 1978) ont été exhumés et réinhumés au Panthéon national Román Baldorioty de Castro de Ponce et enterrés près de la base de sa statue. Le buste de Paoli à la rotonde du Panthéon est l’œuvre du sculpteur portoricain Gladys Nieves.

Le Centro de Bellas Artes de San Juan possède une salle nommée en la mémoire de Paoli.

Outre la médaille de la Croix de Saint-Mauricie décernée par Nicolas II, la reine d’Espagne, María Cristina de Habsbourg, déclara Paoli Cantante de Cámara de la Corte (Chanteur de chambre de la Cour) et lui donna La Gran Cruz de Isabel la Católica (La Croix d’Isabelle la Catholique), tandis que Carlos de Braganza, prince du Portugal, l’a nommé Caballero Comendador del Cristo de Portugal y Cantante de Cámara. Deux ans plus tard, en 1906, le même titre de Kammersanger(Chanteur de chambre de la Cour) lui fut décerné par François-Joseph, empereur d’Autriche, et en 1907 il fut décoré par Carlos I de Bragance.

En 1909, Paoli reçut La Cruz de Alfonso II des mains du roi d’Espagne Alphonse XIII, et fut déclaré Chanteur d’Honneur du Vatican par le Pape Pie X. En 1910, il fut honoré du titre de Hijo Predilecto de España (Fils préféré de l’Espagne), tandis qu’en 1911, Guillaume II, Kaiser d’Allemagne, déclara Paoli ”Kammersanger de l’Empire”. En 1912, il reçut encore une ovation de l’empereur austro-hongrois François Joseph après avoir chanté Lohengrin à Vienne. En 1920, il fut anobli par Vittorio Emmanuelle III, roi d’Italie, faisant de lui un  Cavaliere De La Corona Italiana et Commendatore Dell Popolo Romano (Chevalier de la Couronne italienne et Commandant du peuple romain).

Bien qu’il n’ait pas vu cela se produire de son vivant, Porto Rico créa également le Conservatoire de musique, projet pour lequel Paoli avait beaucoup œuvré. Son rêve se réalisa finalement peu de temps après sa mort. Au Centro de Bellas Artesde San Juan, fut aussi créé une salle des fêtes Antonio Paoli de 1 883 places. Le théâtre municipal de San Juan a également été rebaptisé Teatro Paoli en son honneur en 1935. En reconnaissance de sa renommée et de son talent, le gouvernement de Porto Rico lui a également accordé une pension en 1934.

En 1983, le Prix Paoli à but non lucratif fut créé. Ce prix honore l’effort, le travail et le succès de professionnels exceptionnels dans les divers arts et médias, y compris la musique et l’enregistrement, la télévision, la radio, la communication écrite, la mode et la beauté. Initialement désigné pour reconnaître les réalisations exceptionnelles des Portoricains, le Prix Paoli s’est étendu à l’échelle internationale et, depuis 1992, il récompense également des Hispaniques et des Latino-Américains du monde entier.

Parmi les autres honneurs décernés à Paoli après sa mort, on peut citer une école de musique nommée en son honneur Escuela Libre de Música Antonio Paoli, dans la ville de Caguas et dans sa ville natale de Ponce, un Teatro Paoli à l’Université Interaméricaine de Porto Rico. 

Paoli fit également l’objet de nombreux livres consacrés à sa vie et à son influence. On peut citer l’œuvre d’Emilio J. Pasarell intitulée Orígenes y desarrollo de la afición teatral en Puerto Rico (Origines et développement de la poursuite théâtrale à Porto Rico) où il décrit en détail sa biographie.

Antonio Paoli fut le premier Portoricain à obtenir une reconnaissance internationale dans les arts du spectacle. Il donna 1 725 représentations entre 1888 et 1942 et interpréta Otello 575 fois. 

Il réalisa des dizaines d’enregistrements (dont le tout premier enregistrement complet de I Pagliacci) pour la Gramophone Company entre 1907 et 1911.

Antonio Paoli fut légendaire pour la résistance de sa voix, la puissance et la facilité de son registre aigu lié à un médium d’une égale richesse. Il exécutait à pleine voix les notes aigues du répertoire romantique comme on en trouve dans Guillaume Tell, les Huguenots ou Le Trouvère.

Le 9 octobre 2009, le gouvernement des États-Unis inscrivit la Casa Paoli de Ponce dans le registre national des lieux historiques des États-Unis. On rappelle que les habitants de Porto-Rico sont aujourd’hui citoyens des États-Unis. La maison d’enfance d’Antonio à Porto Rico, est la seule structure résidentielle restante de Paoli à Porto Rico.