Edoardo Ferrari-Fontana 1878-1936

Lyrico-spinto doué et en grande partie autodidacte, Edoardo Ferrari-Fontana fut, avec Giuseppe Borgatti, l’un des deux meilleurs ténors wagnériens italiens de son époque.

Il naquit à Rome le 8 juillet 1878 où son père était un chirurgien estimé. Son ambition initiale était de devenir médecin comme son père, mais il abandonna ses études de médecine pour occuper un poste gouvernemental au consulat italien de Montevideo. C’est durant ces années d’employé consulaire qu’il s’intéressa de plus en plus à la musique et au chant. Il commença à participer dès 1902 à des productions d’opérettes locales, comme baryton, puis à des comédies musicales en Amérique du Sud et en Italie.

Le célèbre chef d’orchestre Tullio Serafin l’entendit et fut impressionné par sa voix et sa présence scénique. Convaincu que le jeune baryton était vraiment un ténor paresseux, Serafin l’encouragea à travailler sa voix pour la scène lyrique.

Après une brève mais intense période d’auto-apprentissage, Ferrari-Fontana fut engagé pour doubler Giuseppe Borgatti, qui chantait Tristan au Teatro Regio de Turin. Un soir où Bogatti fut indisponible, Ferrari-Fontana dut le remplaça au pied levé faisant ainsi débuts à l’opéra dans le rôle écrasant de Tristan, le 23 décembre 1910. Les critiques furent élogieuses et le ténor de 32 ans était en route pour un carrière lyrique brève mais brillante.

Ces débuts Turinois, furent suivis d’engagements dans de grandes maisons d’opéra de France (dont l’Opéra de Paris), d’Italie (La Scala), d’Espagne et d’Amérique du Sud, sous la direction de chefs d’orchestres tels Mascagni, Nikisch, Saint-Saëns, Serafin, Toscanini et Weingartner.

Il chanta au Teatro Colón au cours de la saison 1911-1912 et fit ses débuts en Amérique du Nord dans le rôle de Tristan, en vedette de la Boston Opera Company de Henry Russell en 1913. Bien qu’il ait chanté son rôle en italien, sa performance fut bien reçue.

La même année, il créa le rôle d’Avito dans la première mondiale de L’Amore dei Tre Re de Montemezzi à La Scala. Avito fut le seul et unique rôle du ténor au Metropolitan, mais il le chanta onze fois au cours de la saison 1914-1915. Ferrari-Fontana fit une énorme impression sur les critiques et le public lors de ses débuts au Met. WJ Henderson écrivit : « On peut dire sans hésitation qu’il a envoyé un choc électrique à travers le Metropolitan » et les critiques faisaient encore référence au ténor comme inoubliable lorsque l’opéra fut relancé plus d’une douzaine d’années plus tard (avec Giovanni Martinelli comme Avito). Malgré ces louanges, Ferrari-Fontana ne remit plus jamais mis les pieds sur la scène du Met.

La carrière de Ferrari-Fontana le mena à Rome, Naples, Lisbonne, Buenos Aires, Sao Paulo, Rio, Londres, Paris, Monte Carlo et Chicago avec un répertoire d’opéras tels que Tristan und Isolde, Tannhäuser, Die Walküre, Lohengrin, Parsifal, Götterdämmerung, Otello, Aida, Don Sebastiano, Norma, I Gioielli della Madonna, La Vestale, La Fanciulla del West, Pagliacci, Cavalleria rusticana, Guglielmo Ratcliff, Carmen et Samson et Dalila.

Sa vie privée fut compliquée et plutôt tumultueuse. Son premier mariage, avec la célèbre mezzo-soprano Margaret Matzenauer, se termina par un divorce très médiatisé lorsque son épouse découvrit qu’il était engagé dans des relations extraconjugales. 

Selon le petit-fils du ténor, le célèbre sculpteur Michael Ferrari-Fontana, son grand-père se livrait à une vie de débauche affectionnant les femmes, l’alcool et les fêtes. Après son divorce d’avec Matzenauer en 1917, Ferrari-Fontana épousa Maria Esther Telle y Pastor, qui était de 20 ans sa cadette. 

La santé du ténor commença à se détériorer à mesure qu’il atteignait la quarantaine et ses performances se firent de moins en moins nombreuses après la Première Guerre mondiale.

Il quitta complètement la scène en 1926, s’installa à Toronto et se consacra à l’enseignement.

Il est décédé à Toronto le 4 juillet 1936, à quelques jours de son 58e anniversaire.

Essentiellement chanteur autodidacte, Edoardo Ferrari-Fontana semblait instinctivement savoir comment négocier même la musique la plus difficile. Il fut l’un des rares Italiens à aborder Wagner dans le texte allemand original. Sa carrière d’opéra dura cependant à peine 15 ans. Edoardo Ferrari-Fontana était un artiste d’opéra extrêmement doué, malheureusement sous-estimé et méritant un bien meilleur héritage.

Les enregistrements du ténor sont malheureusement rares puisqu’on en dénombre une vingtaine. Ils nous révèlent cependant une grande voix lirico-spinto claire et bien timbrée dotée d’une ligne legato expressive et d’une parfaite prononciation.